Le Petit Cheval Bossu ou l’art de jouer sur les allégories

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Paris. Théâtre du Châtelet. 01-XI-2010. Troupe du Théâtre Mariinski : Le Petit Cheval Bossu. Chorégraphie : Alexei Ratmansky. Partition : Rodion Chtchedrine. Décors et costumes : Maxim Isaiev. Lumières : Damir Ismagilov. Avec : Leonid Sarafanov, Ivan le Fou ; Alina Somova, La Demoiselle-Tsar ; Grigori Popov, le Cheval bossu ; Andrei Ivanov, Le Tsar ; et la troupe du ballet du Théâtre Mariinski. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev.

Le Petit Cheval Bossuest un ballet tiré d’un conte populaire russe en vers. Le chorégraphe nous offre du neuf et de l’original. Il est actuellement considéré comme le seul chorégraphe russe à s’exprimer dans le langage de la danse classique contemporaine et semble fortement inspiré par le style pluriforme de Diaghilev. L’ensemble est imprégné d’un ton, d’un humour et d’un folklore spécifiques à la culture populaire russe. A cet égard, le ballet apparaît sans doute moins accessible au public étranger, mais qu’importe : l’interprétation de haute qualité pallie aisément à l’hermétisme de l’œuvre. Le mime des artistes, extrêmement lisible, permet de faire comprendre une intrigue assez complexe.

Le rôle principal d’Ivan le Fou est tenu par  ; sa prestation mérite une fois encore tous les superlatifs. Sa pantomime soignée et truculente à souhait, s’accompagne d’une haute maîtrise technique. Cette virtuosité se joint à une délicatesse artistique qui lui permet d’éviter l’écueil de la prestation toute en force. Sarafanov est un magicien, un adorable elfe, qui fait naître émotion et poésie. Sa partenaire, la ravissante Alina Somova, s’approprie le rôle de la Demoiselle-Tsar avec humour et charme. Cette danseuse, aux indéniables qualités techniques, tranche passablement avec le corps de ballet : elle est différente, tout autant par son physique que par ses ports de bras, lesquels semblent étrangement éloignés du «style Mariinski». Une marginalité assumée avec panache par cette artiste très énergique (trop ?). Grigori Popov, qui campe le rôle du Cheval bossu, se montre aussi drôle que virtuose : son extraordinaire ballon lui assure tous les suffrages. Le corps de ballet féminin, composé de ballerines aussi gracieuses que poétiques, est irréprochable.

L’ensemble vif, léger et charmant, nous ramène aux plus jolies pages de la littérature populaire enfantine. L’orchestration de Chtchedrine s’adapte à l’univers allégorique burlesque du ballet. Ratmansky signe ici une délicieuse parodie d’un conte populaire, un clin d’œil d’autant plus savoureux que l’ironie n’en est pas exempte.

Crédits photographiques : © N. Razina

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