Musiques ostracisées sur le devant de la scène à Montpellier

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Montpellier. Opéra Berlioz Le Corum. 12-XI-2015. « Musiques dégénérées, musiques interdites ». Berthold Goldschmidt (1903-1996), Passacaglia pour orchestre op. 4 ; Simon Laks (1901-1983), Poème pour violon solo et orchestre ; Ernest Bloch (1880-1959), Suite Baal Shem pour violon et orchestre ; Karol Rathaus (1895-1954), Symphonie n° 3 op. 50. Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon ; direction : Daniel Kawka ; violon : Dorota Anderszewska.

Daniel Kawka (2)C’est une très salutaire opération, hors des sentiers battus, que mène actuellement l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon : donner à entendre ces musiques dites « dégénérées », qui furent rejetées et interdites très tôt par les Nazis.

Tout ce qui relevait de l’avant-garde, de l’innovation musicale, du jazz même, a été impitoyablement chassé des scènes allemandes dès les années 1930 et les musiciens furent soit exterminés dans les camps, soit contraints à l’exil. Exil qui fut souvent une double peine pour eux et pour leur œuvre, car, obligés de trouver un nouveau public, de construire une notoriété, beaucoup n’eurent pas la force mentale de continuer à composer.

On peut dire donc que ce concert avait valeur pédagogique, d’autant qu’il a été accompagné, intelligemment, d’un pré-concert puis pendant le concert même, d’une présentation de la problématique de ces musiques et de chacun des quatre musiciens par . Ce dernier, producteur à France Musique et germaniste, dit son malaise devant ce mot terrible de « dégénéré » et appelle à trouver un autre vocable pour désigner ces musiques et musiciens qui furent si dramatiquement ostracisés.

Une entreprise nécessaire et courageuse

Le programme comportait quatre œuvres, dans lesquelles l’orchestre dirigé par  a pu témoigner de ses belles qualités et de son engagement. Pour deux d’entre ces œuvres, un violon soliste, celui de Dorota Anderszewska, qui a su rendre aussi bien l’aspect élégiaque que les passages virtuoses des œuvres de et d’.

Il reste maintenant à s’interroger sur les qualités musicales de ces œuvres. Pas d’œuvres exceptionnelles ici, mais des musiques de bonne facture, bien écrites. Sans doute bien représentatives des tensions de leur époque, entre post-romantisme et avant-garde, les œuvres de , et s’écoutent avec intérêt mais semblent parfois tourner un peu à vide. Il est sans doute significatif que la Suite Baal Shem d’, infiniment plus connu que les trois autres compositeurs, ait été la plus convaincante.

On soulignera donc l’exceptionnel intérêt historique et pédagogique de ce concert, en espérant que nombre de ces œuvres musicales si dramatiquement étouffées fassent l’objet d’enregistrements pour mieux documenter cette période tragique, perpétuer la mémoire et poursuivre la redécouverte d’œuvres encore trop peu connues.

Prochain grand évènement de cette série concernant les musiques ostracisées, l’opéra de Simon Laks, L’hirondelle inattendue sous la direction de David Niemann au mois de décembre.

Crédit photographique : © DR

 

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