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La belle résurrection des clairs-obscurs de Ciboulette

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Reynaldo Hahn (1874-1947) : Ciboulette, opérette en 3 actes sur un livret de Robert de Flers et Francis de Croisset. Mise en scène : Michel Fau. Décors : Bernard Fau et Citronelle Dufray. Costumes : David Belogou. Lumières : Joël Fabing. Collaboration aux mouvements : Cécile Roussat. Avec : Julie Fuchs, Ciboulette ; Jean-François Lapointe, Duparquet ; Julien Behr, Antonin ; Eva Ganizate, Zénobie ; Ronan Debois, Roger ; Cecile Achille, Françoise ; Jean-Claude Sarragosse, Monsieur Grenu ; Guillemette Laurens, Madame Grenu ; Patrick Kabongo Mubenga, Auguste,Victor ; François Rougier, Le patron, Le maire ; Safir Belhoul, Grisard ; Bernadette Lafont, Madame Pingret; Michel Fau, La Comtesse de Castiglione ; Jérôme Deschamps, Le directeur d’opéra. Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, Choeur (Accentus), direction musicale et collaboration artistique : Laurence Equilbey. Réalisation : François Roussillon. Enregistré en février 2013 à l’Opéra Comique. 2 DVD Fra Musica/ Opéra comique. Durée : 145′ (Supplémént: 31′).

 

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71Nd3Tt3eRL__SX522_On se réjouissait de découvrir Ciboulette confiée au singulier . Le triomphe rencontré à l’Opéra comique par sa production en février 2013 se poursuivra certainement avec la parution du DVD raffiné de François Roussillon.

L’opérette, avant de partir en voyage avec Lehar et Strauss en Autriche, avec Gilbert et Sullivan en Angleterre, est née en France avec Offenbach. En pleines Années folles et dans l’engouement naissant pour la Comédie musicale à l’américaine, le très subtil composa sa Ciboulette pour tenter de revenir à l’esprit offenbachien, particulièrement dévoyé par ce qu’était devenu l’opéra comique où l’on trucidait Carmen et Lakmé en toute impunité.

Sur un livret extrêmement bien écrit, Hahn a composé une musique d’un raffinement inouï qui dit une foultitude de choses sur l’époque et la vie des hommes, où l’imparabilité mélodique le dispute à la finesse de l’orchestration, avec ses clins d’oeil musicaux (Ah je respire enfin! pour le fan de Pelléas qu’était son ami Marcel Proust), où la mélancolie (gage de réussite de toute comédie) contrepointe l’hilarité déclenchée par une œuvre (extraordinaire moment de la lettre pré-gainsbourienne) où l’on n’a de cesse de dire son âge, où le Temps qui passe s’invite à chaque détour de la partition.

Michel Fau, écartant d’emblée une réactualisation de l’oeuvre qui, selon lui, serait une autre forme d’académisme, a opté pour un visuel joliment nostalgique, fait de clichés photographiques d’époque : défilent les Halles de Baltard, la Butte Montmartre encore à labourer… Le début est hautement séduisant dans sa promesse d’un univers décalé : l’intervention en préambule de soi-même, le premier Choeur avec ses Hussards de cabaret, Zénobie qui déshabille son amant… La suite l’est moins. On a peu à peu le sentiment que les chanteurs/acteurs sont en roue libre (même surjoue la dernière scène en contrôlant mal son cheveu sur la langue), au bord de l’incident technique dans certains dialogues. L’arrivée colorisée de la charrette de Ciboulette, un très émouvant lever de rideau campagnard façon Angélus de Millet, une hilarante prestation « emphatique » façon Florence Foster Jenkins de Mademoiselle Fau en Comtesse de Castiglione, les 3 robes  de l’Acte III… ça ne suffit plus tout à fait. Alors qu’on en redemandait… Le dernier tableau est même peu séduisant visuellement (surtout à l’image). Au théâtre ce soir et presque rien de plus.

Musicalement, c’est la fête totale. , ravie de délivrer l’exquise partition (merveilleuse introduction de l’Acte II !), entraîne avec opulence et chic  son Orchestre de l’Opéra de Toulon et son chœur , autour d’une équipe de chanteurs ad hoc. Bien qu’encombrée par une robe peu seyante à l’Acte II, gênée par la conception caricaturale et finalement floue du personnage (est-elle sotte ou non ?) pour toucher vraiment, rien n’entame la santé vocale ni la technique parfaite de . Son Antonin, , navigue avec brio dans tous les états d’âme du niais fils à papa épinglé avec délice par le compositeur. est le plus impressionnant de tous avec la classe vocale de son Duparquet/Rodolphe (double de Hahn ?) rescapé de la puccinnienne Bohême, en charge d’exprimer la face sombre du Temps qui passe sur les passions. Les échappés d’Atys que sont Jean-Claude Sarragosse et campent d’impayables Grenus. Les comprimarii seraient tous à citer, de à … Il suffisait bien sûr de poser en « faux Goya » (dont la Madame Pingret fut hélas l’ultime apparition) sur le savoureux gâteau pour que la dégustation musicale de Ciboulette fût des plus gouleyantes.

Ciboulette est revenue. C’est l’essentiel. La Walkyrie va devoir compter avec. Comme pourrait le dire l’accorte Pingret : On va arrêter de chipoter!

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