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Festival de Montpellier et Radio France, vingt ans déjà !

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Montpellier. Festival de Radio France et Montpellier. 11-VIII-2004. Johann Strauss II : Der Zigeunerbaron (le Baron tzigane). Opérette en 3 actes (1885). Livret de Ignaz Schnitzer d’après la nouvelle de Morjokai, « Saffi ». Version concert. Nathalia Ushakova (soprano) ; Zoran Todorovitch (ténor); Ewwa Wolak (mezzo soprano); Rudolf Wasserlof (ténor); Martin Homrich (ténor); Bela Perencz (baryton); Jeannette Fischer (soprano); Hanna Schaer (mezzo soprano); Paul Kong (baryton); Micha Lescot (récitant). Orchestre National de France, chœur de Radio France ; chef de chœur Daniel Bargier ; Direction Armin Jordan. 12-VIII-2004. Giovanni Paisiello : Il Re Teodoro in Venezia. Opéra en deux actes (1784). Livret de Giovanni Battitsa Casti. Version de concert : création française. Sophie Martin-Degor, Lisetta ; Marina Domaschenko, mezzo-soprano, Belisa ; Lorenzo Regazzo, baryton, Teodoro ; Xavier Mas, ténor, Gafforio ; Sébastien Droy, ténor, Sandrino ; François Lis, basse, Taddeo ; Jean-François Bou, basse, Acmet ; Nicolas Courjal, basse, Messer Grande ; Noriko Urata et Céline Ricci, sopranos, deux donzelles. Orchestre national de Montpellier, direction Enrique Mazzola. Continuo : Olivier Yvrard, piano ; Cyril Tricoire, violoncelle ; Jérémy Lair, contrebasse.

affiche_montpellier-300x392Pour sa vingtième édition, le Festival de Radio France et Montpellier dirigé par René Kœring débutait ce dimanche 11 Juillet en la cathédrale Saint Pierre par une messe d’ouverture et un premier rendez-vous de musique de Chambre piano/ violon au Corum, avec et Dorota Anderszewska. Comme chaque année, les journées du Festival seront rythmées par quatre rendez-vous : A douze heures trente, le concert des jeunes solistes, gratuit et retransmis en direct sur France Musiques. A trois heures, la projection d’un documentaire sur les interprètes et les compositeurs contemporains ; cette année, la SACEM s’associe au festival pour mener cette action de diffusion par l’image ; en fin d’après-midi, les « rendez-vous » de dix huit heures, toujours gratuits, ou solistes confirmés et formations de chambre nous convient à une heure de musique avant le concert du soir. La gratuité certes, mais aussi l’excellence de la programmation ont fidélisé un auditoire nombreux et assidu formant de longues files d’attente bien avant l’heure du concert pour obtenir plus sûrement sa place dans la salle Pasteur du Corum de Montpellier. Répondant à la politique de programmation de René Kœring, les concerts du soir, donnés dans la salle Berlioz du Corum ou à l’opéra Comédie, proposent, en priorité, des œuvres rares, trop vite oubliées au profit des grands chef d’œuvres de l’Histoire et qui sont l’objet de réadaptation voire de réorchestration tout à fait passionnantes.

