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Carl Nielsen à Paris

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« Une affiche de concert jaunie par le temps et abandonnée à sa solitude dans un dossier oublié est-elle à jamais condamnée au silence ? Nous voulons croire que ce triste destin apparemment inexorable mérite de recevoir un démenti cinglant, ne serait-ce que le temps d’une lecture. » Voilà comment débute ce dossier élaboré par le président fondateur de l’Association française Carl Nielsen. Pour accéder au dossier complet : Sur les traces de Carl Nielsen

Tout au long de son existence, Carl Nielsen voyagea beaucoup en Scandinavie et ailleurs sur le continent mais sans jamais quitter l’Europe. Nous scruterons dans cet article ses déplacements en direction de la France et plus précisément de Paris où quelques évènements majeurs ponctuèrent sa vie privée et professionnelle. Nous évoquerons également les principaux concerts parisiens ayant programmé certaines de ses musiques, en particulier à la Salle Gaveau. Notre documentation s’appuiera principalement sur la presse parisienne de l’époque. Nous avons reproduit les noms des artistes cités sans modifications.

Concert de Camille Saint Saëns à la salle Gaveau. Source : Bibliothèque nationale de France

Premier séjour à Paris (1891) : la découverte de l’amour

Avant son premier voyage d’études, rendu possible par l’obtention d’une bourse prestigieuse, le jeune Carl Nielsen n’avait jamais quitté son Danemark natal, et plus précisément son île de Fionie et la capitale du royaume, Copenhague, où il se rendit pour tenter l’aventure, à l’instar de son compatriote le plus célèbre du temps de sa jeunesse, .
Son engagement récent comme instrumentiste du groupe des seconds violons de l’Orchestre du Théâtre royal n’empêcha pas son départ pour l’Europe en vue de parfaire ses connaissances musicales et surtout de se confronter avec la vie musicale de foyers intenses et modernes de l’activité musicale européenne. C’est ainsi qu’il se rendit successivement en Allemagne, France et Italie afin de se confronter à l’art musical, mais pas uniquement, de ces grands pays, dont le monde entier reconnaissait la suprématie dans de nombreux domaines. Arrivé à Paris le 26 février 1891, il descendit à l’hôtel de Molte. Il ne cacha pas sa curiosité musicale mais se montra aussi un fervent visiteur de musées et de galeries d’art. « Merveilleuse ville », s’exclama-t-il dans son journal à la date du 27 février. Il déambula avec le plus grand plaisir dans les principaux quartiers célèbres de la capitale. S’il ne se mêla pas aux artistes français du temps, il fréquenta un certain nombre de scandinaves séjournant eux aussi dans la capitale française. Ils se rencontraient dans les cafés, visitaient ensemble galeries, expositions et musées, discutaient du présent et de leur futur artistique. Il côtoya et noua d’amicales relations avec le jeune peintre danois promis à un bel avenir, Jens Ferdinand Willumsen, de deux ans son aîné. Le 1er mars, il assista à une soirée des Concerts Lamoureux où il entendit la Symphonie n° 3 « Rhénane » de Robert Schumann et l’Ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner. Le 11, il se rendit à un concert commémoratif en l’honneur de César Franck, notant : « Son Quintette avec piano et ses quatuors à cordes sont excellemment travaillés ». Il se rendit aussi par exemple au Moulin Rouge voir un spectacle de can-can et au Café oriental. Mais, depuis peu, il vivait déjà sur une nouvelle planète, celle de l’amour récemment rencontré.

Lors d’une soirée danoise organisée le 2 mars 1891, Carl Nielsen, âgé de 25 ans, rencontra une jeune étudiante, compatriote, destinée à la sculpture, Anne-Marie Brodersen, de deux ans son aînée. Ce fut le coup de foudre. Il l’avait donc aperçue quatre jours seulement après son arrivée lors de cette soirée organisée par le musicien danois . Dans son journal, il nota : « Je suis tout à fait ravi. Mademoiselle Brodersen est très belle. Je suis rentré vers 2 heures. »

Deux semaines plus tard, il ressentit une exacerbation de cette passion soudaine et il confia encore à son journal intime : « Bien dormi, mais réveillé de bonne heure avec un sentiment étrange, indéfinissable. Marie Brodersen. »

La tonalité initiale du séjour parisien changea du tout au tout et l’amour envahit le reste de ce voyage de découverte soudain moins exclusivement studieux. Si bien que quelques jours plus tard, le 16 mars, son journal reçut les réflexions suivantes : « Ne me souviens pas de ce que j’ai éprouvé aujourd’hui, sauf que dans la soirée je l’ai découverte, elle pour qui j’ai toujours eu une vaste gamme de sentiments, et nous voudrions vivre ensemble, être heureux et rien ne me fera plus douter. »

Une quinzaine de jours plus tard, on put lire à la date du 30 mars 1891 : « N’ai pas tenu mon journal durant ces deux dernières semaines car j’ai vécu dans un ravissement de bonheur. Ai vu Marie un grand nombre de fois et me sens de plus en plus riche et grand en sa compagnie. A partir de maintenant je noterai seulement où je suis allé et ce que nous avons vu ensemble. »

L’intensité amoureuse de cette rencontre imprévue les conduisit à se « marier » sans autorisation ni cérémonie lors d’une réunion privée d’artistes au restaurant Sainte Anne. Ils quittèrent Paris début avril et leur lune de miel se déroula en Italie où ils se marièrent officiellement cette fois, leurs papiers étant arrivés du Danemark, en l’église anglicane de Florence.

Lors de cet épisode parisien, Carl Nielsen était arrivé et reparti parfaitement incognito et aucune mention de son séjour ne figure dans la presse parisienne pour d’évidentes raisons.

Timide apparition d’une chanson (novembre 1920)

Bien que relativement ignoré des programmations parisiennes, bénéficia de quelques exécutions dont fut privé longtemps son exact contemporain le Danois Carl Nielsen. Dès l’Exposition Universelle de 1900, l’Orchestre d’Helsinki en tournée européenne se produisit à Paris et proposa la Symphonie n° 1 et la fameuse pièce orchestrale Finlandia de Sibelius. , lui, depuis très longtemps déjà, fréquentait encore musicalement (car décédé en 1907) toutes les salles, petites et grandes, où l’on jouait de la musique et la fréquence de sa programmation dépassa en quantité, et souvent en qualité, tous les musiciens nordiques possibles. On compte ses participations par centaines rien que dans la capitale française. Nous renvoyons à ce sujet aux Bulletins de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N.) qui s’y rapportent (cf. bibliographie). D’une façon générale, la musique danoise fut bien moins représentée que celle de ses voisins nordiques. Une des premières exécutions d’une œuvre de Carl Nielsen à Paris est probablement la chanson Silkesko over gylden laest, partie de l’opus, n° 3, sur un texte de Jacobsen composé en 1891, chantée le jeudi 25 novembre 1920, salle Gaveau, par le ténor Mischa-Leon qui défendit aussi des chansons d’, Sigurd Lie, Christian Sinding, et .

Le Carl Nielsen quinquagénaire des années 1920 jouissait d’une immense réputation en Scandinavie et dans une moindre mesure dans plusieurs centres musicaux européens où son nom et son œuvre étaient loin d’être inconnus sans pour autant bénéficier d’une fréquentation assidue. Au Danemark, on appréciait hautement ses chansons très populaires, ses œuvres chorales impressionnantes, considérées comme représentatives de l’âme danoise et dans une moindre mesure ses quatre premières symphonies, son Concerto pour violon et orchestre, sa musique orchestrale pour Aladdin ainsi que les poèmes symphoniques comme Hélios, Saga-Drøm et Pan et Syrinx, sans oublier plusieurs quatuors à corde et deux sonates pour violon…

Second séjour parisien (avril 1920) : un passage en toute discrétion

Le Ménestrel (26-03-1920/01-04-1920). Les grands concerts. Société des Concerts du Conservatoire (p. 128). La revue nous apprend que dirigea la Symphonie écossaise de Mendelssohn, l’Ouverture du Vaisseau Fantôme de Richard Wagner, la Procession nocturne d’.
« Le grand attrait de la séance résidait dans une nouvelle édition de M. , virtuose illustre, qui triompha à la fois comme pianiste et comme auteur dans une Fantaisie indienne de sa composition. Colorée, sans recherche ni originalité excessives (malgré une certaine complexité orchestrale), de structure assez désordonnée, comme l’y autorise son titre, cette œuvre contient assez de substance pour faire valoir, une fois de plus, la technique prodigieuse à laquelle, avec sa haute autorité, notre éminent ami M. I. Philipp a rendu ici hommage.
M. Busoni s’est également fait entendre dans le Concerto en mi bémol, où la phrase pure et candide de Mozart nous fut révélée à travers un étonnant « rubato », ne se manifesta à vrai dire, que chez un des deux interlocuteurs mais, là encore, M. Busoni fit acclamer sa puissante originalité, sa vélocité déconcertante, cette sonorité sans pareille qui, surtout dans la demi-teinte, produit une impression physique irrésistible et dont il semble avoir le secret… » Paul Bertrand.

La renommée de Busoni s’étendait sur toute l’Europe. Dans sa jeunesse, il avait enseigné à l’Institut de musique d’Helsinki (ancêtre de l’Académie Sibelius) et avait noué d’intimes et durables relations avec le jeune et très prometteur Jean Sibelius (Jane pour ses intimes). Quant à Carl Nielsen, il avait fait sa connaissance en Allemagne bien des années auparavant en 1891.

Menant une vie itinérante de virtuose européen, il donna des concerts à Milan en février 1920 où il reçut un accueil parfois houleux de la part de ceux qui lui reprochaient d’avoir abandonné l’Italie pendant la guerre, et ce, au profit de l’Allemagne. Ces événements le traumatisèrent. Il voyagea alors vers Paris en mars 1920 où il assura ses premiers récitals depuis la guerre. Isidor Philipp aménagea son entrée dans le monde musical parisien en faisant l’intermédiaire avec des personnalités comme et Georges Dandelot.

