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Zaira de Bellini, ouverture toute en bel canto à Montpellier

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Montpellier, Opera Berlioz-Le Corum. 13-VII-2009. Vincenzo Bellini (1801-1835) : Zaira, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani. Création en France. Version de concert. Ermonela Jaho, Zaira ; Varduhi Abrahamyan, Nerestano ; Shalva Mukeria, Corasmino ; Wenwei Zhang, Orosmane ; Carlo Kang, Lusignano ; Marianne Crebassa, Fatima ; Franck Bard, Castiglione ; Gundars Dzilums, Meledor. Chœur de la Radio Lettone (chef de chœur : Sigvards Klava) ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon ; direction : Enrique Mazzola

Ouverture tout en Bel Canto pour cette 25ème édition du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon ! Fidèle à ses affinités sélectives, son directeur René Kœring nous faisait découvrir en version de concert et en création française, la Zaira (1829) de , une tragédie lyrique commandée au compositeur italien pour l’inauguration du Teatro Massimo de Parme. Pierre Brunel, auteur d’un aux éditions Fayard, évoquait, dans sa conférence du matin, les possibles raisons conjoncturelles de cette désaffection du public à l’égard d’un ouvrage très vite tombé dans l’oubli. Bellini n’en est pourtant pas à son premier opéra puisqu’il vient de terminer Il Pirata.

L’action de Zaira, située au temps de la Septième Croisade (1250), est centrée sur le destin tragique de l’héroïne, déchirée entre son amour – elle va épouser le sultan Orosmane – et son devoir filial de chrétienne que son père Lusignano et son frère Nerestano viennent instamment lui rappeler ; tandis qu’un autre personnage, Corasmino, – une préfiguration du Iago de Verdi – va mettre tout son art maléfique à semer le doute et la suspicion dans l’esprit du despote qui, aveuglé par la jalousie, tue Zaira avant de se donner la mort lorsqu’il découvre sa méprise : un sujet en or pour Bellini qui, par-delà les lenteurs du ressort dramaturgique (le livret n’est pas une réussite !) parvient, par la musique, à camper de beaux personnages tragiques.

Rappelons d’abord que ce sont, pour tous les chanteurs, des prises de rôle et que le défi d’un soir lancé par René Kœring sur la scène du Corum de Montpellier n’est pas toujours aisé à relever. Dans le rôle titre, séduit d’emblée par la souplesse de ses «colorations», la brillance de son timbre et la flexibilité d’une voix qui acquiert au fil du drame plus d’ampleur et de profondeur expressive. Le très jeune basse-baryton chinois Wenwei Zhang est une voix prometteuse, ample et chaleureuse, accusant quelques faiblesses dans la conduite du rôle exigeant d’Orosmano. De façon étonnante, Bellini confie le rôle clé du frère Nerestano à une mezzo-soprano pour qui il écrit un des plus beaux airs de la partition à la fin de l’acte I. se distingue par la beauté (si ce n’est la vaillance) de son timbre d’une grande homogénéité. Mais c’est le ténor Shalva Mukeria qui s’impose, principalement dans le deuxième acte où il tient les ficelles de l’action, par le mordant de son discours et les qualités vocales et dramatiques qu’il y déploie. Le chœur, habilement sollicité par Bellini, prouve, après une entrée tonitruante et peu contrôlée, qu’il est capable de nuances dans la très belle scène funèbre du second acte. Avec une direction toute en énergie qui favorise davantage l’éclat que la qualité des timbres, Enrique Mazzolla parvient, à la tête d’un orchestre toujours très investi, à une belle cohérence au service de la dramaturgie.

L’ouvrage est sans conteste tout à fait digne de figurer au catalogue de Bellini – même si la version scénique, aux dires de René Kœring lui-même, n’est guère envisageable ! – mais il n’en fait pas moins attendre les chefs d’œuvre à venir du maître du Bel Canto romantique.

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Montpellier, Opera Berlioz-Le Corum. 13-VII-2009. Vincenzo Bellini (1801-1835) : Zaira, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani. Création en France. Version de concert. Ermonela Jaho, Zaira ; Varduhi Abrahamyan, Nerestano ; Shalva Mukeria, Corasmino ; Wenwei Zhang, Orosmane ; Carlo Kang, Lusignano ; Marianne Crebassa, Fatima ; Franck Bard, Castiglione ; Gundars Dzilums, Meledor. Chœur de la Radio Lettone (chef de chœur : Sigvards Klava) ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon ; direction : Enrique Mazzola

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