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Jordi Savall : Sublime Chant de la Sibylle

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cité de la Musique. 22-IX-2010. Le Chant de la Sibylle, Majorque-Valence (1400-1560). Montserrat Figueras, soprano ; Hespèrion XXI ; La Capella Reial de Catalunya : Elisabetta Tiso, soprano  ; Chiara Maggi, soprano  ; Pascal Bertin, contre-ténor ; David Sagastume, contre-ténor ; Lluís Vilamajó, ténor ; Marco Scavazza, baryton ; Daniele Carnovich, basse ; Pierre Hamon, flûtes ; Haig Sarikouyoumdjian, duduk et ney ; Béatrice Delpierre, chalemie ; Dimitri Psonis, santur et percussions ; Andrew Lawrence-King, harpe médiévale, psaltérion ; Fahmi Alqhai, viole de gambe, vièle ; Gaguik Mouradian, kamancha ; Jordi Savall, rebec, lyre, rebab et direction.

Le public de la Cité de la Musique, au rendez-vous pour , et la Capella Reial de Catalunya, n’aura caché ni son émotion ni son enthousiasme à l’écoute du fameux chant de la Sibylle. Celle-ci aurait-elle encore quelque chose à dire à l’homme contemporain ?

Les Sybilles, prêtresses païennes de l’Antiquité grecque, connues pour leurs prophéties, sont les signes flagrants de la révélation première faite par Dieu avant même la venue de son Fils sur cette terre. Au cours du cérémonial des cathédrales espagnoles, aux XVème et XVIème siècle, leur chant est donc représenté pour rappeler aux fidèles que Dieu veille sur eux de toute Eternité. Dès lors, au cours de la liturgie, un véritable dialogue s’instaure entre le chantre et les fidèles, réunissant symboliquement l’antique monde païen et le monde contemporain autour de celui qui est, qui était et qui vient. Le concert donné rappelait alors cette universalité, tant dans l’harmonie sonore des Chants mêlés aux parties instrumentales, que dans la communion d’âme et de cœur dans laquelle se sont trouvés les musiciens et le public.

Les premiers sons de cloches résonnent en de longues et profondes vibrations qui semblent nous exhorter à rentrer en nous-mêmes. Le programme s’ouvre sur l’Invocation à Sainte Marie, Etoile du Jour, celle qui brille sur tous les âges de ce monde. L’air est pur et lumineux, lent et cyclique, et se prolonge dans une magnifique répétition en canon. Puis vient le sublime et bouleversant Chant Galicien, qui plonge dans un recueillement comme on en voit peu. La voix de , chargée d’émotion, aux aigus perchés à vouloir atteindre les étoiles, aux mélismes exaltés, nous parle de la force du destin et de notre Mère, dont les souffrances et l’intercession rachètent les fautes de ses enfants, du premier né de la Création jusqu’au dernier, avant l’Apocalypse. Puis, après le joyeux et enlevé «Quant ai lo consirat», vient la Sybille Majorquine, grave et craignant le jour du Jugement, ressentant dans sa chair les tourments de l’Apocalypse à venir, soutenue et relayées par les attaques nerveuses des cordes. A cette dernière répond la Sybille Valencienne, que ce jour-là, «chacun portera sur son front […] les œuvres qu’il aura faites, ainsi chacun aura son dû.»

En somme, c’était un concert magique, qui nous a emmené hors du Temps, qui nous a parlé de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, et qui fut joué par un ensemble évoluant dans une harmonie où même le silence est éloquent. Un concert qui donne raison à lorsqu’il affirme que « la musique en raison de l’instinct, joint au rythme et à l’harmonie, décrit l’être même de Dieu ».

Crédit photographique : © Vico Chamla

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