A l’occasion de cette rencontre parisienne, Carl Nielsen devait rester quasiment incognito. A l’inverse, pour , bien que malade et peu en forme, un copieux programme l’attendait dans la capitale mondiale des arts, titre que pouvait encore revendiquer Paris. L’orchestre habituellement dirigé par se produisait pour la saison 1919-1920 (93e année), Salle des concerts à 3 heures très précises. Ce dimanche 14 mars 1920, Busoni dirigea le 17e concert de la saison : une symphonie inédite (sic) de Haydn, le Concerto en mi bémol de Beethoven (et en assura aussi la partie soliste), Emotions (1ère audition au Conservatoire) de George Hüe, le Concerto n° 5 de (également joué par le musicien italo-allemand) et enfin la Fantaisie en ré de Guy Ropartz. Le dimanche suivant, 21 mars, on l’entendit diriger et jouer au piano les œuvres suivantes : Symphonie n° 3 (Ecossaise) de Mendelssohn, Concerto en mi bémol pour piano de Mozart, La Procession nocturne de , la Fantaisie indienne de Busoni et enfin l’Ouverture du Vaisseau Fantôme de Richard Wagner. Le Vendredi-Saint, 2 avril 1920 à 8h du soir, Busoni se produisit, chef et soliste, dans le programme suivant : Symphonie en ut mineur de Beethoven, Concerto en sol mineur de Mendelssohn, Rédemption (morceau symphonique) de César Franck, Deux Légendes (St François d’Assises, Prédiction aux oiseaux et St François de Paule marchant sur les flots) de Franz Liszt et l’Ouverture du Tannhäuser de Richard Wagner.

Ferruccio Busoni devait décéder quatre années plus tard.

Troisième séjour (fin novembre 1923) : pour un quatuor à cordes

Concert de Musique danoise (23 novembre) – « Sous le haut patronage de l’Association Française d’Expansion et d’Echanges artistiques, des musiciens danois sont venus nous présenter quelques-unes des compositions de leurs maîtres récents ou actuels. Tentative intéressante, à coup sûr, car nous ne connaissons guère les musiques étrangères, ce qui ne saurait surprendre personne, puisque déjà nous connaissons si peu les nôtres, à part quelques exceptions qui occupent invariablement l’estrade.
La séance débuta par un Quatuor à cordes de M. Carl Nielsen, « chef de l’école néo-classique, ainsi que nous l’apprend une notice rédigée en un français plutôt fantaisiste. Il suit formellement les traditions classiques mais son naturel spécial danois ne se cache pas. Il parle une langue tout à fait moderne. » Pas tout à fait heureusement ! Et l’Allegretto pastoral, coupé d’un sémillant Presto, témoigne d’un goût bien classique. Par contre, ce Quatuor de M. Knudange (sic) Riisager s’en éloigne autant qu’il est possible : c’est une succession d’ondes sonores se dispersant au hasard des vents capricieux, et que je qualifierais, selon une expression de Voltaire, d’ « incohérentes hardiesses ». La Sonate pour violon de M. Rud Langaard (sic) appartient à la même famille ; elle renferme cependant un thème bien venu et heureusement rythmé qui sert de cadre à un tableau passablement flou.
La Sonate pour violoncelle et piano de M. Peter (sic) Gram, « chef de clan avancé », ne manque pas d’une certaine poésie mystérieuse, dont les accents hésitants pourraient davantage émouvoir s’ils étaient moins amorphes.
Venons maintenant à la musique vocale. Elle se présenta d’abord sous les espèces de deux mélodies écrites par M. Louis Glass, « chef de l’école romantique », sur des poésies de Sophus Michaëlis et d’Olaf Bull, dont le charme transparaît à travers la traduction. Celle-ci (est-elle fidèle ?) nous présente, dans la seconde pièce, des « arbres bleuis par le soleil ». C’est bien singulier ! et je comprends plutôt Victor Hugo nous entraînant, en son Eviradnus,

Sous les arbres bleuis par la lune sereine.

M. Poul Schierbeck, aux chansons « purement danoises », souligna gracieusement d’une fine notation le Tombeau du poète Hafiz, poème persan traduit en danois par Franck et de là en français par M. Paul Verrier.
Mais deux groupes de mélodies surtout nous frappèrent. Premièrement deux charmantes poésies d’Emil Aarestrup et Holger Drachmann, serties par Peter Heise en une fort délicate musique dont le caractère très schumannien – d’ailleurs sans plagiat d’aucune sorte – est extrêmement impressif. En second lieu le Chant de Scheitren, de Holger Drachmann, et Florence, d’Einar Christiansen, mélodiquement traités par M. Lange-Müller, « le Nestor de la musique danoise, celui qui a peut-être le plus fidèlement suivi les traditions nationales… et sut monter jusqu’au point culminant du romantisme ». Qu’il soit « le maître ainsi de tout le peuple », c’est de quoi nous ne saurions être surpris. Ce mélodiste est en même temps un harmoniste raffiné et un digne collaborateur des poètes par lui choisis. Il nous semble se rattacher par son esthétique à l’école d’un , d’un Weyse et d’un Hartmann. A lui se pourraient justement appliquer les vers familièrement adressés « à un vieux livre de chant danois » par le poète américain Longfellow, qui le remercie de lui rappeler :

les jours passés, à demi oubliés,
pendant les voyages de la rêveuse jeunesse
au bord de la Baltique…

Ces divers chants furent supérieurement interprétés, les premiers par M. Aage Thygesen, ténor à la voix chaude, vibrante et savamment nuancée ; les seconds par la très gracieuse Mlle Thyra Larsen, de l’Opéra Royal de Copenhague, soprano au timbre sympathique associé à une intelligente diction.

Le quatuor, composé de Mlle Gunna Breuning, M. Geshard Rafn, Mlle Ella Faber et M. Poulus Bache, se montra à son avantage, sauf en quelques sons aigus du violon qui eussent gagné à s’affirmer moins impérieux. M. Poulus Bache mérite une mention toute spéciale. Ce violoncelliste possède une magnifique sonorité, surtout dans les sons graves, et phrase avec une pénétrante simplicité. Enfin MM. Max Ritter et Christian Christiansen tinrent le piano avec une parfaite maîtrise et sans jamais s’écarter de la subordination toujours due, mais trop peu souvent accordée, au soliste. En résumé, intéressante audition qui devrait avoir pour résultat de nous rendre plus attentifs aux échos, souvent harmonieux, venant à nous par-delà les frontières. » René Brancour.

Voilà ce que l’on pouvait lire dans la rubrique « Concerts de musique danoise » (23 novembre) section du Ménestrel le 30 novembre 1923, p. 504, n° 48 sous la plume de René Brancour.

De son côté, le Journal des débats du 21 novembre 1923, dans sa rubrique « Carnet musical. Musique danoise », précisa : « A la suite du concert de musique française qui a eu lieu le 27 mars à Copenhague sous les auspices de la Société « Unge Tonekunstnere », l’Association française d’expansion et d’échanges artistiques a pris l’initiative de donner un concert de musique danoise, avec le concours de délégués des deux Sociétés danoises : « Unge Tonekunstnere » et « Dansk Tonekunstnerforening. Ce concert aura lieu sur invitation dans la Salle du Conservatoire, 2 bis, rue du Conservatoire, le vendredi 23 novembre à 9h du soir. Au programme œuvres de : Carl Nielsen, Louis Glass, Poul Schierbeck, Peder Gram, Rud Langgaard, Peter Heise, P-F Lange Müller, Knudage Riisager. »

Le Petit Journal (Paris, 1863), dans son édition du 28 novembre 1923, nous livra les informations suivantes. « Les Concerts. L’Ecole danoise. Concert Colonne : œuvres de MM. Peder Gram…
« Jamais il n’a été plus opportun d’organiser notre propagande musicale qu’à cette heure où l’école française peut prétendre à la suprématie. C’est chose faite et la direction en a été confiée à une tutelle avisée et vigilante. Pour répondre à l’hospitalité que quelques-uns de nos compatriotes notamment M. A. Roussel ont reçu il y a quelques mois au Danemark, les patronages officiels les plus éminents ont honoré le concert qu’ont donné, vendredi, au Conservatoire, par les soins de l’« Association française d’expansion et d’échanges artistiques », les représentants des deux sociétés danoises, et au cours duquel nous avons entendu deux quatuors à cordes de MM. Nielsen et Riisager, des mélodies de MM. Glass, Heise, Muller et une Sonate pour piano et violon de M. Peder Gram.
Les Musiciens danois ne nous étaient guère connus que par Buxtehude, l’ancêtre cher aux organistes, et par , dont le nom a inspiré à Schumann une page exquise de l’ « Album pour la jeunesse ». Les œuvres précitées attestent une personnalité et des caractères ethniques qui ne demandent qu’à s’affranchir d’une influence germanique, jusqu’à présent fatale.
J’espère que durant l’ « Heure de musique » qui leur a été offerte à la direction des Beaux-Arts, nos hôtes se seront éveillés au charme de M. Fauré et, pour toujours imprégnés de son parfum impérissable….
M. Pierné dont le tact n’est jamais en défaut, a eu un geste délicat en ouvrant, lui aussi, ses portes à M. Peder Gram avec un Poème lyrique dont la ferveur et l’expansion harmonieuses trouvent naturellement dans la discipline et la dignité des formes néo-classiques leur expression. La Romance pour violoncelle de M. Roger Ducasse qu’illumine d’abord un vague reflet fauréen garde dans l’oscillation lente de ses rythmes et de sa mélodie, je ne sais quoi d’incertain, d’austère…. » Paul Damhly

Le Gaulois daté du 20 novembre 1923, publia toute une colonne en page 4 où l’on peut lire ce qui suit.
« Lettre de Danemark (De notre correspondant particulier), Copenhague, novembre 1923. A la suite du concert de musique française qui a eu lieu le 21 mars à Copenhague, sous les auspices de la société « Unge Tonskunstnere », l’Association française d’expansion et d’échanges artistiques a pris l’initiative de donner à Paris, un concert de musique danoise avec le concours des délégués des deux sociétés danoises : « Unge Tonekunstterne » et « Dansk Tonskunnsternerforeningen ».
Ce concert aura lieu sur invitation dans la salle du Conservatoire, 2 bis, rue du Conservatoire, le vendredi 23 novembre.
Au programme : œuvres de Carl Nielsen, Louis Glass, Paul Schierbeck, Peder Gram, Rud Langgaer, Peter Heise, P-D Lange Muller, Knudage Riisager interprétés par le quatuor Breuning-Bache, les pianistes MM. Max Rytter et Chr. Christiansen, les artistes lyriques, Mlle Thyre Larsen de l’Opéra royal de Copenhague et M. Aage Thygesen ». A. Garo

Irmelin Rose chanté en 1924

Le Journal des Débats du samedi 14 juin 1924 dans sa rubrique « A travers les Concerts » signala l’interprétation de la chanson de Carl Nielsen intitulée Irmelin Rose sur un poème de J.P. Jacobsen mis en musique en 1891. Au cours de ce concert, le chanteur baryton M. Rejnekj Werrensath venu des Etats-Unis, et chantant en quatre langues avait interprété, outre la mélodie de Nielsen [que l’auteur de l’article « F.V. », qualifia de « joli madrigal »], l’air des Noces de Figaro intitulé « Ouvrez un jour/un peu ces yeux ».

