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Kát’a Kabanová de sang et d’eau à Strasbourg

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Strasbourg. Opéra national du Rhin. 2-II-2012. Leoš Janáček (1854-1928) : Kát’a Kabanová, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Robert Carsen, reprise par Maria Lamont. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Avec : Andrea Danková, Kát’a ; Julia Juon, Kabanikha ; Miroslav Dvorsky, Boris ; Guy de Mey, Tikhon ; Oleg Bryjak, Dikoï ; Enrico Casari, Koudriach ; Anna Radziejewska, Varvara ; Peter Longauer, Kouliguine ; Nadia Bieber, Glacha ; Yasmina Favre, Fiekloucha ; Violeta Poleksic, une Femme. Choeur de l’Opéra national du Rhin (direction : Michel Capperon) ; Orchestre symphonique de Mulhouse ; direction : Friedemann Layer

Après Jenůfa en 2010 et L’Affaire Makropoulos en 2011, Marc
Clémeur poursuit son cycle
Janáček mis en scène par Robert Carsen avec Kát’a Kabanová, une production de l’Opéra des Flandres reprise à Milan ou Barcelone (où elle a fait l’objet d’une captation pour le DVD) mais offerte ici pour la première fois au public français.

La flatteuse réputation et la fortune critique de ce spectacle ne sont certes pas usurpées car Robert Carsen y parvient à une épure qui touche au sublime. Tout s’y déroule sur l’eau qui envahit tout l’espace scénique, celle de la Volga où Kát’a finira par se jeter, tour à tour agitée comme les passions qui hantent les esprits ou étale tel un miroir des âmes. La virtuosité du jeu sur les reflets ou sur les ondulations aquatiques que s’échangent les protagonistes, la rapidité et la précision des changements de configuration des caillebotis sur lesquels se déplacent les chanteurs, déplacés pas l’armée des doubles de l’héroïne et qui se sont suicidées comme elle par noyade, le rôle majeur confié aux éclairages constamment évolutifs dans la création des atmosphères, tout est stupéfiant de beauté et de pertinence. Robert Carsen colle au plus près de l’écriture cinématographique de Janáček et la donne littéralement à voir en une alternance de fondus enchaînés, fondus au noir, champs-contrechamps, gros plans ou plans larges.

Mais cet écrin ne serait que vain esthétisme s’il n’était habité par des caractères de chair et de sang, déchirés entre leurs pulsions et le poids de la morale et des règles sociales. L’Opéra du Rhin y aligne une distribution remarquable d’homogénéité et d’intelligence. La Kát’a d’Andrea Danková est impressionnante de force et d’endurance ; habitée, possédée dès le début par la révolte qui l’emportera, moins « évolutive » ou fragile qu’à l’accoutumée, elle y dispense des aigus tranchants comme des poignards ou flottants comme ses rêves de liberté. Face à elle, la Kabanicha de Julia Juon éructe ses imprécations et distille son venin avec subtilité, moins ogresse que victime elle aussi de sa psychorigidité. Miroslav Dvorsky en amant inconséquent et Guy de Mey en mari trompé se rejoignent idéalement dans la lâcheté et la fadeur de leurs personnages, le premier plus viril, le second plus sensible et sincèrement aimant. Oleg Bryjak campe un formidable Tikhon, tout de noirceur et de brutalité. Enfin, le radieux et solaire Koudriach d’Enrico Casari et la malicieuse et souriante Varvara d’Anna Radziejewska apportent le parfait contrepoids de bonheur aux déboires du couple principal.

L’Orchestre symphonique de Mulhouse, sous la direction racée et fine de Friedemann Layer, soigne les couleurs instrumentales et l’immatérialité des textures, assure sans faiblir la motricité de la rythmique mais manque toutefois d’ampleur pour embraser comme il se devrait les grands élans lyriques de la fin de l’acte I ou du duo d’amour du II.

Crédit photographique : photos © Eric Kaiser

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Strasbourg. Opéra national du Rhin. 2-II-2012. Leoš Janáček (1854-1928) : Kát’a Kabanová, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Robert Carsen, reprise par Maria Lamont. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Avec : Andrea Danková, Kát’a ; Julia Juon, Kabanikha ; Miroslav Dvorsky, Boris ; Guy de Mey, Tikhon ; Oleg Bryjak, Dikoï ; Enrico Casari, Koudriach ; Anna Radziejewska, Varvara ; Peter Longauer, Kouliguine ; Nadia Bieber, Glacha ; Yasmina Favre, Fiekloucha ; Violeta Poleksic, une Femme. Choeur de l’Opéra national du Rhin (direction : Michel Capperon) ; Orchestre symphonique de Mulhouse ; direction : Friedemann Layer

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