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Rameau et Mondonville pour le Japon

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon. Auditorium. 25-III-2011. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Quam dilecta. Deus noster refugium ; Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711- 1772), Sonates en symphonie op. 3 : Sonata prima/ Dominus regnavit. Dessus : Sonya Yoncheva ; Haute-contre : James Gilchrist ; Taille : Marc Mauillon ; Basse : Alain Buet. Le Concert d’Astrée. Direction : Emmanuelle Haïm

Une foule relativement nombreuse s’est déplacée vendredi soir à l’auditorium de Dijon pour applaudir à nouveau et son Concert d’Astrée, des habitués du lieu. L’auditorium dijonnais était en effet rempli aux deux tiers. Le programme tout entier sous le signe du baroque français avec le Dijonnais Rameau et son contemporain Mondonville, plus connu pour ses œuvres instrumentales, a suscité une réelle ferveur. De plus, a d’emblée dédié ce concert d’œuvres majoritairement religieuses aux Japonais et demandé une minute de silence avant d’entamer son beau programme.

La première partie commençait avec deux des grands motets de Rameau. Le Quam dilecta tabernacula, extrait du Psaume 83, évoque David qui, chassé par Absalon, souhaite revoir le Tabernacle. Rameau sait toucher l’auditeur par ses harmonies recherchées, son sens de la couleur dans l’orchestration – en témoignent par exemples les dialogues magnifiques entre les bois et les solistes – son sens de la mise en scène qui caractérise également ses œuvres dramatiques beaucoup plus nombreuses et connues que ses compositions religieuses. Le second psaume Deus noster refugium s’appuie à nouveau sur un épisode de David, en particulier le psaume 45 qui rend hommage à ses victoires. Là encore, la musique de Rameau correspond parfaitement à la diversité émotionnelle du texte que le compositeur est l’un des rares à mettre en musique dans son intégralité. Ses références à la tempête restent à cet égard un exemple emblématique de la violence des sentiments mise en musique. L’orchestre, sous la baguette dynamique et élégante de son chef a contribué très largement à la réussite expressive de l’entreprise : pupitres équilibrés, phrasés articulés, nuances soignées, attaques précises, solistes en osmose avec l’ensemble… Autant de qualités également présentes dans le chœur très investi dans l’ensemble des œuvres. Les chanteurs solistes ont fait montre de réelles qualités, avec sans doute une mention spéciale pour dont la présence sur scène et les qualités vocales ont contribué à donner à la musique de Rameau ses lettres de noblesse. Il est aidé d’une à la voix expressive bien que peu puissante et parfois un peu couverte, d’un très à l’aise de même qu’un au vibrato très présent. La première partie se conclut par des applaudissements bien marqués.

Après l’entracte, les mêmes artistes reviennent dans un programme consacré à Mondonville dont on fête cette année le tricentenaire de la naissance. Une pièce instrumentale au dernier mouvement dynamique ouvre cette deuxième partie, très appréciée du public : Sonates en symphonie op. 3 : Sonata prima. Le concert se termine avec un grand motet du même compositeur : Dominus regnavit. S’y retrouvent également les caractéristiques de cet artiste trop peu joué de nos jours : un sens de la dramatisation qui n’a rien à envier à Rameau – lui aussi traite des tempêtes avec beaucoup de réussite – la mise en valeur du violon qu’il maîtrisait parfaitement, la synthèse des différents styles italiens, français et allemand dans une écriture bien maîtrisée. Le public ne s’y est pas trompé et à rendu hommage au compositeur et à ses interprètes par des applaudissements enthousiastes et appuyés. Fort de son succès, et son ensemble ont offert un très beau Gloria de Lully pour mettre un point final triomphal à cette très belle soirée entièrement sous le signe du baroque musical français… avec une pensée continue pour nos amis japonais…

Crédit photographique : Emmanuell Haïm © Sasha Gusov / Virgin Classics

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