Concert à Gaveau par Schnedler-Petersen (avril 1926)

Le mercredi 14 avril 1926, à 9h, salle Gaveau, l’Orchestre philharmonique dirigé par le chef danois mit à l’honneur plusieurs partitions importantes plus ou moins populaires. On appréciera le courage des choix opérés, témoin de la grande diversité des musiques que Paris proposait presque chaque jour à ses auditeurs. On relève les variations (Suite ancienne) du norvégien contemporain Johan Halvorsen ; la scène finale du Crépuscule des Dieux (chantée par Mme Laveine-Roche) de Richard Wagner ; la Danse des coqs, tirée du second opéra de Carl Nielsen, Maskarade, composé en 1904-1906, très apprécié au Danemark mais demeuré totalement méconnu ailleurs. Ce soir-là Mme Benenson assura la partie soliste du Concerto pour piano en mi bémol majeur de Mozart tandis que le célèbre morceau orchestral du Suédois (1872-1960) intitulé Midsommarvaka ou La Nuit de la Saint-Jean [Rhapsodie suédoise n° 1, op. 24 (en fait opus 19), composé en 1904] reçu une belle exécution. On entendit ensuite Prélude et Mort (Tristan et Isolde) de Richard Wagner placés juste avant deux œuvres du compositeur italien Vittorio Gneckhi (1876-1954) : Danse champêtre et Prologue de l’opéra Cassandra (1905).

Le chroniqueur (V.M.) du Ménestrel daté du 23 avril 1926 rendit compte du concert de l’Orchestre Philharmonique de Paris page 186. « M. Schnedler-Petersen, directeur des Concerts symphoniques de Copenhague, avait été invité à venir diriger l’Orchestre Philharmonique de Paris. M. Petersen est un chef calme, aucun geste inutile, il n’extériorise point, mais ceci ne nuit en rien à la chaleur et à la précision de l’exécution.
M. Petersen avait eu la bonne idée de nous apporter trois œuvres non exécutées en France.
Tout d’abord la Symphonie en ré majeur de Swendsen (sic). Swendsen n’était pas un inconnu pour les Parisiens : certaines œuvres de musique de chambre, notamment des œuvres pour violon et violoncelle, étaient récemment encore jouées dans les concerts. Sa Symphonie en ré majeur, très classique de forme, est aimable et facile, mais sans grande originalité.
Ensuite, nous entendîmes deux fragments de la Suite ancienne de Halfvorsen (sic), pastiche de la musique telle qu’on la concevait au temps de Haydn et de Mozart. C’est fort bien, mais ce n’est qu’un pastiche.
Les fragments du ballet de M. Nielsen, compositeur danois (les deux précédents sont norvégiens), montrent plus de recherche originale : il y a de la verve et de la bonne humeur et l’orchestration est amusante.
Quel que soit le jugement qu’on puisse porter sur les œuvres elles-mêmes, il nous faut insister sur ce point qu’en nous les faisant connaître M. Schnedler-Petersen a vraiment rempli le but d’échanges artistiques pour lesquels, semble-t-il, sont faits ces concerts dirigés par des chefs étrangers. Il est beaucoup plus intéressant pour nous de voir ces chefs diriger des œuvres de leur pays ou tout au moins de leur race que de savoir comment ils comprennent nos propres œuvres ou les œuvres d’autres civilisations.
De ce fait, le concert dirigé par M. Petersen a été pour nous l’un des plus intéressants de la série donnée par l’Orchestre Philharmonique de Paris. » V.M.

Séjour sur la Riviera (février 1926) : repos incognito et rencontre avec Schoenberg.

Alors qu’il travaillait encore à sa Symphonie n° 6, Carl Nielsen passa quelques jours de détente sur la Côte d’Azur. Son activité intense et incessante connut une courte interruption sans obligations professionnelles et il se reposa enfin. On signalera simplement une rencontre avec Arnold Schoenberg, entrevue cordiale et non formelle, empreinte de respect réciproque et dépourvue de concurrence qui n’eut pas d’autre résultat qu’une attention affichée pour l’art de chacun.

Quatrième séjour (octobre 1926) : la consécration d’un maître

Paris accueillit le plus illustre compositeur danois vivant : Carl Nielsen, âgé de 61 ans.
Après un temps passé en Italie où il se rendit à Rome, Florence et Palerme, Nielsen arriva à Paris en octobre 1926 précédé par sa réputation de principal compositeur vivant de son pays. Il s’installa, en compagnie de son gendre, le violoniste d’origine hongroise Emil Telmanyi, à l’Hôtel de Londres, situé 5, rue Bonaparte. A la réception de l’hôtel l’attendait l’invitation suivante : « Mon cher Maître, Notre institution qui a été très heureuse de prendre sous ses auspices le beau concert du 21 octobre, vous prie de bien vouloir accepter de prendre part au déjeuner intime qu’elle donnera en votre honneur… » Cette réunion devait se dérouler au Cercle Interallié, 33, rue du Faubourg Saint-Honoré, le lendemain du fameux concert entièrement dédié à sa musique.

L’organisation de la venue de Nielsen à Paris fut mise sur pied grâce à l’action conjointe de la Légation royale danoise (22, avenue Marceau, 16e) et à l’éditeur Borups Musikforlag. Le directeur de l’Association française d’expression et d’échanges artistiques (8, rue Montpensier), M. Brussel, ne ménagea point ses efforts. Tous œuvraient depuis plusieurs semaines au bon déroulement de ces rencontres.

« Le concert doit se dérouler Salle Gaveau, une salle de taille moyenne [1000 places] avec une acoustique agréable. L’orchestre qui apporte son concours est l’orchestre du Conservatoire avec ses magnifiques musiciens de premier ordre », écrivit Emil Telmanyi. Des affiches annoncèrent l’évènement dont la presse parisienne se fit l’écho.

La programmation prévoyait l’Ouverture de l’acte II de l’opéra Saül et David composé en 1898-1901 sur un texte de E. Christiansen ; le Concerto pour violon et orchestre, op. 33, composé en 1911 et créé en février 1912 par Peder Møller et l’Orchestre royal de Copenhague sous la direction du compositeur ; la Symphonie n° 5, op.50 en création à Paris ; la suite orchestrale (cinq des sept parties) tirée de la musique de scène d’Aladdin (1918-1919) d’après l’œuvre de l’écrivain danois Adam Oehlensclaeger (sic).

Le concert se déroula donc le 21 octobre 1926 à 20h45, Salle Gaveau, 45-47, rue de La Boétie. Les instrumentistes français, les solistes danois et les deux chefs d’orchestre, Carl Nielsen lui-même et son gendre Emil Telmanyi, se succédèrent sur le podium… tous œuvrèrent de concert pour donner un beau spectacle, que le public présent ovationna généreusement. Telmanyi dirigea : le Prélude de Saul et David, la Symphonie n° 5 et le Concerto pour flûte ; Nielsen dirigea le Concerto pour violon et la musique d’Aladdin.

Après cet unique et mémorable concert, Nielsen écrivit : « Le concert de ce soir fut l’un des grands moments de ma vie. L’, réputé, a joué merveilleusement bien. Les musiciens commencèrent la répétition avec une certaine réserve mais la finirent avec un vif enthousiasme. La crème de la crème du monde musical était présente. Roussel et Honegger ainsi que plusieurs chefs allemands m’ont salué et les deux compositeurs modernes m’ont même ovationné. »

Parmi les invités présents, on remarqua l’ambassadeur de Pologne, l’éditeur Henri Lemoine, l’éditeur d’art Arthur Goldscheider, le représentant des pianos Pleyel, M. Lyon…

Albert Roussel, présent, avait répondu comme suit le 15 octobre depuis sa maison de Varengeville à l’invitation reçue : « Je serai de retour à Paris dimanche et me rendrai avec plaisir au Concert Carl Nielsen. » Arthur Honegger, lui aussi bien connu, joignit ses compliments à ceux de son collègue Roussel. Il se montra ouvert et enthousiaste à la sortie du concert ainsi qu’il le précisa au maître danois.

La Semaine à Paris (Journal illustré hebdomadaire paraissant le vendredi), dans une très mince rubrique, « Programme des Concerts », renseigna le vendredi 22 : « Présentation d’un compositeur danois, Carl Nielsen. »

Tout comme Le Figaro du jeudi 21 octobre qui avança simplement : « A la salle Gaveau. Concert symphonique dirigé par Carl Nielsen et Emil Telmanyi. » Une édition du 14 octobre précédent annonçait en quelques mots : « Un concert de haute tenue artistique consacré aux œuvres du célèbre compositeur danois Carl Nielsen sera donné à la salle Gaveau le jeudi soir 11 (sic) octobre avec le concours de l’ dirigé par MM. Carl Nielsen et Emil Telmanyi. A ce concert participeront MM. Peder Møller, violoniste et Holger Gilbert Jespersen, flûtiste, artistes danois. »

De même, L’Humanité daté du 21 octobre se contenta-t-il d’annoncer dans sa rubrique « Les spectacles », le concert sans aucun autre commentaire.

