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A Turin, l’esprit du bel canto redécouvert

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Turin. Teatro Regio. 19-IV-2015. Vincenzo Bellini (1801-1835) : I Puritani, opéra en trois actes sur un livret du Comte Carlo Pepoli d’après le drame historique de J.-A.-F. Ancelot et de J.-X. Boniface, Têtes rondes et Cavaliers. Mise en scène : Fabio Ceresa. Décors : Tiziano Santi. Costumes : Giuseppe Palella. Chorégraphie : Riccardo Olivier. Lumières : Marco Filibeck. Avec : Olga Peretyatko, Elvira ; Samantha Korbey, Enrichetta ; Dimitri Korchak, Lord Arturo Talbo ; Nicola Ulivieri, Sir Georges Walton ; Nicola Alaimo, Sir Riccardo Forth ; Fabrizio Beggi, Lord Gualtiero Walton ; Saviero Fiore, Sir Bruno Roberton. Chœur et orchestre du Teatro Regio (chef de chœur : Claudio Fenoglio). Direction musicale : Michele Mariotti.

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Dans cette nouvelle production du Teatro Regio de Turin, la direction inspirée d’un orchestre magnifique transmet à la scène l’esprit du bel canto.

Comment chanter le bel canto ? Aujourd’hui, ces intrigues d’un autre temps déclamées avec un langage suranné ne collent plus à l’expression actuelle des sentiments humains. De plus, la toute puissance des metteurs en scène les pousse fréquemment à des transpositions souvent hasardeuses pour démontrer l’actualité du drame. Or, la tradition du bel canto (du beau chant) ne s’accommode guère aux critères de notre époque. Rares sont les metteurs en scène qui se plient aux besoins de cet art si particulier et qui laissent la part belle au chant.

C’est avec cette intelligence musicale que le metteur en scène italien nous convie à cette production. Mêlant avec talent la suggestion et le strict développement du livret, il parvient à porter l’intrigue vers des climats allégoriques intéressants. Dirigeant ses chanteurs avec simplicité et efficacité, réussit à effacer le temps des invraisemblances du livret. En outre, l’utilisation intelligente d’éclairages () tour à tour éclatants ou rasants sur le gigantesque décor (Tiziano Santi) de l’intérieur d’une église aux perspectives fuyantes permet de créer des ambiances très en rapport avec les scènes. Tout comme les beaux costumes (Giuseppe Palella), ces acteurs néanmoins discrets s’effacent devant la sublime musique de Bellini.
A la mettre admirablement en valeur, l’orchestre du Teatro Regio fait merveille sous la baguette inspirée et passionnée de . Du haut de ses trente-quatre ans, le chef italien étonne par son autorité musicale. Sans jamais donner l’impression d’être dans l’excès, il s’impose néanmoins dans une gestuelle sans grandiloquence. Balançant son corps, embrassant son ensemble par de larges gestes des bras, il est d’une présence constante au-dessus de son orchestre. Pas un détail de la partition ne lui échappe. Dosant avec musicalité ses pupitres, le chef italien reste attentif à l’expression vocale. Ainsi, le bel canto s’exprime dans toute sa beauté.

Avec cet orchestre tissant ce tapis de belles couleurs, les solistes sont portés vers un soin extrême de l’interprétation. Même avec quelques réserves, la distribution réunie au Teatro Regio de Turin est excellente. A commencer par la soprano russe (Elvira) qui domine le rôle avec une voix empreinte d’une agilité et d’une fraicheur de tous les instants. Très bonne comédienne, son occupation intelligente de la scène est magnifique sans pour autant surjouer. Si la puissance de sa voix atteint sa limite pour la grandeur de la salle turinoise, elle démontre toutefois une parfaite maîtrise de la partition. Peut-être que les suraigus n’ont pas encore la facilité d’émission qu’on pourrait attendre d’une soprano qui chante le rôle depuis bientôt trois ans. Mais n’est pas Joan Sutherland qui veut !

Ipuritani.02A ses côtés, le ténor Dimitri Korchak (Arturo) a pour lui la jeunesse qui rend son personnage héroïque totalement crédible. Cette jeunesse a pourtant le revers de sa médaille. Sa voix encore un peu verte manque quelque peu de couleurs. Si la partition de Bellini offre au rôle la manière de briller avec un assassin contre-ré dans l’air « Credeasi misera » et autres contre-fa en fin d’opéra. Des notes inhabituelles pour le registre du ténor, des notes que chaque spectateur attend mais qu’aucun n’apprécie vraiment. En effet, rares sont les chanteurs qui offrent de la rondeur dans ces notes suraugües. Dimitri Korchak n’échappe pas à ce problème même s’il termine son marathon vocal en meilleure forme qu’il l’avait commencé.

En 2009, nous avions aimé le Don Giovanni de Nicola Ulivieri aux Arènes d’Avenches. Si aujourd’hui, sa voix s’est assombrie, on retrouve chez le baryton-basse italien la clarté de sa diction, et sa belle homogénéité vocale. Sa prestation turinoise en Sir Georges Walton en fait certainement le meilleur artiste sur le plateau.

De son côté, le baryton (Sir Riccardo Forth) offre une prestation inégale. Impressionnant dans son personnage, si souvent il l’accompagne en parallèle de sa voix, il a parfois des moments où sa dynamique vocale semble baisser de régime. Méforme momentanée ou économie de moyens ?

A noter enfin l’extraordinaire projection vocale de (Lord Gualtiero Walton) qui, en deux petites phrases chantées, envoie une énergie incroyable sur le plateau.

Autre protagoniste notoire de cette production, le Chœur du Teatro Regio régale la production avec une puissance extraordinaire. Fort de soixante choristes, le chœur reste néanmoins capable d’offrir des pianissimos qui sont la marque de qualité des meilleurs ensembles choraux.

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Turin. Teatro Regio. 19-IV-2015. Vincenzo Bellini (1801-1835) : I Puritani, opéra en trois actes sur un livret du Comte Carlo Pepoli d’après le drame historique de J.-A.-F. Ancelot et de J.-X. Boniface, Têtes rondes et Cavaliers. Mise en scène : Fabio Ceresa. Décors : Tiziano Santi. Costumes : Giuseppe Palella. Chorégraphie : Riccardo Olivier. Lumières : Marco Filibeck. Avec : Olga Peretyatko, Elvira ; Samantha Korbey, Enrichetta ; Dimitri Korchak, Lord Arturo Talbo ; Nicola Ulivieri, Sir Georges Walton ; Nicola Alaimo, Sir Riccardo Forth ; Fabrizio Beggi, Lord Gualtiero Walton ; Saviero Fiore, Sir Bruno Roberton. Chœur et orchestre du Teatro Regio (chef de chœur : Claudio Fenoglio). Direction musicale : Michele Mariotti.

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