Il Trovatore à Genève : les contre-ut, c’est plus cher!

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Lausanne. Salle Métropole. 4-X-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre actes sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : Charles Roubaud. Décors : Jean-Noël Lavesvre. Costumes : Katia Duflot. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Giuseppe Gipali, Manrico ; Serena Farnocchia, Leonora ; Vladimir Stoyanov, Il Comte di Luna ; Mzia Nioradze, Azucena ; Riccardo Zanellato, Ferrando ; Eve-Maud Hubeaux, Ines ; Benjamin Bernheim, Ruiz ; Jérémie Brocard, Un tzigane ; Sébastien Eysette, Un messager. Chœurs de l’Opéra de Lausanne (direction : Véronique Carrot), Orchestre de Chambre de Lausanne, direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli.

En juin dernier l’opéra de Genève vendait ses meilleures places pour Il Trovatore de Verdi à près de cent quarante Euros. A Lausanne, pour ce même opéra, on ne débourse que quatre-vingts cinq Euros. La différence ? Les contre-ut, peut-être ! Alors qu’à Genève, les chanteurs essayaient en vain de sauver une production désastreuse avec ces artifices que Verdi lui-même n’avait pas écrits dans sa partition, à Lausanne, on s’est contenté, avec bonheur, de respecter le chant verdien dans ce qu’il a de plus significatif : sa dramaticité. Donc, point de contre-ut spectaculaires mais un chant qui se tient dans l’expressivité la plus théâtrale, la plus authentique d’un opéra verdien parmi les plus difficiles à interpréter.

S’il faut reconnaître à la distribution lausannoise une remarquable homogénéité vocale (à une exception près), aux décors et costumes une évidente continuité (à l’exception près de ce malheureux tableau d’ouverture d’un triste paysage montagneux inspirateur d’un endroit donnant plutôt l’envie de fuir que celui de favoriser les retrouvailles amoureuses entre Manrico et Leonora), le spectacle peine néanmoins à enthousiasmer. Même si le discours scénique de raconte avec clairvoyance la marche inexorable des protagonistes vers l’enfermement, même si les costumes mènent vers ce même but, allant des robes soyeuses de Leonora amoureuse au premier acte jusqu’à ses tulles noirs, gages du deuil de son amant et de sa propre mort du dernier acte, le manque de direction d’acteurs plombe la potentialisation de ce spectacle. Pour exemple, quoique vocalement bien préparé, le chœur est théâtralement si mal dirigé, avec sa disposition si rigoureuse dans l’espace scénique, qu’il donne l’impression que ses membres ne sont que les vulgaires et ridicules pions d’un hypothétique échiquier. Un manque de direction encore plus flagrant pour les solistes les moins charismatiques du plateau quand bien même leurs qualités vocales ne sont de loin pas mises en cause. Une critique que avait déjà essuyée après la création de ce même spectacle à l’opéra de Marseille en 2003. N’a-t-il donc rien appris depuis ? Ainsi voit-on un Comte di Luna qui, rongé par la jalousie et le désir, n’a d’autre geste du début à la fin de l’opéra que de tenir sa main sur la garde de son poignard. N’y a-t-il pas mieux à faire ?

Même si certaines scènes de cette production ont des allures poussiéreuses de la tradition opéristique du siècle dernier, l’engagement musical des protagonistes réussit à largement à gommer cet inconvénient. Musicalement, cette production lausannoise jouit de l’excellence d’un vif et surgissant magnifiquement dirigé par , un chef rompu au répertoire verdien. Toutefois, si dans la fosse, la puissance expressive de la musique de Verdi trouve rapidement ses marques, sur le plateau, les chanteurs confondent puissance musicale avec force vocale. Ainsi, les deux premiers actes donnent l’impression que les chanteurs sont dans la compétition vocale plutôt dans l’esprit de l’œuvre. C’est à qui chantera le plus fort ! Heureusement, après l’entracte, le calme revenu, le chant retrouve ses vraies valeurs. A l’image de la soprano (Leonora) que Genève avait déjà applaudi dans sa Desdémonne de l’de l’Otello de Verdi en 2004 . Démontrant une remarquable maturité vocale, sa parfaite ligne du chant verdien, se confinant à l’essentiel du rôle, elle emballe son auditoire, quand, seule en scène, elle sublime l’ardeur de sa prière pour le salut de Manrico dans la simplicité d’un chant authentique. Alors qu’à ses côtés, le ténor albanais (Manrico) possède incontestablement la voix du rôle, sa vaillance, son phrasé lyrique font mouche. On regrettera toutefois que sa voix manque manifestement d’ouverture et d’une meilleure clarté d’émission. Le baryton (Comte di Luna) ne démérite pas même si sa piètre prestation théâtrale tend à discréditer un chant pourtant sans reproche. Seule ombre au tableau vocal de cette distribution, la mezzo georgienne Mzia Nioradze (Azucena) se confond dans une interprétation où malheureusement, le placement hasardeux de sa voix annihile toute ligne de chant belcantiste.

Crédit photographique : (Manrico), (Leonora). (di Luna), Serena Farnocchia (Leonora), Giuseppe Gipali (Manrico) © Marc Vanappelghem

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