Chantecler dans son numéro daté du 16 octobre, prévint : « Le concert Carl Nielsen, jeudi prochain : 21 octobre, à la salle Gaveau, le célèbre compositeur danois Carl Nielsen donnera un concert de ses œuvres… Au programme figureront des ouvrages jalonnant la vaste production du musicien… M. Carl Nielsen est déjà connu dans les milieux musicaux parisiens, voire sans doute trop notoire pour qu’il soit nécessaire de rappeler sa belle et digne carrière… Actuellement, M. Carl Nielsen est chef d’orchestre au Musick (sic) Foreningen et directeur du Conservatoire Royal de Musique. Il trouvera certainement auprès des habitués de nos salles de concert le plus sympathique accueil. »

Le Courrier Musical (n° 17 du 15 octobre 1926), p. 465 dans sa rubrique « Les prochains concerts à Paris » informa pour le jeudi 21 octobre, à 20h45, « … un grand concert symphonique consacré à l’audition de quelques œuvres maîtresses de Carl Nielsen, l’illustre compositeur danois… Un gros succès en perspective… Le magnifique programme englobera l’Ouverture du 2e acte de Saül et David, le Concerto pour violon, la Symphonie n° 5, le Concerto pour flûte et cinq morceaux tirés d’Aladin. Un gros succès en perspective. » Impresario : Marcel de Valmalète.

Lui fit suite logiquement le compte-rendu de Maurice Imbert dans la livraison suivante du Courrier Musical (n° 18, 1er novembre 1926, p. 487) : « Grâce à l’Association française d’échanges artistiques on vient de lier connaissance avec un nombre important d’œuvres de M. Carl Nielsen, l’un des chefs de l’école musicale danoise et directeur du Conservatoire de Copenhague. Dans celles-ci rien de ce que nous, latins, rêverions de trouver, aucune évocation de ces atmosphères, de ces couleurs, de ces coutumes, de cette vie nordesque dont la nostalgie hante nos esprits curieux ; ce sont des expressions internationales, si je puis dire, où le souvenir de la manière de Franck (M. Nielsen paraît avoir un faible pour les Variations symphoniques), voisine avec celui de Brahms, de R. Strauss, voire de Stravinsky. Possédant une technique robuste, du point de vue contrapuntique ou orchestral, M. Nielsen s’est parfaitement incorporé d’une façon évoluée qui prend valeur de personnalité. Ainsi dans le Concerto pour flûte, par exemple, où les combinaisons de timbres sont d’une recherche toute moderne, digne de l’auteur de l’Histoire du soldat, cependant que la syntaxe n’eut guère effarouché Th. Dubois lui-même ; ainsi encore le Marché à Ispahan, nettement stravinskyste comme procédé et d’une carrure toute classique comme d’une polymélodie des plus aimables. L’architecture est plus nébuleuse pour moi ; j’ai peine à saisir l’ordonnance du discours : peut-être cette musique voudrait-elle être plus ressentie que réfléchie. La Symphonie op. 50 est fort curieuse, avec sa batterie jouant un rôle descriptif et émotif important, quoique écrite dans une langue courante. Symphonie à programme plutôt que musique pure.
Le Concerto pour violon a été interprété par un violoniste de tout premier ordre, M. Peder Moller ; celui pour flûte par M. Jespersen, flûtiste de grande classe, tous deux de formation française d’ailleurs. Conduisant le superbe orchestre de la Société des Concerts, MM. Nielsen et Telmanyi, gendre du premier, alternèrent au pupitre. Ils furent ovationnés. » Maurice Imbert.

Le Gaulois du 25 octobre sous la plume de Louis Schneider rendit compte à son tour.
« Les Concerts. Hier dimanche, au Concerts Colonne, Israël, une symphonie avec voix de M. Ernst Bloch… Le pianiste Brailowsky était le soliste du jour : il a montré de l’autorité dans le célèbre Concerto de Grieg, en la mineur : l’allegro a été par lui rendu avec fluidité, avec rythme et brio ; il a manqué dans l’andante de ce charme vaporeux qu’apportait Raoul Pugno ; et son jeu saccadé dans le Rondo m’a surpris. Il n’a pas prêté assez d’émotion à la Ballade en la bémol et au Nocturne en ré bémol de Chopin : mais je serais tenté d’attribuer ce défaut à l’instrument… difficile à suivre à travers une orchestration compacte et massive, et puis le compositeur abuse de la répétition des mêmes effets : les nuances ténues et les fortissimi prolongés mais qui se succèdent de façon trop prévue.
L’Ouverture de Saül et David ne manque ni de force ni de vigueur. Le Concerto pour violon et orchestre est hérissé de difficultés, la technique y tue l’inspiration : seul le rondo final ne manque pas d’originalité, le violoniste Peder Møller s’en est tiré tout à son avantage. Dirigé par le gendre du compositeur, la Symphonie n° 5 prend par instant l’aspect d’une rhapsodie orientale avec les instruments à percussion. Le Concerto alambiqué et lourd pour flûte a trouvé un excellent interprète en M. Jespersen. La page la plus goûtée du concert a été la suite tirée d’Aladdin, qui présente du coloris, de la clarté et a l’avantage d’être faite de morceaux brefs ; cette page a valu un réel succès à l’auteur. »

Le 25 octobre, le Figaro rapporta : « Le Concert Carl Nielsen nous a donné le triple plaisir d’entendre un chef d’orchestre habile, M. Telmanyi, un violoniste de la bonne école, M. Peder Moeller, un flutiste excellent, M. Jespersen, et d’apprécier dans toute sa variété l’œuvre considérable du maître danois. »

Le Ménestrel daté du 29 octobre 1926 (p. 457) précisa quelques jours plus tard. « Concert symphonique : Œuvres de Carl Nielsen (Salle Gaveau, 21 octobre). Rien de plus intéressant à étudier qu’une sélection bien choisie des œuvres d’un compositeur étranger et encore inconnu de nous, dans une exécution d’ailleurs parfaite. L’Association Française d’Expansion et d’Echanges Artistiques, à laquelle préside, avec tant d’initiative, M. Robert Brussel, a ménagé à M. Carl Nielsen une audition mise en valeur par la Société des Concerts, et son très chaud succès a salué le maître Danois. M. Carl Nielsen, qui est né dans l’île de Fionie, en 1865, d’abord musicien de village, puis élève au Conservatoire de Copenhague, violoniste à la Chapelle royale, chef d’orchestre plus tard, enfin directeur de ce Conservatoire royal de musique, n’a donné qu’assez tard sa mesure de compositeur. Les œuvres qu’il a choisies pour les proposer à notre attention s’échelonnent, en tout cas, entre 1902 et 1926. Elles sont uniquement symphoniques mais on nous dit que de nombreuses mélodies populaires de sa façon, de petites chansons danoises, sont répétées constamment par « les grands et les petits », et la plus ancienne des œuvres présentées ici est un opéra-oratorio intitulé Saül et David.
Nous en avons entendu une sorte d’entracte symphonique, ouverture du second acte : le style en est brillant, caractérisé chaudement par les cuivres, mais enveloppé par l’ensemble des cordes. D’une façon générale, l’orchestre de M. Carl Nielsen est très plastique, très vivant de couleur, dans le choix des sonorités, dans la vivacité des expressions pittoresques. Je ne vois pas précisément un plan suivi dans ses compositions, mais une conception surtout éprise de la liberté du rêve, et qui, souvent, et à cause de ceci sans doute, ne s’évoque pas sans longueurs. Le Concerto de violon (op. 33, 1912), en deux parties, déçoit un peu sous ce rapport. Si le style en est très moderne, le violon y garde l’omnipotence un peu abusive d’anciens concertos. Il débute sans prélude orchestral et n’arrête plus, d’autant qu’il a pour lui seul un point d’orgue à chaque partie ! La seconde partie, surtout, est attachante, avec son pénétrant et rêveur adagio, son rondo pittoresque. L’exécutant, musicien excellent, était M. Peder Möller, lequel n’est pas un inconnu pour nous, tant s’en faut. Vous souvient-il des concerts exécutés au Palmarium du Jardin d’Acclimatation ? C’est lui qui les dirigeait, et ils étaient souvent des plus remarquables.

La Symphonie n° 5, en deux parties également, n’est pas non plus exempte de cette longueur un peu fatigante du développement. On sent bien, du reste, que c’est le besoin d’expression évocatrice qui est en cause. Dans la première partie, une belle vague harmonieuse succède à un concert de sonorités presque discordes, mais qui se fondent : c’est une vision toute d’imagination, que la seconde semble épanouir avec des nuances plus extérieures, des tons plus riches, au-dessus d’une pédale profonde. M. Carl Nielsen l’a fait suivre immédiatement d’un concerto de flûte, qu’il vient d’achever, et où je vois encore le libre discours, des capricieux échos des sonorités de la nature plutôt qu’une composition proprement dite. M. Holger Gilbert Zespersen (sic), qui l’a exécuté, a un très beau son, pur, rond et délicatement nuancé. Il a été élève d’Hennebains et de Philippe Gaubert. Pour la fin, bien qu’antérieure de sept ans, M. Carl Nielsen nous a fait entendre cinq morceaux d’orchestre de la féérie Aladdin, d’Œhleuschlaeger (sic), le poète national du Danemark, dont il a composé la musique pour le Théâtre royal de Copenhague. Leur importance est moindre, sans doute, que celle des œuvres précédentes, mais ils ont porté plus que toutes sur le public par l’originalité, la verve et l’expression pittoresque de leurs évocations. C’était une marche, rythmée par les cuivres et la batterie ; une danse indoue, aux méandres mesurés, lents, des bois, d’un tour vraiment charmant ; une autre danse, une sorte de tableau, tout à fait réussi, « de marché à Ispahan », où les bois dessinent encore leurs broderies sur un fond léger des cordes ; enfin une danse nègre, rapide et enfiévrée.

M. Carl Nielsen a dirigé lui-même ces dernières pièces. Les autres œuvres avaient été conduites par son gendre, le violoniste Emil Telmanyi, d’un geste très souple et précis. » H. de Curzon.

