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Pelléas et Mélisande par Bob Wilson, du vide en scène

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 28-II-2012. Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et douze tableaux sur un poème de Maurice Maeterlinck. Mise en scène et décors : Robert Wilson, reprise par Giusepe Frigeni. Costumes : Frida Parmeggiani. Lumières : Heinrich Brunke, Robert Wilson. Avec : Stéphane Degout, Pelléas ; Elena Tsallagova, Mélisande ; Vincent Le Texier, Golaud ; Franz-Josef Selig, Arkel ; Anne Sofie von Otter, Geneviève ; Julie Mathevet, Le Petit Yniold ; Jérôme Varnier, Un Médecin, Le Berger. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Philippe Jordan

Pelléas et Mélisande de Debussy est un chef-d’œuvre français tout à fait à part dans l’histoire de l’opéra qui continue, à distance d’un siècle, à susciter des doutes dans le public à cause du mystère de ce drame : on ne connait pas les origines des personnages et vers quoi ils vont. Pelléas représente en fait un monde à part entière, très français, caractérisé par des mots suspendus, des propos indéterminés, des attitudes énigmatiques.

C’est proprement cette atmosphère indéchiffrable définie par de nombreux silences, des réticences, des vides et par la distance entre les personnages qui a inspiré la mise en scène et les décors spartiates de Robert Wilson. Sa réalisation se soustrait volontairement à la représentation pour aller à la rencontre d’un théâtre nu, pauvre dans ses moyens visuels, très géométrique mais riche en perspective que cette nudité peut susciter chez le spectateur. Le vide de la scène est rempli ici là par des dessins en charbon sur papier Vinci conçus par Wilson, et par la lumière, ou mieux, par la
pénombre. Un jeu de rapide changements chromatiques suggère l’intensité des événements et définit les parties les plus intéressantes du drame.Si la logique du metteur en scène reste compréhensible, ce qui suscite une certaine perplexité est le manque de correspondance entre les actions scéniques et le livret. Un exemple de contradiction est la première scène du premier acte : la forêt réduite à des panneaux verticaux mouvants qui disparaissent rapidement, au bord d’une fontaine imaginaire Mélisande prononce la célèbre phrase « Ne me touchez pas !» à un Golaud bien loin d’elle. Autre élément de réflexion est la coiffure liée de la protagoniste qui ne garde aucune trace de la chevelure longue et éthérée à travers laquelle se matérialise la rencontre avec Pelléas. Inexplicable enfin est l’absence, du moins physiquement, d’Yniold dans la scène finale. Les costumes s’adaptent bien à la simplicité de la représentation. Remarquable robe en soie de Mélisande mais le choix des teintes est un peu banal, qui privilégie le blanc pour le couple Pelléas et Mélisande et le noir pour Golaud, selon le symbolisme classique de la pureté ( ?!) et du péché.

Bilan absolument positif pour la direction de qui surcharge le mystère du drame littéraire avec celui musical. Pour sa première fois à la direction d’un chef-d’œuvre français, il livre une interprétation transparente et précise qui met en évidence les couleurs les plus variées de l’orchestre sans abuser de la force tragique de certains passages. Tout est très propre, très contenu et en symbiose avec le chant des protagonistes. Ces derniers sont très affectés ; leur fixité, sans doute étudiée, leur est non naturelle, ce qui n’empêche pas la bonne réussite vocale. Le timbre doucereux, quelquefois perfide de Mélisande rajoute au drame un atout supplémentaire. La fluidité vocale d’ associée à sa silhouette très fine imprime une délicatesse considérable à son interprétation. Sa présence quasi immatérielle s’oppose avec force à la matérialité du baryton . Très à l’aise dans le rôle du méchant Golaud, un des personnages fétiches de son répertoire, il est l’antagoniste vocal de l’autre baryton /Pelléas qui restitue au public une interprétation correcte et sans excès. Remarquables, enfin, les interventions d’ qui rajoute une touche d’élégance tout à fait personnelle au personnage de Geneviève.

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