Banniere-ClefsResmu-ok

Musica : de l’électricité dans l’air, reprise et découverte

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Strasbourg. Festival Musica. 21-IX-2013.
11h et 15h. Aubette. Salle des fêtes. Concerts sous casques 1. La Muse en Circuit.
20h30 : Cité de la Musique et de la Danse. Auditorium.Vasco Mendonça (né en 1977) : The House Taken Over. Katie Mitchell, Mise en scène; Edward Grint, Baryton; Kitty Whately, Mezzo-soprano; Etienne Siebens, Direction.

Thierry Balasse © AlaryDe l’électricité dans l’air à Musica

Pour fêter ses trente ans d’existence, Musica renoue avec le monde électroacoustique qui trouvait sa place, jadis, dans ses soirées off, à La Laiterie Artefact ou dans d’autres lieux plus « underground ».

Dans l’espace très adéquat du foyer de l’Aubette et en collaboration avec , le festival programme cette année deux « Concerts sous casques »; c’est une expérience singulière où l’oeuvre en train de se faire est mixée en temps réel et réinjectée dans le casque de l’auditeur qui mesure ainsi la distance entre l’espace réel où il se situe et l’espace virtuel dans lequel le plonge sa propre écoute. nous invite à l’écoute intimiste de sa voix passant à travers le micro; , quant à lui, manipule, percute, agite ou gratte (sa guitare) pour fait naître sous le geste de l’improvisation tout un univers de sons captés par le micro. mixe le tout en direct et modèle un espace et des sonorités de synthèse grâce au traitement électronique. Avec ses talents de diseur, s’empare des « autobiographies » – non conformes et transgressives – de dans lesquelles, sur le ton de la désinvolture toujours, le compositeur nous fait part de sa vision du monde. Ce maître du Hörspiel n’aurait certainement pas renié la manière intimiste et susurrée de dire ses mots en sollicitant l’oreille sensible: « Ce qui m’intéresse le plus, nous dit en substance Ferrari, c’est de frotter; la musique est une grande zone de frottement »…

Le deuxième « Concert sous casques », toujours en matinée, le week-end prochain, donnera à entendre des textes inspirés de « Note sur la mélodie des choses » de Rainer Maria Rilke.

L’électricité passait également, mais avec beaucoup moins de bonheur, dans La Nuit Hallucinée de . Oeuvre à l’origine radiophonique – et Prix Italia 2012 – elle était ce soir donnée en version de concert et mobilisait sur le plateau du Théâtre National de Strasbourg Charles Berling – vedette de cinéma mais piètre récitant – , la chanteuse , dont la prestation, si sporadique soit elle, n’était pas davantage convaincante, et l’ sous la direction de sa chef . Porté par le texte des Illuminations de Rimbaud, qui ont déjà inspirées bon nombre de ses collègues, se fourvoie dans un mixe improbable – et interminable – entre sons électroacoustiques et parties instrumentales très stéréotypées, mots et commentaires chantés dont on cherchait vainement la cohérence et l’efficacité.

On appréciait davantage la prestation de l’ dans les deux pièces jouées en première partie de concert. Si la matière très vibratile et toujours pulsée de Entrelacs de manquait ce soir d’un rien de souplesse dans le rendu sonore, Trame XI de donnait la vedette à l’excellent , créateur de l’oeuvre en 2011; ce dernier faisait circuler l’énergie entre les 8 miniatures articulant la forme générale et galvanisait un ensemble instrumental en parfaite synergie.

Vasco Mendonça © Joao Vasco Almeida

Reprise et découverte 

Musica redonnait en soirée, dans l’Auditorium de la Cité de la Musique doté d’une fosse, l’opéra de chambre The House Taken Over (la Maison occupée) du compositeur portugais créé cet été à Aix en Provence dans la mise en scène de (lire notre chronique). C’est le très charismatique , succédant à Olivier Dunn, qui endossait ce soir le rôle d’Hector aux côtés de l’excellente (Rosa, la soeur) présente quant à elle lors de la création.

Le rituel concert du dimanche matin à la Salle de la Bourse nous faisait découvrir un espace réaménagé pour le concert, avec gradins et panneaux acoustiques en fond de scène, modifiant sensiblement la configuration des lieux. Musica y invitait pour la première fois le – Michel Borrego, violon, José Miguel Gómez, violoncelle et Juan Carlos Garvayo, piano – ainsi nommé en hommage au violoniste, chef d’orchestre et compositeur espagnol Enrique Fernández Arbós. Plus connu dans l’interprétation du grand répertoire dédié au trio avec piano, où il s’impose comme une des meilleurs formations de chambre espagnoles, les Arbos sollicitent aujourd’hui des commandes de compositeurs vivants et s’investissent pleinement dans la musique d’aujourd’hui en créant des pièces de , d’ ou que l’on entendait ce matin en première audition.

Dans Trio de (2011), violon et violoncelle sont solidaires face au piano réagissant avec humeur aux sollicitations des deux autres: dans ce théâtre de sons où la musique s’articule comme les mots, par petites unités, Aperghis joue sur les variations de « débit » et les modulations de registre avec un rien d’humour qui ne transparaissait guère chez nos trois interprètes. Il y a du théâtre également dans Trio de , lié à une tradition japonaise où le son souvent bruité louvoie entre effleurement et phénomène saturé. L’oeuvre au cheminement narratif, qui n’évite pas certains stéréotypes, révèle une écriture toute en relief délicatement ciselée par les trois instrumentistes souvent en relai.

Fünfzehn Bagatellen, In Form von Variationen  (2011) d’ relève d’une toute autre facture. Dans un geste spectral, Fedele explore l’espace acoustique (balayé plusieurs fois par les trois instruments en homophonie) et les phénomènes de résonance générés par le registre grave du piano. Les variations renouvellent d’autant les configurations sonores dans une écriture inventive et un intérêt toujours renouvelé des alliages de sonorité. Le geste est également spectral dans Lied ohne Worte (2012), une très belle pièce de où le piano, rejoint par les deux instrumentistes à cordes, commence en parcourant l’espace de résonance dans une tension énergétique exacerbée; les trois instruments vont dévoiler à mesure les composantes du spectre harmonique dont Jarrell va faire son miel: au gré d’un travail d’orfèvre sur le timbre et les combinaisons sonores pour générer un halo de couleurs et de résonance assumé avec un très grand soin par les trois interprètes.

Projetée entre les oeuvres de Fedele et de Jarrell, la vidéo un rien datée de Robert Cahen, Dernier adieu (1988), sur la musique d’Olivier Messiaen (l’un des Vingt regards sur l’Enfant Jesus entendu dans un piètre enregistrement saturant tous les graves) faisait office d’interlude dans ce concert de haute tenue témoignant de l’exigence et de la personnalité de ces trois artistes révélés au public de Musica.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.