Le Guide du concert du 27 octobre 1926 confia : « M. Carl Nielsen est l’une des figures les plus en vue de l’école scandinave contemporaine. Son œuvre symphonique, considérable et très variée, demeure assez nettement à l’écart des curiosités à la technique contemporaine, mais vaut en revanche par des qualités essentielles d’inspiration, abondantes jusqu’à la profusion, et de maîtrise technique. Une riche diversité règne entre les diverses œuvres inscrites au programme, de l’entracte, tout classique de « Saul et David » au pittoresque familier de la Suite orientale d’ « Aladin », en passant par le romantisme intense, d’ailleurs puissamment expressif, de la Ve Symphonie « Rêve et Action ». Un succès très vif et très spontané a accueilli toutes ces œuvres, ainsi que les deux concertos, de violon op. 33 et de flûte (1926). Bien servis par de remarquables interprètes, MM. Peder Møller et Holger Gilbert Jespersen. La direction de l’orchestre fut originalement personnelle sous la conduite du compositeur, et d’une fermeté parfaite sous celle de M. Emile Telmanyi, qui alterna avec lui au pupitre. » P.R.

Dans le journal Le Temps paru le vendredi 29 octobre 1926 en page 4, Th. Lindenlaub, dans sa chronique des concerts, rapporte après avoir évoqué le pianiste Braïlowsky, la symphonie « Israël » de M. Ernst Bloch et « Neaera » de M. F. Le Borne, les œuvres du compositeur danois Carl Nielsen.
« L’Association française d’expansion et d’échanges artistiques a continué très heureusement la tâche qu’elle s’est donnée de nous faire mieux connaître les maîtres de l’étranger, en consacrant tout un concert aux œuvres du musicien danois Carl Nielsen.
Il n’est aucun domaine de la musique dans lequel cet artiste, qui est à l’heure actuelle le plus représentatif dans son pays, n’ait donné d’œuvres marquantes. Depuis la simple mélodie qui parle au cœur de tous par le naturel de son accent jusqu’à la symphonie où la forme la plus travaillée enchâsse la pensée la mieux choisie, Carl Nielsen a abordé tous les genres, sans négliger le théâtre (Saül et David, musique pour la féerie Aladin). Dans tous, il a donné des œuvres significatives. Ajoutons que son action comme directeur du Conserva toire de Copenhague est grande sur le développement de la jeune génération musicale au Danemark. Lui-même, à plus de soixante ans, est toujours en pleine force de production et il témoigne des plus intéressantes affinités avec l’art d’aujourd’hui, surveillées par un goût impeccable dû à l’art d’autrefois. Cette rare faculté d’adaptation est apparue dans la succession d’œuvres que nous a présentées cette intéressante audition ; notamment un concerto de violon (très bien joué par M. Peder Moeller), la Cinquième symphonie, et la musique de scène pour l’Aladin d’Œhlenschlaeger. M. Carl Nielsen est venu diriger ces dernières pièces d’un pittoresque spirituel et délicatement coloré qui m’a rappelé dans son orientalisme discret et plein de goût la Zorohayda de Svendsen, un autre scandinave de la précédente génération. M. Carl Nielsen a été salué par les applaudissements les plus chaleureux et les mieux mérités. »

Dans sa livraison du 23 octobre 1923, Le Gaulois, dans une petite rubrique marquée : « Dans les cercles », écrivit : « Un déjeuner a été offert, hier, au Cercle Interallié, en l’honneur de M. Carl Nielsen, directeur du Conservatoire de Copenhague, dont le concert a eu un si grand succès jeudi, honoré de la présence de LL. AA. RR. Le Prince et la Princesse René de Bourbon-Parme et de S.A.R. la Princesse Aage de Danemark.
A ce déjeuner assistait M. Paul Léon, ancien ministre, qui remit la croix d’officier de la Légion d’honneur à M. Carl Nielsen, après lui avoir porté un toast charmant. M. H.A. Bernhoft, ministre de Danemark en France ; M. Engelsted, conseiller de la légation ; M. Helge Wamberg, attaché de presse danois, M. Pillat, ainsi que d’autres personnalités y assistaient également. »

Bien évidemment le grand journal de Copenhague, Politiken, n’oublia pas l’évènement sous la plume d’Arthur Hongo dans la livraison nationale du 26 octobre courant. Même couverture de l’évènement par Gustav Hetsch, l’envoyé du journal Berlingske Tidende le 23 octobre.

Politiken cita Arthur Honegger engagé dans sa livraison du 26 octobre : « Nous admirons Carl Nielsen comme technicien de premier rang et comme artiste dont l’abondante créativité se trouve constamment renouvelée. L’ensemble de son œuvre donne le sentiment de salubrité, puissance et de supériorité.»

Comoedia du 19 octobre 1926, sous la plume de , témoigna de la sorte : « M. Carl Nielsen est, au Danemark, le compositeur le plus en vue. Chef d’orchestre de valeur, il a renoncé à cette fonction où il avait montré de remarquables qualités, pour se consacrer entièrement à la composition… Ce qui frappe dans les œuvres de M. Nielsen, c’est la maîtrise qu’il montre dans le maniement de l’orchestre. Son assurance est parfaite dans le maniement de l’orchestre. Son assurance est parfaite dans la manière de grouper les timbres, de les associer et d’en tirer de piquants contrastes… La 5e Symphonie, que M. Nielsen a conduite lui-même, est un important ouvrage fort développé, qui comporte deux parties. Le premier morceau d’un caractère recueilli s’oppose au second, tumultueux et d’un rythme véhément. Il semble que cette symphonie réponde à une donnée psychologique que s’est imposé l’auteur pour rester plus maître de ses idées musicales et en régler le développement.
Les cinq morceaux tirés de l’Aladdin ont, avant tout, un caractère pittoresque… La Place du Marché à Ispahan oppose curieusement quatre petits orchestres, vivant, chacun, de sa vie autonome.
Deux concertos figuraient au programme. Le Concerto pour violon est d’une haute virtuosité dont eut raison M. Peder Møller, violoniste aussi racé que maître de ses moyens. Le Concerto pour flûte et orchestre, remarquablement exécuté par M. Holger-Gilbert Jespersen (sic) est la dernière œuvre de M. Nielsen. Il a du piquant, de l’allant et ne manque pas d’humour. M. Emil Telmanyi conduisit avec beaucoup d’assurance une importante partie du programme. »

De son côté, Excelsior du 28 octobre renseigna ses lecteurs comme suit : « L’œuvre de Carl Nielsen reflète toutes les étapes de l’esthétique contemporaine assimilées avec une richesse d’inspiration personnelle fort imposante. L’orientalisme de ce danois dans la partition d’Aladdin est d’une saisissante objectivité si on le compare à l’orientalisme de Rimsky-Korsakov, empli par la présence de l’inépuisable Shéhérazade. Chez Carl Nielsen l’expression sonore est l’équivalent exact d’une évocation plastique… Au wagnérisme de Saul et David (1922) (sic) jusqu’aux chatoiements du Concerto pour flûte et orchestre (1926) sont passées les conquêtes dont notre Debussy fut le génial initiateur… »

Le lendemain du concert, Nielsen et ses compagnons se rendirent à un déjeuner dit intime qui devait réunir quelques personnalités dont Henri Rabaud, le directeur du Conservatoire de musique de Paris. Ce fut pour lui l’occasion de recevoir la Légion d’honneur. Comoedia du 23 octobre précisa : « Au cours d’un déjeuner au Cercle Interallié offert au grand violoniste danois Carl Nielsen et présidé par M. Paul Léon, le directeur des Beaux-Arts lui a rendu la rosette d’officier de la Légion d’Honneur. »

Quelques jours plus tard dans Paris Soir (1er novembre), Louis Vuillemin nota : « … Une grippe malencontreuse m’a empêché de les entendre [les œuvres de Carl Nielsen]. Je le regrette d’autant que M. Carl Nielsen s’est toujours montré grand ami de nos compositeurs français. Le gouvernement vient de lui conférer la rosette de la Légion d’Honneur… Bravo ! »

Le même commentateur ajouta par ailleurs, non sans chauvinisme : « Ceci nous donne, au demeurant, l’espoir que, dès qu’il se sera fait naturaliser danois, M. Rhené-Baton, le grand chef d’orchestre – qui s’obstine à demeurer français – recevra enfin le ruban mérité par 25 ans d’un apostolat glorieux, à Paris, en France et ailleurs !… »

En remerciement, Nielsen répondit par le discours suivant cité dans Comoedia : « Dans ma jeunesse, j’ai fait un séjour de quelques mois à Paris. Pendant cette période César Franck mourait et j’assistai au concert donné en mémoire du grand maître.
Je ressentais des impressions inoubliables sur l’esprit français, sur la culture française, sur toutes les valeurs humaines et sur cette sensibilité toujours vivante de votre illustre nation.
Mon admiration et mon amour furent établis pour tout ce qui a formé votre esprit.
Plus tard, je suis venu maintes fois en France, mais seulement pour peu de temps. Maintenant je me trouve dans votre Paris, entouré de bienveillance et de sympathie pour mon art. Et je me souviens aujourd’hui de tout ce que j’ai éprouvé dans ma jeunesse car, au fond, rien de ce qui alors remplissait mon âme n’est changé dans votre pays : le monde se tourne toujours, avec espérance et enthousiasme, vers l’immense construction qui est la culture française et l’art français dans toutes ses catégories.
Le centre nerveux du monde pour la science, la littérature et l’art vibre dans cette ville, dans ce peuple. »

Une soirée musicale en l’honneur de Carl Nielsen, eut lieu le 22 octobre, lendemain du fameux concert orchestral à Gaveau. Programme de musique de chambre porté par Peder Møller (violon) et Emil Reesen (piano) avec des œuvres de Kai Sentius, Carl Nielsen (2 Humoresques Bagatelles), Pugnani, Schubert et Bazzini. Nielsen se mit lui-même au piano pour interpréter plusieurs de ses Humoresques Bagatelles. La soirée se déroula en présence de Maurice Ravel, Arthur Honegger et Albert Roussel. L’on visita ensuite, nuitamment, Paris.
De retour dans sa chambre d’hôtel, il écrivit à sa fille Irmelin et son gendre Eggert Møller alors en Amérique : « Chers enfants ! Le concert d’hier soir fut une des plus grandes expériences de ma vie… Je n’ai dirigé que (à cause de l’angine de poitrine, mais je n’ai rien ressenti du tout) le Concerto pour violon et Aladdin… Peder Møller souleva beaucoup d’enthousiasme, le nouveau Concerto pour flûte pareillement. Emil dirigea la symphonie et rencontra une immense approbation : sa prestation fut aussi excellente… »

Si la majorité des comptes-rendus parisiens se montrèrent donc plutôt favorables à la musique du maître danois, parmi les voix discordantes, on releva celle de Jan Meyerheim qui dans Paris Telégram du 31 octobre écrivit « Le Concerto pour flûte, fut bien interprété par M. Jespersen. Je ne lui ai pas accordé d’attention du tout, cela va au-delà de ma compréhension. » Louis Schneider dans le New York Herald (24 octobre) statua : « On peut dire que le Concerto pour flûte est massif et de compréhension difficile. Il fut très bien joué par M. Jespersen, un élève de M. Ph. Gaubert. »
Le 30 octobre Nielsen et Telmanyi quittaient Paris en direction d’Oslo où ils arrivèrent le 8 novembre.

