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Christophe Rousset sauve Cavalli

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 11-V-2010. Pier Francesco Cavalli (1602-1676) : La Calisto, dramma per musica en 3 actes sur un livret de Giovanni Faustini. Mise en scène, décors & costumes : Macha Makeïeff. Chorégraphie : Lionel Hoche. Lumières : Dominique Bruguière. Avec : Sophie Karthäuser, Calisto ; Giovanni Battista Parodi, Giove ; Véronique Gens, Guinone & Il Destino ; Lawrence Zazzo, Endimione ; Mario Cassi, Mercurio ; Marie-Claude Chappuis, L’Eternità, Diana, Coro di Menti Celesti & Seconda Furia ; Milena Storti, Linfea & Coro di Menti Celesti ; Cyril Auvity, La Natura, Pane & Coro di Menti Celesti ; Sabina Puértolas, Satirino, Coro di Menti Celesti & Prima Furia ; Graeme Broadbent, Sylvano. Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset

La Calisto

Le livret que Giovanni Faustini composa en 1651 se situait dans le droit fil de cette nouvelle écriture dramaturgique que, en 1640, Giovan Francesco Busenello avait fondée à l’occasion de sa première collaboration avec Cavalli (Gli amori di Apollo & Daphne). Pêle-mêle, on y trouve des dieux définitivement ravaudés au rang de marionnettes ridicules, les figures de deux nourrices (l’une désintéressée, l’autre cupide), une chaîne d’évènements qui font avancer l’action et, par dessus, tout, une ravageuse liberté. Autant d’ingrédients qui, présentés dans une palette allant du tragique au rabelaisien, visent à peindre exhaustivement la peu reluisante nature humaine. Enfin, règnent de permanentes porosités entre êtres vivants et éléments naturels (cieux, mers et végétaux), entre humains, dieux et animaux et entre les diverses identités sexuelles, sans que n’existe de superstructure unificatrice (ici, les religions sont défaites).

On l’a compris : ce livret ne s’offre pas aisément à ses metteurs en scène. Hélas, n’en a pas trouvé l’accès. Elle constate ce livret mais ne s’amuse pas avec lui, et demeure trop distante de cette gourmande comédie humaine. Elle n’en mange pas les mots pour en extraire la substantifique moelle (notamment sensuelle et sexuelle) et ne cherche donc pas à ce que le geste vocal les prolonge. Autre conséquence de cet éloignement : elle met davantage les acteurs (chanteurs ou danseurs) sur scène – les silhouettes ne sont souvent pas loin – qu’elle ne les y enracine. Autre problème : n’a pas trouvé l’arc dramaturgique unitaire ; elle se contente de résoudre chaque écueil local avant de se retrouver nez-à-nez avec le suivant. Ajoutons qu’est dévolu aux danseurs «de caractère» une direction d’acteurs qui eût mieux convenu aux chanteurs et que le meuble unique de chaque acte (un simulacre de forêt, un cube et un escalier) est soumis à de trop prévisibles déplacements. Assurément, aurait dû confier les décors et les costumes à d’autres qu’elle : des regards extérieurs lui auraient permis de faire respirer son propre imaginaire.

Musicalement, la soirée fut réjouissante. Saluons d’abord  : ce montéverdien racé réussit le prodige de situer ce dramma per musica parmi ses contemporains et de cerner une poétique alla Cavalli. Quant à la partition, il n’a pas souhaiter la «réaliser» ou l’orchestrer, ainsi que le fait René Jacobs. De cet effervescent ouvrage, il a respecté l’instrumentation originelle (deux violons et un continuo étoffé) et, pour remplir le vaste Théâtre des Champs-Élysées, a simplement ajouté deux flûtes et deux cornetti. Chef de théâtre précis et moteur, il est le «padrone» de cette production. Quant au plateau vocal, il est d’un haut standard. Du rôle-titre et en accord avec sa nature vocale, offre le portrait d’une femme juvénile, plus fraîche que sexuée ; subtile comédienne, elle rend crédible les péripéties qui l’assaillent. Doté d’une grande classe et de robustes moyens vocaux, tient impeccablement l’équilibre entre son ridicule personnage jupitérien et la partielle sincérité amoureuse qui le ronge ; en Mercurio (ce serait à la fois, l’alter ego de Jupiter et son factotum un peu canaille), Mario Cassi offre des moyens vocaux et scéniques tout aussi denses. Tout simplement, impeccable, est, simultanément, Junon et la critique de la jalousie. Quant à , son élégance naturelle lui permet d’être un touchant (mais jamais mièvre) Endimione et de dresser une façon de portrait universel du jeune amoureux. Chargée des personnages de caractère (Diane et Linfea) dont les tessitures, surtout lorsque le diapason est à 440 Hz, tiennent du soprano et du mezzo-soprano, et Milena Storti offrent de réjouissantes compositions.

Crédit photographique : Sohie Karthäuser (Calisto) ; (Giunone), Sabrina Puértolas (Prima furia), (Secunda Furia) © Alvaro Yanez

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 11-V-2010. Pier Francesco Cavalli (1602-1676) : La Calisto, dramma per musica en 3 actes sur un livret de Giovanni Faustini. Mise en scène, décors & costumes : Macha Makeïeff. Chorégraphie : Lionel Hoche. Lumières : Dominique Bruguière. Avec : Sophie Karthäuser, Calisto ; Giovanni Battista Parodi, Giove ; Véronique Gens, Guinone & Il Destino ; Lawrence Zazzo, Endimione ; Mario Cassi, Mercurio ; Marie-Claude Chappuis, L’Eternità, Diana, Coro di Menti Celesti & Seconda Furia ; Milena Storti, Linfea & Coro di Menti Celesti ; Cyril Auvity, La Natura, Pane & Coro di Menti Celesti ; Sabina Puértolas, Satirino, Coro di Menti Celesti & Prima Furia ; Graeme Broadbent, Sylvano. Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset

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