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Siegfried à Munich, Kirill Petrenko toujours

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Munich. Nationaltheater. 26-III-2015. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried, opéra en trois actes sur un livret du compositeur, deuxième journée de L’Anneau du Nibelung. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; Costumes : Andrea Schraad ; Chorégraphie : Zenta Haerter. Avec : Stephen Gould (Siegfried) ; Andreas Conrad (Mime) ; Thomas J. Mayer (Der Wanderer) ; Tomasz Konieczny (Alberich) ; Christoph Fischesser (Fafner) ; Qiu Lin Zhang (Erda) ; Catherine Naglestad (Brünnhilde) ; Iulia Maria Dan (Oiseau de la forêt). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kirill Petrenko.

Siegfried BSO 2015Retour de Siegfried à l’Opéra de Munich, où une distribution inégale ne parvient pas à gâcher le plaisir issu de l’orchestre

L’avant-dernier volet de la production du Ring créée à Munich en 2012 et reprise ici pour ce qui est déjà le 6e cycle complet (pour une douzaine de représentations en tout pour chaque opéra) confirme les qualités et les limites des volets précédents, dans une mise en scène toujours soucieuse d’humanité et de narration. La principale limite à la réussite de cette reprise tient certainement dans la distribution : la placidité de Thomas J. Mayer est particulièrement gênante dans Siegfried, où l’absence d’humour dans les scènes avec Mime et Alberich est rédhibitoire – une reprise précédente, à l’été 2013, affichait dans La Walkyrie et l’étonnant Terje Stensvold dans Siegfried, qui avaient tous deux une présence vocale incomparablement supérieure.

Le Mime d’, qui avait dignement assuré son rôle dans L’Or du Rhin, est ici à la peine : sa mort au 2e acte vient le sauver, si on peut dire, d’un naufrage déjà bien avancé ; l’intérêt est tout aussi difficilement soutenu pour le trop sage dragon de comme pour , qui promène son Erda sur toutes les scènes du monde, elle garde la pleine maîtrise de son timbre profond, mais elle ne sort pas plus qu’à l’accoutumée d’une vision purement instrumentale de la partition.

Heureusement, les autres chanteurs s’en sortent beaucoup mieux. On connaît la Brünnhilde de , dont la voix peine ici à se chauffer, mais qui, une fois ses moyens retrouvés, emplit avec brio tout le Nationaltheater. confirme toutes ses qualités en Alberich, mais c’est naturellement à que va l’ovation la plus enthousiaste du public : on peut trouver qu’il est un peu moins à l’aise dans la légèreté du premier Siegfried que dans les tourments du second, mais la solidité de la voix et l’incarnation toujours nuancée en font un des tout premiers titulaires de ce rôle, sans beaucoup de concurrence.

Reste que, plus encore qu’aux chanteurs, c’est l’orchestre et à que fêtent en tout premier lieu les spectateurs, avant, pendant et après la représentation : il est certain que l’orchestre a toujours été un point fort de ce Ring, même si Kent Nagano était plus inspiré dans les autres opéras que dans Siegfried. Citons un seul passage : le moment où Mime raconte à Siegfried sa naissance et la mort de sa mère. La manière dont Petrenko ménage ici une plage de recueillement soutenue par la délicate polyphonie des bois est d’une infinie délicatesse : ce n’est pas tant la détresse de ce moment lointain qu’il souligne que l’élan de tendresse de Siegfried vers sa mère inconnue en même temps que les contours estompés du souvenir. sait faire tonner l’orchestre quand il le faut, sans précautions oratoires, mais c’est aussi à ces moments aussi théâtraux qu’émus qu’on reconnaît la grandeur de son travail.

Photo : Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 26-III-2015. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried, opéra en trois actes sur un livret du compositeur, deuxième journée de L’Anneau du Nibelung. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; Costumes : Andrea Schraad ; Chorégraphie : Zenta Haerter. Avec : Stephen Gould (Siegfried) ; Andreas Conrad (Mime) ; Thomas J. Mayer (Der Wanderer) ; Tomasz Konieczny (Alberich) ; Christoph Fischesser (Fafner) ; Qiu Lin Zhang (Erda) ; Catherine Naglestad (Brünnhilde) ; Iulia Maria Dan (Oiseau de la forêt). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kirill Petrenko.

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