Deux artistes danois défendent la Sonate pour violon n° 2 (mars 1927)

Le Gaulois du vendredi 18 mars 1927 prévint ses lecteurs : « Victor Schioller et Peder Møller interprèteront la Sonate à Kreuzer de Beethoven, la Sonate n° 2 de Karl Nielsen et la Sonate de Franck, lundi soir 21 mars, salle Gaveau, où la location est ouverte. »

La parution du lundi 21 mars du même Gaulois relança l’annonce du concert : « La musique. Ce soir, à la Salle Gaveau, Victor Schiøller et Peder Møller interprèteront des sonates de Beethoven (Kreutzer), Nielsen (n° 2) et Franck.

Même annonce laconique dans Le Figaro du lundi 21 mars.

« Le lundi 21 mars 1927, à 9h, salle Gaveau, on put écouter deux interprètes danois dont un au moins, le premier cité, était venu à Paris au mois d’octobre de l’année précédente en compagnie de Carl Nielsen, le violoniste Peder Møller [1877-1941] et le pianiste Victor Schioller [1899-1967]. Ils jouèrent la Sonate à Kreutzer [1802-1803] de Beethoven, la Sonate pour violon n° 2 [1912] de Carl Nielsen et la Sonate pour violon et piano [1886] de César Franck. »

Le 8 avril courant, le Figaro écrivit : « MM. Schiøler, pianiste et Möller, violonistes, interprétèrent avec beaucoup de correction, Beethoven, Franck et Carl Nielsen, dont la Sonate, qui ne manque pourtant pas d’intérêt pâtit quelque peu du voisinage. »

Un défenseur danois de Nielsen à Paris (avril 1927) : Frederic Schnedler-Petersen

Le Ménestrel daté du vendredi 29 avril 1927 rapporta la soirée du dimanche 24 avril précédent. Notons que Nielsen n’avait pas assisté au concert.

« Cette fois M. Rhené-Baton était allé, lui, prendre l’air des champs et respirer la brise qui caresse nos coteaux parisiens : il avait cédé sa baguette et confié son orchestre à M. Frederic Schnedler-Petersen, chef d’orchestre des concerts symphoniques de Copenhague. M. Schnedler-Petersen est un homme calme et précis, ses gestes sont menus mais secs quand il le faut pour indiquer la mesure ou le rythme : il surveille parfaitement de son œil limpide et doux, les entrées de chaque instrument : il y a un peu dans sa tenue de l’onction et de la modestie d’un pasteur.

Il nous offrait la primeur en France d’une symphonie de M. Carl Nielsen, intitulée les Quatre Tempéraments (Allegro collerico, Allegro commodo e flemmatico, Andante mélancolico, enfin Allegro sanguinico), il n’est pas besoin, je crois, de traduire. M. Nielsen s’est efforcé de caractériser par sa musique chacun des caractères énumérés. Il l’a fait sans grand éclat et surtout sans grande opposition, le collerico n’est pas très véhément et le sanguinico n’est ni rubicond, ni très jovial : l’auteur redoute les extrêmes, peut-être est-ce là l’expression du tempérament danois. Je serais assez porté à le croire : j’ai l’honneur d’avoir quelques Danois pour amis, ce sont des hommes de fort belle tenue, d’esprit réfléchi et droit, de jugement sage : tout ce qu’ils me disent de leur pays me fait imaginer un peuple aimable et de bon ton, fuyant toute exagération ; c’est excellent en politique et dans l’us quotidien, mais l’art demande un peu plus d’élan. La traduction harmonique reste dans la même région moyenne. M. Nielsen semble en être resté à Mendelssohn et ignorer systématiquement la symphonie wagnérienne ou l’instrumentation des modernes ; on attend sans surprise des développements prévus et les quelques audaces de batterie sont bien modestes et surgissent sans raison apparente.

La Rhapsodie suédoise de M. Hugo Alfven a été, si je ne me trompe pas, utilisée par M. Jean Boilen pour la Nuit de la Saint Jean, un de ses ballets les mieux réussis. J’ai eu l’impression que l’audition au concert, fort joliment détaillée par M. Petersen, met l’œuvre plus en valeur, les motifs rythmiques sont aisés, gais et sonnent avec une grâce alerte, l’instrumentation n’est jamais lourde et de jolie couleur, c’est frais, naïf et jeune.

Mme Stockmaan (sic) obtint un très légitime succès dans le Concerto de Grieg : son mécanisme est brillant et elle réussit fréquemment de fort jolies nuances.

Quant à M. Pierre Rovsing, il faut tenir compte pour le juger du très louable effort qu’il a fait pour chanter en français, ce qui a paru le gêner quelque peu mais la voix est de bonne qualité.

M. Petersen nous a laissé une agréable impression de l’art musical danois. »
Pierre de Lapommeraye.

Le jugement du chroniqueur ne semble pas tenir compte que la Deuxième Symphonie de Nielsen était une œuvre de jeunesse composée plus d’un quart de siècle auparavant. Dans sa rubrique « Le Monde artiste », Le Ménestrel du 28 février 2003 Paul Milcour donnait un écho de ce qui se passait alors au Danemark. Nous citons : « Le Théâtre royal de Copenhague a donné récemment la première représentation d’un opéra intitulé Saül et David, dont l’auteur, M. Carl Nielsen, dirigeait en personne l’exécution. C’est, paraît-il, une œuvre très remarquable, surtout au point de vue dramatique, et dont le succès a été éclatant. Peu de temps auparavant le compositeur avait offert au public une œuvre d’un autre genre, d’ailleurs assez bizarre, une symphonie qu’il intitule les Quatre Tempéraments ( !) et qui est plutôt une suite d’orchestre qu’une véritable symphonie. Cette œuvre a été exécutée dans une des séances de la « Société musicale danoise », une nouvelle société de concerts, récemment organisée par les jeunes compositeurs pour se faire connaître au public, dont le roi de Danemark a accepté la présidence d’honneur et qui est dirigée par un excellent organiste, M. Gustave Helsted. »

Bien sûr, la vie musicale de Copenhague ne laissait que peu d’informations précises sur le monde musical parisien. Ainsi en témoigne cette courte note incluse dans Le Ménestrel (Le Monde artiste) daté du 16 décembre 1906 : « A Copenhague, le Théâtre royal a donné Mascarade. Le compositeur danois Nielsen dirigeait lui-même son œuvre. Bien que Copenhague ne soit qu’à 1250 kilomètres de Paris, nous ne savons rien de plus sur cet évènement. »

Quelques précisions sur ce concert du dimanche 24 avril 1927 commencé à 5h45 au Théâtre Mogador par les Concerts Pasdeloup. Avec la pianiste danoise proche de Nielsen, Johan Stokmarr (sic) et du baryton M. Tubez Rovsing qui chanta des pièces de Wagner et Duparc. Johanne Amalie Stockmarr (1869-1944) interpréta souvent les œuvres de Carl Nielsen. De Sibelius ? La Symphonie n° 2 de Carl Nielsen sous-titrée « Les Quatre tempéraments », op. 16, datait des années 1901-1902. Au moment de ce concert son cycle symphonique s’était achevé par la Symphonie n° 6 dite « Sinfonia semplice » élaborée dans les années 1924-1925. L’affiche du concert écrit Alsven au lieu d’Alfvén, un compositeur suédois fort connu, né en 1872 et décédé en 1960, directeur du fameux chœur Orpheï Drängar (1910-1947) dont l’œuvre présentée se répandit partout. A l’époque de ce concert il travaillait sur sa Rhapsodie suédoise n° 3. Des chansons de Wagner et Duparc revenaient donc à Rovsing.

Le Gaulois du 24 avril 1927. La Musique. Aujourd’hui. Aux Concerts Pasdeloup. Théâtre Mogador. 3h15. Concerts hors-série… Soliste : Mme Jeanne Stockmarr, pianiste : M. Rovsing, ténor. Symphonie n° 2 de Carl Nielsen (première audition à Paris). Chef d’orchestre, M. Schnedler-Petersen, chef des Concerts symphoniques de Copenhague. »

L’édition du 25 avril 1927 de l’Action Française, précisait : « Hier, M. Petersen, chef d’orchestre des concerts symphoniques de Copenhague, a remplacé M. Rhené-Baton au pupitre pour diriger un beau programme de musique et d’interprètes danois. »

Schnedler-Petersen une nouvelle fois à Paris au service de Nielsen (avril 1928)

A cette époque la modeste notoriété parisienne de Carl Nielsen s’appuyait sur la connaissance de son nom et sur le fait qu’aux yeux de tous il était le principal compositeur danois connu à l’étranger. Toutefois cette vague notion contrastait avec une programmation extrêmement rare de sa musique. Sans commune mesure en tout cas avec celle dont jouissait depuis des dizaines d’années le Norvégien Edvard Grieg (1843-1907) qu’il fréquenta d’ailleurs dans les dernières années de sa vie.
Ce fut donc une sélection courageuse en l’honneur de la musique nordique contemporaine que l’on donna à la salle Pleyel, 252, rue du faubourg Saint-Honoré, le mercredi 18 avril 1928, à 9h, cette fois encore en l’absence de Nielsen. Les Concerts philharmoniques étaient placés sous la direction de M. Schnedler-Petersen que l’on avant pu écouter à Paris en avril 1927.
Programme de la soirée : Symphonie n° 3 de Carl Nielsen ; Avalon de Peder Gram ; Chanson de Solveig (Peer Gynt) et Sur la loggia de Edvard Grieg (avec Mlle Ernst) ; Le Fleuve (Concerto pour piano) de Selim Palmgren (avec en soliste M. Johansen) ; des mélodies de Rangström (Nocturne), Grieg (le Cygne) et Järnefelt (Dimanche) chantées par Mlle Ernst. Enfin la suite d’orchestre de Peer Gynt de Grieg.

