Dijon, La Finta Giardiniera enchantée

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon, Auditorium, 11-04-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Finta Giardiniera, K. 196, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini. Mise en scène : David Lescot. Scénographie : Alwyne de Dardel. Costumes : Sylvette Dequest. Lumières : Paul Beaureilles. Avec : Carlo Allemano, le Podestat Don Anchise ; Erin Morley, la Marchesa Violante / Sandrina ; Enea Scala, il Contino Belfiore ; Marie-Adeline Henry, Arminda ; Marie-Claude Chappuis, il Cavaliere Ramiro ; Maria-Virgina Savastano, Serpetta ; Nikolay Borchev, Nardo. Ensemble Le Concert d’Astrée. Direction musicale : Emmanuelle Haïm

finta2« Viva pur la Giardiniera …Viva amore que fa tutti rallegrar ! Vive la jardinière, vive l’amour qui rend tout le monde heureux ! ». Le texte du dernier ensemble vocal traduit exactement l’état d’esprit dans lequel on se trouve à la fin de la soirée : on a retrouvé son optimisme et sa jeunesse d’esprit, regonflé par le dynamisme, l’humour, la bonne humeur de cette équipe d’artistes tellement « au top » de leur forme que tout semble un amusement… Et c’est communicatif !

En effet, cette réalisation atteint ce degré de perfection grâce à  une sorte d’état de grâce qui ne peut exister que si les différents composants de ce spectacle sont en parfaite harmonie, et là, toute l’équipe semble soudée dans un tempo qui ne faiblira jamais. L’esprit de l’opera buffa est parfaitement acquis, mais en même temps, l’action « abracadabrantesque » est abordée avec une certaine légèreté, avec une certaine distanciation qui sait grossir le trait, mais sans lourdeur. L’élégance de la musique de Mozart explique certainement ce piquant et cette finesse d’analyse des sentiments, qui font sourire plus d’un spectateur, amusé de reconnaître des sensations universelles.

, une fois de plus, va savoir tirer de son orchestre les sonorités adéquates. La partie est rude, car l’orchestre joue un rôle assez considérable dans cette partition : rôle descriptif comme dans Dentro il moi petto du Podestat, ou bien dans A forza di martelli de Nardo, mais il peut aussi être un soutien plus complexe comme dans le final du deuxième acte. Les sonorités délicates de l’accompagnement de l’air de Sandrina Geme la tortorella annoncent celles de l’accompagnement de l’air de Barberina dans Les Noces et font perler les larmes… a de la chance d’avoir un claveciniste facétieux qui sait adapter aux texte des récitatifs le style de jeu qui convient, avec roulades, gammes abondantes ou non, et citations exotiques comme dans le passage ou Nardo fait sa cour à Serpetta !

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Que dire des chanteurs ! Pas un ne met la production en péril un seul moment, car ils sont tous excellents et excellents comédiens. Leur jeu fait corps avec les intentions musicales du jeune Mozart, et c’est ce qui rend l’interprétation si plaisante : on se sent devenir intelligent ! Chacun possède pourtant son caractère vocal, et cela fait mieux comprendre les rapports entre les personnages. Le Podestat est traité d’une manière bouffonne, cela va comme un gant à  ; le comte Belfiore, , est joué tout d’abord comme un jeune coq prétentieux (Da scirocco a tramontana) ou comme un « Latin lover » ampoulé ( Che beltá), mais il sait aussi être touchant dans Care pupille belle ou un peu dérangé dans le final du deuxième acte. On  n’oubliera pas non plus de signaler la voix agréable et le jeu vif de dans le rôle de Nardo. Les voix féminines sont remarquables, et très différentes pourtant ; délicate et sensible celle de Sandrina / Violante, puissante et expressive celle de dans le rôle de la peste dominatrice qu’est Arminda, claire et précise celle de Maria-Virginia Savastano dans celui de Serpetta, et ronde et variée la voix de dans le rôle à facettes diverses de Ramiro. On ne peut que leur souhaiter une belle carrière.

On adore la mise en scène pleine de subtilités mais aussi pleine de simplicité. Deux tableaux différents soulignent l’évolution de l’action et des cœurs. Le metteur en scène, les éclairagistes, la costumière ont tenu à illustrer ce que l’on pourrait appeler le monde social et contraint du début de l’action par l’évocation du jardin discipliné représenté par des pots et des bacs à fleurs, que transportent avec beaucoup d’à-propos des jardiniers en fond de scène. La masse de ces accessoires varie en fonction de l’action avec souvent des clins d’œil : on retiendra l’arrivée d’une plante carnivore sur scène pendant l’air d’Arminda Si promette facilmente…  Par opposition, le deuxième tableau, le revers du premier au sens propre, montre le désordre qui règne dans les cœurs dès la fin du second acte : une forêt, des herbes folles ou peuvent se cacher ceux qui se cherchent sont du plus bel effet. Les costumes blancs tout au long de l’opéra donnent bien cette impression de jeunesse et de candeur (au sens propre) qui traduit cet élan vital si caractéristique de la musique de Mozart.

Un élixir de bonne humeur, une pinte de dynamisme, un magnum de champagne musical, un jéroboam de plaisir : Che viva la Giardiniera !

 

Crédit photographique : © Frédéric Iovino

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