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L’Atelier lyrique de l’Opéra à l’heure polonaise

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Amphithéâtre de l’Opéra Bastille. 16-XII-2013. Hommage à Witold Lutosławski. Witold Lutosławski (1918-1994) : cinq mélodies polonaises ; Deux Chansons pour enfant ; Tarentella ; Chantefleurs et Chantefables. Claude Debussy (1862-1918) : Beau soir ; Chanson de Bilitis ; Le Promenoir des deux amants ; Pierrot ; Clair de lune ; Apparition ; Nuit d’étoiles ; Roman d’Ariel. Mieczyslaw Karlowicz (1876-1990) : deux mélodies polonaises. Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) : quatre mélodies. Karol Szymanowski (1882-1917) : cinq mélodies polonaises. Frédéric Chopin (1810-1849) : Wojak pour baryton et piano. Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) : Polaly sie Tzy ; Ton cœur est d’or pur ; La Nonne ; Nad woda wielka ; Lune froide. Solistes de l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris : Ilona Krzywicka, Elodie Hache, Armelle Khourdoïan, Andreea Soare, sopranos ; Agata Schmidt, mezzo-soprano ; Piotr Kumon, Tiago Matos, Michal Partyka, barytons. Pianistes-chefs de chant de l’Atelier Lyrique : Adria Gracia Galvez, Françoise Ferrand, Jorge Gimenez, Philip Richardson, piano.

HachePour cet ultime concert en l’honneur de , dignement célébré cette année pour le centenaire de sa naissance (voir le lancement à Paris par l’Orchestre de Paris et les festivités à Varsovie), huit chanteurs, tous membres ou issus de l’ de l’Opéra National de Paris, accompagnés par leurs pianistes-chefs de chant respectifs, avaient conçu un programme vocal franco-polonais des plus passionnant ; aux côtés des mélodies de Chopin, Szymanowski et Lutosławski s’affichaient celles de compositeurs polonais moins connus comme Paderewski, et Karlowicz. Si Paderewski, très engagé politiquement, signera le traité de Versailles en tant que premier ministre, Szymanowski et Karlowcz adhèreront au groupe « Jeune Pologne » nourri à la source de l’Art nouveau. Figuraient également des mélodies de Debussy vers lequel Lutoslawski s’est bien souvent penché.

Artistes polonais, français, portugais, espagnol, britannique et roumain participaient à cette soirée pleine de richesses et de découvertes. C’est avec  que débutait et se refermait le concert. accompagnée par chantait cinq de ses mélodies : La Mer, Le Vent, L’Hiver, Les Chevaliers et Les Cloches orthodoxes, des pièces aussi concentrées que puissamment évocatrices déployant une écriture pianistique toute en couleurs. Le timbre somptueux de la soprano polonaise sert admirablement ces partitions même si la voix « bouge » un peu dans le médium.

La soprano française aux côtés de fait valoir une très belle clarté d’articulation dans Les Chansons de Bilitis de Debussy/Pierre Louys, notamment dans La Chevelure, chef d’œuvre de sensualité et de poésie sonore. De Debussy toujours, sur des poèmes de Tristan L’Hermite, Le promeneur des deux amants est chanté avec une certaine grâce et un charme mélodique très touchant par le baryton portugais aux côtés du pianiste . Accompagné par l’excellent , Armelle Khourdoïan interprète quant à elle cinq mélodies du compositeur français issues de recueils variés. La voix est fraiche et jolie, légère et brillante, que mettent bien en valeur les deux premières pièces, Pierrot et Clair de lune. Plus exigeante dans la déclamation, Apparitions sur un poème de Mallarmé, chef d’œuvre de jeunesse, est moins convainquant ; l’attention se relâche un peu dans Nuit d’étoiles et Romance d’Arkel.

L’excellent baryton , voix profonde et expressive, donne aux mélodies de Mieczyslaw Karlowicz et l’ampleur et la dimension narrative de ces partitions. Il déploie une énergie galvanisante dans Wojak (Le Guerrier) de .

La voix de la mezzo-soprano polonaise allie la beauté du timbre et l’homogénéité du chant sur tout son registre. Si les deux mélodies en français d’ ne mettent guère en valeur sa diction, la chanteuse confère aux Deux chansons pour enfant de Witold Lutoslawski le caractère pétillant et les accents très spirituels de ces miniatures qu’elle interprète avec une précision et une aisance, tant vocale que scénique, confondante. Les deux chansons polonaises de , Chant vespéral et Le Cygne, bien qu’un peu bavardes, révèlent l’envergure dramatique de cette voix superbe.
Le baryton polonais est une autre révélation de la soirée. Sa voix ductile, richement timbrée et bien conduite sert idéalement le lyrisme généreux des mélodies de Karlowicz, Szymanowski et Paderewski, ce dernier mettant en musique Adam Mickiewicz et Catulle Mendes. Miranda de Lutoslawski/Hillaire Belloc est un récit enflammé chanté ensuite en anglais par , très investi, qui en communique l’intensité et la dimension quasi fantastique.

Ce long concert s’achevait par Chantefleurs et Chantefables, un cycle de neuf mélodies que Lutoslawski écrit en 1990 sur des poèmes de Robert Desnos. Il était chanté par la soprano roumaine soutenue par le jeu complice du pianiste . Le texte n’est pas toujours intelligible mais les deux artistes campent avec beaucoup de sensibilité et de finesse le caractère de chaque portrait (La Belle-de-nuit, la Sauterelle, La Véronique…), donnant de la saveur et du piquant à ces tablotins très savoureux : une très belle découverte !

Crédit photographique :  ©  BLG Artist Management

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Amphithéâtre de l’Opéra Bastille. 16-XII-2013. Hommage à Witold Lutosławski. Witold Lutosławski (1918-1994) : cinq mélodies polonaises ; Deux Chansons pour enfant ; Tarentella ; Chantefleurs et Chantefables. Claude Debussy (1862-1918) : Beau soir ; Chanson de Bilitis ; Le Promenoir des deux amants ; Pierrot ; Clair de lune ; Apparition ; Nuit d’étoiles ; Roman d’Ariel. Mieczyslaw Karlowicz (1876-1990) : deux mélodies polonaises. Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) : quatre mélodies. Karol Szymanowski (1882-1917) : cinq mélodies polonaises. Frédéric Chopin (1810-1849) : Wojak pour baryton et piano. Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) : Polaly sie Tzy ; Ton cœur est d’or pur ; La Nonne ; Nad woda wielka ; Lune froide. Solistes de l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris : Ilona Krzywicka, Elodie Hache, Armelle Khourdoïan, Andreea Soare, sopranos ; Agata Schmidt, mezzo-soprano ; Piotr Kumon, Tiago Matos, Michal Partyka, barytons. Pianistes-chefs de chant de l’Atelier Lyrique : Adria Gracia Galvez, Françoise Ferrand, Jorge Gimenez, Philip Richardson, piano.

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