Qu’en pensa le chroniqueur Pierre de Lapommeraye dans le Ménestrel du vendredi 27 avril 1928 ? Les Grands concerts. Concerts symphoniques, p. 184.
« Nous étions cette fois conviés à entendre de la musique scandinave, c’est-à-dire de la musique d’auteurs danois, suédois, norvégiens et finlandais, exécutés sous la direction de M. Schnedler-Petersen, chef des concerts symphoniques de Copenhague.
Le morceau de résistance était une symphonie (la Troisième) de M. Carl Nielsen (danois je crois). C’est une symphonie conçue sur le plan classique, avec exposition, développement, péroraison et conclusion. Ce qu’on peut reprocher à ce genre de composition, c’est son manque d’imprévu : la forme en est solide, l’orchestration bien équilibrée, mais l’attention n’y est guère éveillée, d’autant plus que trop souvent les thèmes sont quelconques et l’émotion peu communicative bien que la symphonie porte comme sous-titre « espansiva ». Quant à un caractère quelconque scandinave, il ne nous est point apparu : c’est de la musique facile, agréable, mais dépourvue de toute couleur.

La Suite de Peer Gynt de Grieg, qu’on nous donna au même concert, bien que fort connue et « rabâchée » par les petits orchestres, les pianolas, les « radiolas » et même le simple piano, a paru autrement évocatrice. Reconnaissons que M. Schnedler Petersen la conduisit, comme la Symphonie de Nielsen, avec une maîtrise, une discrétion et une sobriété parfaites.

Au même concert, Mlle Margareth Ernst chanta diverses mélodies d’une voix blanche, mais parfaitement conduite et exercée.

M. Gunnar Johansen, jeune pianiste danois montra une virtuosité exubérante dans un concerto curieux de M. Selm Palgreen (sic) intitulé le Fleuve. M. Johansen a de très grandes qualités, un joli son ; il doit être appelé à un brillant avenir ; c’est pourquoi je me permets de lui conseiller de nuancer un peu et de se discipliner. Il joue tout avec une fougue impressionnante. Quelques années de plus, de bons conseillers, et il soignera mieux les détails, « décantera » un peu son jeu et ce sera parfait. » P. de L.

Nettement plus expéditif Le Matin du 14 avril 1928 se contenta d’un petit encart annonçant un « Festival Scandinave » sous la direction de Schnedler-Petersen aux Concerts Philharmoniques. Annonce du même type, mais dans un cadre, dans Le Gaulois même jour.

Le Figaro (lundi 30 avril) informa ainsi ses lecteurs : « Les Concerts Philharmoniques nous ont convié à un Festival scandinave, où, à côté de Grieg, qu’il est tout indiqué de trouver en cette affaire, nous avons pu applaudir des productions d’auteurs modernes, une Symphonie de M. Carl Nielsen, un Concerto de Palmgreen intitulé Le Fleuve, d’un lyrisme abondant où M. Gunnar Johansen tint la partie de piano avec une maîtrise et une souplesse dignes de tous les éloges ; cet artiste eut d’ailleurs beaucoup de succès et Mlle Margareth Ernst chanta diverses mélodies d’une agréable couleur. Il faut louer sans réserve M. Schnedler-Petersen qui dirigea l’orchestre avec une fermeté et une vigueur des plus compréhensives. »

Louis Schneider dans Le Gaulois (mardi 26 avril) signifia : « La séance de dimanche aux concerts Pasdeloup dirigée par M. Schnedler-Petersen, le réputé chef d’orchestre danois, offrait un grand intérêt parce qu’elle nous a permis d’entendre des œuvres peu connues et même complètement ignorées en France. C’est ainsi qu’elle nous a présenté la Deuxième Symphonie du compositeur Carl Nielsen. Cette symphonie est loin de manquer d’originalité ; elle regorge d’idées développées par un musicien en pleine possession de son métier ; intitulée « les Quatre Tempéraments », elle correspond en chacun de ses mouvements à des tendances de caractères divers. Colerico, par exemple, est impétueux avec des colorations instrumentales assez violentes auxquelles l’influence de ne serait pas étrangère ; Commodo e flemmatico se déroule en une allure bon-enfant, facile, dans le sens d’un allegretto de Brahms, à Melancolico, qui traine quelque peu, je préfère le rythme entrainant, la sonorité ample de Sanguinico.
Deux remarquables virtuoses ont pris part à ce concert : l’un est M. Rovsing, ténor de l’Opéra de Copenhague, qui a magnifiquement chanté le récit du Graal de Lohengrin, qui articule nettement et sans accent, ainsi que des mélodies de Duparc ; l’autre est une pianiste, Mme Stockmarr, qui a exécuté le Concerto en la mineur de Grieg, avec une technique et un sens musical de tout premier ordre : j’ai particulièrement aimé le mouvement endiablé dans lequel elle a joué le final ; et c’est là, à mon humble avis, la vraie façon de comprendre cette page.
Le concert s’est terminé par une Rhapsodie suédoise où, en rythmes sautillants, M. Alfaen (sic) décrit avec humour et verve la nuit populaire de la Saint-Jean ; il y a montré du brio, de la maîtrise dans son instrumentation ; et l’œuvre a été remarquablement rendue par M. Petersen, qui a été l’objet d’une très flatteuse ovation. »

Juin-juillet 1928, séjour au Mont Dore dans le Puy de Dôme où il descendit à l’hôtel Métropole et des Etrangers et fréquenta les bains.

Lorsque réapparaît la magie d’Aladdin (mars 1930)

Intéressant après-midi à 3h le dimanche 9 mars 1930, salle Gaveau. Les Concerts Lamoureux dirigés par Anders Rachlew et avec la participation de la jeune pianiste soliste danoise Mlle France Ellegaard, née à Paris en 1913, ont certainement régalé leur public dominical avec la Symphonie op. 64 de Tchaïkowski, le Concerto de Grieg ainsi qu’avec deux danses et une marche tirées de la suite en sept mouvements d’Aladdin de Carl Nielsen (1918-1919) qui avait semble-t-il ravi les auditeurs parisiens en 1926.

Le Ménestrel imprima en page 120. « Concerts-Lamoureux. Samedi 8 mars 1930. Le concert était dirigé par M. Anders Rachlew, chef d’orchestre de la Société Philharmonique de Copenhague, mais Norvégien de naissance. Artiste très probe, constamment soucieux d’exactitude, M. Rachlew dédaigne les faciles effets. Ses gestes sont sobres et s’adressent uniquement aux instrumentistes, nullement au public.
De l’Ouverture d’Egmont et de la Troisième Symphonie de Brahms furent données des interprétations scrupuleuses et analytiques ; mais c’est dans le Concerto Grosso en si mineur d’Haendel que l’art de M. Rachlew s’affirma avec le plus de sûreté et d’ampleur. Il y eut aussi, avec le concours de M. Pierre Reitlinger, violoniste au talent délicat et souple, une belle exécution du Concerto n° 1 en ut majeur de Haydn. » C.A.

Mais c’est le lendemain Dimanche 9 mars 1930 qu’apparaît Carl Nielsen.
René Brancour renseigna dans Le Ménestrel : « M. Anders Rachlew est incontestablement un chef d’orchestre « hors-série ». Il ne fait point de démonstration gymnastique, il n’imite pas le geste auguste du plongeur, il ne comble pas ses musiciens de molles bénédictions non plus que de malédictions farouches. Et, avec un minimum de gestes, il obtient les meilleurs résultats. N’est-ce point extraordinaire ?
La Symphonie en mi mineur de Tchaïkowsky fut donc parfaitement rendue. Bien supérieure à l’interminable Pathétique, elle n’a guère à se reprocher que d’inutiles redites. Mais les thèmes en sont intéressants et variés, et l’instrumentation puissamment colorée. Les instruments à vent y sont les objets d’une prédilection toute spéciale. Et tout d’abord il faut mentionner le solo de cor par où s’ouvre l’adagio (et que joua si bien M. Devriny). A côté de lui la clarinette et le basson déployèrent leurs plus chatoyantes qualités.

Le délicieux Concerto pour piano de Grieg, nous fut donné ensuite. Il eut en Mlle France Ellegaard la plus poétique interprète. Son jeu, pourvu d’une grande sûreté de technique et d’une juste entente des nuances, traduisit en la plus complète manière la pensée du charmant musicien. Elle fut l’objet d’une chaleureuse ovation, tout à fait méritée.

Les Deux mélodies élégiaques qui suivirent sont loin d’égaler celles qui fleurissent dans le Concerto. Quelque peu pâles et traînantes, elles semblent gémir sur leur manque d’originalité.

