Voix fortes pour destins verdiens à Munich

La Scène, Opéra, Opéras

Munich, Nationaltheater. 28-XII-2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Forza del destino, mélodrame en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Martin Kušej. Décors : Martin Zehetgruber ; Costumes : Heidi Hackl. Avec : Vitalij Kowaljow, Il Marchese di Calatrava/Padre Guardiano ; Anja Harteros, Donna Leonora ; Ludovic Tézier, Don Carlo di Vargas ; Jonas Kaufmann, Don Alvaro ; Nadia Krasteva, Preziosilla ; Renato Girolami, Fra Melitone ; Heike Grötzinger, Curra ; Christian Rieger, Un Alcade ; Francesco Petrozzi, Mastro Trabuco. Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Asher Fisch.

Photo Wilfried HöslLa Force du destin, entre guerre, vengeance et ascétisme, n’est peut-être pas l’opéra le plus adapté à la période des fêtes, mais certaines distributions peuvent aider à faire passer même dans ces conditions le plus mal bâti des grands opéras de Verdi. Pour sa troisième et dernière première verdienne de cette année anniversaire (après Simon Boccanegra et Le Trouvère), l’Opéra de Bavière a adjoint à et qu’on avait déjà pu y admirer cet été dans Le Trouvère et dans une reprise marquante de Don Carlo deux recrues de choix avec et .

Tout n’est pas idéal, pourtant, dans cette nouvelle entreprise verdienne. Le principal point noir, ponctué par quelques huées, est le chef . Certes, contrairement à dans Simone Boccanegra, ses limites ne vont pas jusqu’à naufrager la représentation, mais on ne peut dire qu’elle suffise à donner ses lettres de noblesse à la musique de Verdi comme avait su le faire dans ces murs pour Le Trouvère : le manque d’idée se traduit par une recherche trop simpliste d’effets et par une absence d’architecture globale de la soirée. Le chœur de l’Opéra de Bavière est admirable, on le sait : mais ce n’est pas en le faisant chanter perpétuellement à pleins poumons qu’on découvrira toutes ses qualités. , ce soir, est en admirable forme, avec tout le mordant et toute la chaleur exigée par son rôle : mais c’eût été le rôle du chef que de l’aider à approfondir son personnage pour l’extraire du piège de l’unidimensionnalité qui le guette. Et il aurait fallu soit demander le remplacement de en Preziosilla, soit lui fermer le chemin beaucoup trop facile de la vulgarité – qu’ici la mise en scène elle-même ne fait que savonner, il faut le dire –, pour lui faire prendre conscience des enjeux dramatiques de son personnage et lui permettre de se concentrer un peu plus sur son chant, terriblement débraillé.

Forza 1À vrai dire, la mise en scène de ne parvient pas vraiment mieux à justifier la nécessité dramatique de l’opéra. Son travail, sans nul doute, est soigné et le plus souvent agréable à regarder, même quand il montre sur scène, avec raison, les horreurs de la guerre qui forment l’arrière-plan de la partie médiane de l’opéra. Il faut bien dire, cependant, que le public d’aujourd’hui n’est plus habitué à voir le spectacle interrompu sans cesse par de trop longs précipités, qui tuent ce qui peut rester d’intérêt dramatique pour ne révéler que des décors banals. Quand Kušej place en fond de scène un immeuble visiblement évidé par une bombe, en mémoire du 11 septembre, on ne peut nier que l’effet est impressionnant ; mais si c’est pour faire jouer les personnages en avant-scène sans véritable interaction avec ce décor, on ne peut s’empêcher de penser qu’une simple vidéo aurait aussi bien fait l’affaire. Le spectacle n’a pas choqué le public, il ne sombre pas dans une convention mortifère, mais il n’intéresse pas vraiment : dans d’autres maisons, de tels spectacles sont la norme, mais l’Opéra de Bavière nous avait habitués à mieux.

Reste donc les voix. , dans le double rôle du père de Leonora et de son mentor religieux, surprend par une voix moins profonde que souvent, mais convainc par l’humanité de son chant, et le reste de la distribution, avec un Melitone un peu pâle et une excellente Curra, ne vient pas vraiment gâcher le plaisir qu’on attendait des trois stars de la soirée. comme auraient mérité eux aussi un chef qui favorise l’approfondissement de leurs personnages et se montre plus exigeant sur la diction italienne. Mais y a-t-il – et même y a-t-il jamais eu – beaucoup de sopranos possédant un pareil sens de la mélodie verdienne qu’ ? Y a-t-il eu beaucoup de ténors verdiens capables de concilier investissement dramatique total et délicatesse d’un chant tout en nuances comme le fait  ?

Crédits photographiques : photo Wilfried Hösl

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