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Otello à Lyon, de l’énergie à revendre

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Lyon, Opera. 09-XI-2010. Gioachino Rossini (1792-1868) : Otello, dramma per musica en trois actes sur un livret de Francesco Berio di Salsa. Version de concert. Avec : John Osborn, Otello ; Anna Caterina Antonacci, Desdemona ; Marco Vinco, Elmiro ; Dimitri Korchak, Rodrigo ; José Manuel Zapata, Iago ; Josè Maria Lo Monaco, Emilia ; Fabrice Constans, Lucio ; Tansel Akzeybek, Doge. Chœurs de l’Opéra de Lyon, direction : Alan Woodbrige. Orchestre de l’Opéra national de Lyon, direction: Evelino Pidò

C’est devenu le cadeau lyrique de l’automne ! En début de saison, l’Opéra de Lyon programme -en version de concert- un titre phare du Bel canto. Aux Somnanbula, Maria Stuarda, Anna Bolena et Roberto Devereux précédemment entendues succède cet Otello de Rossini qui a soulevé l’enthousiasme du public.

Créé en 1816 au Teatro del Fondo à Naples, l’opéra a connu un succès presque immédiat, en partie grâce à Isabella Colbran, muse puis épouse du compositeur et Andrea Nozzari dans le rôle du maure. Comme il était de coutume au début du XIXe siècle, le librettiste Francesco Berio di Salsa ne s’est pas directement basé sur la pièce de Shakespeare lui préférant des adaptations de l’époque. D’où quelques différences et curiosités : l’action se déroule entièrement à Venise, et non à Chypre, le mouchoir funeste est remplacé par un simple billet et surtout Iago n’occupe qu’une place très secondaire. En revanche, Rossini et son librettiste ont conservé le final tragique, ce qui provoqua la colère des spectateurs mais aussi des états pontificaux qui exigèrent une issue heureuse pour Otello et Desdémone.

Il faut attendre les années 50 pour qu’on redécouvre cet Otello – éclipsé par celui de Verdi – à New York dans un premier temps avec Eilen Farell en Desdémone, puis à Rome (Virginia Zeani) et à Londres en 1960. La «Rossini Renaissance» en fit en suite un de ses fers de lance avec quelques productions marquantes : Ponnelle à la Fenice en 1986 porté par le couple Anderson-Gimenez, Pesaro en 88 avec l’électrisant face à face Merritt-Blake et plus récemment Covent Garden (Ford-Florez-Devia), Martina Franca (Ciofi) et en 2010, Lausanne dans une mise en scène de .

A Lyon, une belle brochette d’interprètes était réunie pour servir une musique objectivement inégale, à la tonalité tragique peu affirmée. Des passages conventionnels y côtoient les moments les plus inspirés, tels les duo Otello-Rodrigo, et trio Otello-Rodrigo-Desdémone au deuxième acte. Particulièrement réussie, le troisième acte qui culmine dans une sublime chanson du saule.

Plébiscité par le public, Dimitri Korchak rivalise de virtuosité dans le très payant rôle de Rodrigo. Parfois victime de son impétuosité, avec des respirations inopportunes, de rares aigus voilés et une tendance à chanter trop fort, le ténor russe a été surveillé comme le lait sur le feu par un bienveillant, soucieux de lui permettre de briller… sans remettre en cause l’équilibre sonore désiré par le chef. En Otello, John Osborne possède un instrument moins flatteur que son séduisant collègue et se montre en délicatesse avec un registre grave qui ne rend pas totalement justice au «baryténor» voulu par Rossini. Il est en revanche plus rigoureux en style et en technique. Les regards étaient braqués sur , incandescente Cassandre, Médée ou Carmen. Curieusement effacée dans le premier acte, ayant eu ça et là maille à partir avec l’intonation -trop basse-, la soprano italienne a gagné en assurance au fil de la soirée, offrant au passage une belle chanson du saule. Pour autant, ce rôle, lui convient-il vraiment? On peut en douter tant la cantatrice ne semblant pas tout à fait à l’aise dans l’élégiaque écriture de Desdémone, où elle manque de couleurs et de souplesse vocale.

Hier grand espoir du chant, paie les pots cassés d’une carrière chaotique et son Elmiro flirte plus d’une fois avec le malcanto. Le Iago de , fort convaincant dramatiquement est vocalement plus banal ; il remplaçait Dario Schmunck initialement prévu, remarquable duc de Mantoue à Hambourg deux jours plus tôt dans un Rigoletto routinier. Joli succès aux saluts pour , Emilia à la couleur vocale singulière et qui sait dramatiser ses courtes interventions.

Quoiqu’en disent ses détracteurs, sait comme personne animer le discours musical dans un répertoire qu’il connait parfaitement. Tout juste lui reprochera t-on ses deux péchés mignons : confondre parfois vitesse et précipitation et s’interdire quelques abandons qui permettraient à la musique de mieux respirer. L’orchestre de l’opéra de Lyon ne cesse de surprendre par sa versatilité stylistique et sa fiabilité technique, quelques semaines après un mémorable Rossignol. On sait les accointances des musicien lyonnais avec le chef italien : sous sa baguette affûtée et énergique, ils ont donné leur meilleur avec des cuivres très assurés et des bois poétiques et gracieux dans tout le troisième acte.

Crédit photographique : John Osborne © DR

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Lyon, Opera. 09-XI-2010. Gioachino Rossini (1792-1868) : Otello, dramma per musica en trois actes sur un livret de Francesco Berio di Salsa. Version de concert. Avec : John Osborn, Otello ; Anna Caterina Antonacci, Desdemona ; Marco Vinco, Elmiro ; Dimitri Korchak, Rodrigo ; José Manuel Zapata, Iago ; Josè Maria Lo Monaco, Emilia ; Fabrice Constans, Lucio ; Tansel Akzeybek, Doge. Chœurs de l’Opéra de Lyon, direction : Alan Woodbrige. Orchestre de l’Opéra national de Lyon, direction: Evelino Pidò

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