M. Carl Nielsen, compositeur danois aux tendances que l’on nous dit être néo-classiques, nous fut révélé en trois fragments d’un Aladin, ainsi répartis : deux danses et une marche. Ce sont d’estimables pièces qui ne semblent pas indiquer une vive personnalité, mais qui offrent l’indéniable caractère d’être géométriquement rythmées. » René Brancour

Suzanne Demarquez donna son avis, légèrement divergeant, dans son papier du 1er avril 1939 dans Le Courrier Musical (n° 14, p. 230). « Concerts-Lamoureux. 9 mai. Les assistants suivirent avec attention les débuts de M. Anders Rachlew au pupitre de Lamoureux. Norvégien de naissance, chef d’orchestre de la Philharmonique de Copenhague, M. Rachlew dirige d’un geste sobrement mesuré qui sait obtenir la gradation voulue des effets… On ne saurait en dire autant des Mélodies élégiaques de Grieg, œuvre de jeunesse bien peu intéressante.
Les pièces d’Aladdin de M. Carl Nielsen, ont de la couleur, leur orientalisme est malheureusement assez superficiel et ne s’impose non plus par l’invention thématique.
Mlle France Ellegaard a, malgré son jeune âge, beaucoup d’autorité ; elle donna du Concerto de Grieg une interprétation franchement rythmée, traversée d’une subtilité finement et authentiquement musicale. De vifs applaudissements lui prouvèrent le plaisir qu’eut le public de l’entendre. »

Une mort peu médiatisée à Paris (octobre 1931)

A Copenhague, Carl Nielsen décéda le 3 octobre 1931, à l’âge de 66 ans. La presse française ne se fit pratiquement pas l’écho de l’évènement, elle qui en partie avait souligné son passage remarqué dans la capitale cinq années auparavant. Le Journal des Débats daté du dimanche 4 octobre se contenta de la formule lapidaire suivante : « Mort du compositeur Carl Nielsen à Copenhague. Le compositeur vient de mourir. »

Le Quatuor en fa majeur de Nielsen défendu à Paris (décembre 1932)

Carl Nielsen avait quitté ce monde depuis quatorze mois lorsque Paris programma une de ses œuvres de musique de chambre à Gaveau, le lundi 19 décembre 1932 (à 9h), avec la participation du Quatuor danois. Outre le Quatuor en fa majeur, op. 44 de Nielsen (composé en 1908), on entendit le Quatuor à cordes opus 59 n° 3 de Beethoven et le Quatuor K.575 de Mozart. La veille, à Pleyel, salle Chopin, concerts Dubruille avec la Valse triste de Sibelius et la première suite de Peer Gynt de Grieg.

La Semaine de Paris du 16 décembre annonce sobrement pour le lundi 19 décembre 1932 le Quatuor Danois. Gaveau, salle des Quatuors, 21h.

Un « Quatuor inconnu » de Carl Nielsen à Paris (janvier 1933)

Dans le Courrier Musical (n° 1, p. 19) du 1er janvier 1933, on put prendre connaissance de ceci grâce à la présentation de Henri Petit : « Un remarquable groupement vient de faire ses débuts à Paris. Composé d’individualités d’élite, MM. Bloch, Knud Petersen, Hans Kassow, Otto Litzhoft-Petersen – ce dernier bien loin de nous être inconnu, est un brillant lauréat de notre Conservatoire national – le Quatuor Danois se distingue tout à la fois par le fini plein de détails fouillés dont il pare ses exécutions par la généreuse ardeur qui anime quand il le faut, ses quatre composants. Il nous a révélé un Quatuor inconnu de nous, du compositeur danois Carl Nielsen, dont j’ai retenu particulièrement, avec le final l’andante, mélodieux comme du Schubert. Quant au 9ème Quatuor de Beethoven et au 8ème de Mozart, ils bénéficieront d’exécutions d’une qualité si scrupuleusement attentive qu’on aimerait souvent les entendre jouer ainsi. Souhaitons donc le prochain retour de ces excellents musiciens. » Concert à Gaveau le lundi 19 décembre 1933.

Deux chansons de Nielsen en passant (mars 1936)

Ces derniers temps on interprétait bon nombre de chansons célèbres d’Edvard Grieg, mort depuis bientôt trois décennies, mais encore très populaire et si souvent programmé dans les salles parisiennes. Quelques autres nordiques étaient chantés sporadiquement, Carl Nielsen plus que rarement. Cette fois à la salle de l’Ancien Conservatoire, le dimanche 1er mars 1936, la Société des Concerts placée sous la baguette expérimentée de Philippe Gaubert proposa le Notturno (1918) du Suédois , le Larghetto du compositeur et chef d’orchestre danois (1898-1951) ainsi que Sank kun dit Have a blomst et Silesko aer Eylden Lost de Carl Nielsen. Les titres exacts sont : Silesko over gylden laest, op. 6 n° 3 (texte de J.P. Jacobsen) de 1891, et Saenk kun dit hoved, op. 21 (texte de J. Jorgensen), 1903. Le pianiste Edouard Kilenyi accompagnait la cantatrice Helga Wecke et la chorale Amiticia. On y entendit aussi la Symphonie inachevée de Schubert, le Concerto en mi bémol de Liszt (soliste : Ed. Kilenyi), la Danse de Marouf de Henri Rabaud et 6 chœurs pour voix de femmes de .

Henri de Curzon rapporta dans Le Ménestrel daté du vendredi 6 mars 1936, p. 75, à la rubrique Société des Concerts du Conservatoire : « Un bouquet de fleurs rares, au parfum exotique… D’autre part Mme Helga Wecke nous a fait connaître un contralto étoffé, moelleux, conduit par un sentiment plein de finesse et de sincérité, au profit d’abord d’un lied de Schubert (A l’Eternel) et de deux pages de Brahms (Au Cimetière, Ode Saphique), ensuite de quatre mélodies de son pays : Noctune de , le maître suédois, œuvre émouvante, développée ; Larghetto de ; et deux pages encore, l’une expressive, l’autre grave de Carl Nielsen, compositeur danois comme le précédent. »

Le Figaro daté du 1er novembre 1936 nous apprend : « Le Cercle musical de Paris, en marge de toute préoccupation commerciale, a repris son activité. Cantatrices, virtuoses, instrumentistes apportent, dans ce groupement, un effort en commun pour parer aux frais énormes qui grèvent les taxes et l’organisation d’un concert… Une autre cantatrice, Mme Helga Wecke, d’un agrément musical constant, nous apporte de son pays nordique une série de mélodies colorées de Carl Nielsen. L’art de cette artiste, tout de noblesse et de style, convient parfaitement à la musique d’un Monteverdi, Schubert, Beethoven, que Mme Wecke chante avec une ampleur expressive heureuse… » Stan Golestan

L’« Espansiva » par Tuxen à Paris (novembre 1946)

Composée en 1910-1911, créée en 1912 avec le Concerto pour violon et orchestre, la Symphonie n° 3 dite « Espansiva » apparaît à Paris le lundi 11 novembre 1946 au Théâtre des Champs-Elysées. L’Orchestre national placé sous l’autorité du grand chef danois Erik Tuxen (1902-1957) proposa en plus le Concerto en do majeur de Sven-Erik Tarp (1908-1994), compositeur danois et administrateur, avec en soliste Hélène Gilberg, le Poème lyrique de Peder Gram (composé en 1911) et Au pays de Cocagne de Knudåge Riisager (1897-1974), Danois également, influencé par la musique française de l’entre-deux guerres.

Chaconne pour piano par Claus Bahnson (mai 1951)

A l’Ecole Normale de la capitale, mercredi 9 mai, 21h, récital du pianiste Claus Bahnson, avec un programme éclectique. La Chaconne de Carl Nielsen (chef-d’œuvre composé en 1916), la Sonatine de Tarp (Danois également, œuvre composée en 1947), Six Aquarelles de Jørgen Jersild (compatriote des précédents, né en 1913, il vint à Paris en 1936 pour y étudier avec Albert Roussel), Canto Rivoltoso du Norvégien Harald Saeverud (version pour piano composée pendant la guerre), Sonate pathétique de Beethoven et quelques Etudes de Chopin.

Chaconne pour piano par France Ellegaard (décembre 1951)

Quelques mois après la prestation de Claus Bahnson, la pianiste danoise joua à son tour la Chaconne de Nielsen lors d’une séance à la salle Gaveau (21h) le mercredi 5 décembre 1951.

Paris et la postérité de Carl Nielsen (après 1931)

Un silence durable sur le plan international suivit la disparition du compositeur qui entra comme attendu dans un purgatoire prolongé puisqu’il faudra attendre la survenue d’un réveil timide pour le 100e anniversaire de sa naissance en 1965.
Pour l’Hexagone, suivront la première biographie en français (L’Age d’Homme, 1990) par l’auteur de ces lignes et par les activités et publications de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N.) entre 1985 et 2003.
Des enregistrements salvateurs aidèrent à la diffusion de la musique de Nielsen et quelques média se montrèrent plus ou moins favorables à l’exécution de son œuvre, on citera principalement : France Culture, France Musique, Répertoire, Classica, et le site en ligne Resmusica.

Sources :

Archives de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) de Paris. Rue de Richelieu (9e). Journaux, magazines, revues, affiches de concerts…

Jean-Luc Caron. Carl Nielsen. L’Age d’Homme. 1990.

Jean-Luc Caron. Carl Nielsen à Paris : octobre 1926. Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N) n° 10. 1993.

Jean-Luc Caron. Le Concerto pour flûte et orchestre de Nielsen. Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N.) n° 11. 1994.

Jean-Luc Caron. Edvard Grieg et Paris. Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N.) n° 10. 1993.

Jean-Luc Caron. Petite histoire de la musique nordique à Paris : 1910-1953. Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N.) n° 13. 1995.

Jean-Luc Caron. L’Accueil des compositeurs nordiques. In Musiques et musiciens à Paris dans les années trente. Textes présentés et réunis par Danielle Pistone. Honoré Champion Editeur. 2000.

Jean-Luc Caron. Rencontre avec Stravinsky, Bartók, Schoenberg. Etude mise en ligne sur ResMusica.com le 20 octobre 2012.

Jean-Luc Caron. . Chef danois talentueux, nielsénien dévoué, oublié. La Série des Danois n° XI. Etude mise en ligne sur ResMusica.com le 22 mars 2011.

Mogens Mogensen. Carl Nielsen. Der dänische Tondichter. Biographischer Dokumentationsbericht. Eurotext Verlag Arbon, Suisse. 1992.

CN Udgaven (Préfaces) : Symphonie n° 6, Aladdin, Concerto pour flûte, autres œuvres contemporaines. 1998-2001.

Plus de détails

« Une affiche de concert jaunie par le temps et abandonnée à sa solitude dans un dossier oublié est-elle à jamais condamnée au silence ? Nous voulons croire que ce triste destin apparemment inexorable mérite de recevoir un démenti cinglant, ne serait-ce que le temps d’une lecture. » Voilà comment débute ce dossier élaboré par le président fondateur de l’Association française Carl Nielsen. Pour accéder au dossier complet : Sur les traces de Carl Nielsen

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