C’est « le Baron tzigane », der Zigeunerbaron de Johann Strauss fils qui « ouvrait le bal », opérette en trois actes sur un livret d’Ignatz Schnitzer crée en 1885 et qui allait confirmer, à Vienne, la célébrité de son auteur. On peut, certes, regretter l’absence de mise en scène dans une œuvre qui vit presque essentiellement à travers le mouvement, les couleurs et le rythme. L’orchestre national, sous la baguette d’, parviennent à cette délicatesse des timbres et au brillant des sonorités qui marient ici avec bonheur musique viennoise et danses hongroises (polkas, csardas et verbunkos). Malgré la somptuosité vestimentaire de ces dames et l’effort des chanteurs pour dynamiser le spectacle, il manquait à cette opérette de concert le jeu de scène indispensable à son envergure. Original cependant et tout à fait bienvenue pour faire rebondir une action quelque peu sinueuse, l’intervention du récitant Micha Lescot qui, deux ans plus tôt, était déjà sur scène avec , pour nous raconter, avec sa verve inimitable, l’histoire fabuleuse de Harry Janos de Kodaly. Saluons, sur le plateau, la prestation très remarquée du ténor Rudolph Wasserlof, qui, dans la grande tradition de l’opérette, incarne un Zsupan marchand de cochons, sanguin et haut en couleur. Martin Homrich, ténor au timbre suave, joue le parfait amoureux transis à côté de la belle Arsena interprétée par . Si la voix de Nathalia Ushakova (Saffi) manque parfois de rondeur dans les aigus, Zoran Todorovitch dans le rôle titre fait autorité par l’ampleur de sa voix bien timbrée. De même, le chœur et ses mouvements de valse conduits avec beaucoup d’élégance et de souplesse par , qui a véritablement su recréer l’atmosphère si particulière des salons autrichiens et donner à la musique toute sa perspective et son ivresse.

La deuxième soirée du Festival proposait un ouvrage peu connu de Paisiello, compositeur napolitain, lui-même fort négligé par la postérité malgré le succès qu’il connut de son vivant. Opéra bouffa en deux actes écrit en 1784 et crée au Burgtheater de Vienne, Il Re Teodoro in Venezia produisit, dit-on, sur Mozart qui vint l’écouter, une forte impression. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser, en écoutant l’ouvrage de Paisiello, aux Noces de Figaro terminées deux ans plus tard : Même esprit de comédie à l’italienne avec la verve et l’à propos du discours, le profil un rien caricatural des personnages et la richesse des ensembles qui viennent, au moment des finales, tisser une polyphonie du plus bel effet. Le livret de Casti est tiré d’un chapitre de Candide de Voltaire, épisode dans lequel Candide et son vieil ami Martin dînent avec une demi-douzaine de majestés déchues parmi lesquels le baron westphalien Théodor von Neuhoff, ex-roi de Corse, qui devient le héros du livret de Casti… Compositeur allemand mais vivant à Venise, — que le Festival Présences avait mis à l’honneur en Février 2002 — envisage une réactualisation de l’opéra, tentative audacieuse — comme il l’avait déjà fait avec Le Retour d’Ulysse de Monteverdi (on pense également à la réorchestration de l’Orfeo de ) — qui consiste à confronter les styles, à provoquer les anachronismes non sans un certain humour très en phase avec celui de Paisiello.

Sur scène, donc, une quinzaine d’instruments solistes parmi lesquels le contrebasson et la clarinette basse auxquels viendront s’ajouter, dans le deuxième acte, l’accordéon, la guitare et la mandoline. La percussion très en relief avec la résonance » frisée » des cymbales posées sur la grosse caisse, le tambourin, les crotales, apporte sa touche d’orientalisme …puisqu’on apprend qu’une des majestés déchues avec laquelle dîne Candide n’est autre que Achmet III ancien sultan de turquie. Introduire « la banda » dans l’univers sonore de cette comédie n’était en rien trahir le style de Paisiello qui en fit lui-même usage dans d’autres œuvres. La touche radicalement originale réside dans la réécriture des récitatifs par Henze qui les réduit et les remanie rythmiquement et harmoniquement, sollicitant le piano, le violoncelle et la contrebasse pour le continuo. Outre le problème d’équilibre entre voix et instruments que le chef sut bien négocier, c’est davantage celui de l’articulation — et surtout celle des cordes — qui mit constamment en superposition deux univers très différents voire hétérogènes. On ne peut s’empêcher de sourire en entendant la contrebasse soutenir la voix de l’un ou l’autre des personnages sur de longues tenues vibrato. Presque provocateur, le piano, quant à lui, très finement conduit même si sa sonorité semble toujours un peu agressive, offre l’exemple d’un aggiornamento comme il est pratiqué dans le domaine de la mise en scène. Saluons l’excellence des chanteurs qui dans cette version de concert insufflent malgré tout une vie extraordinaire à l’ouvrage, attentifs aux moindres réactions de leurs partenaires pour alimenter cette conversation presque aussi heureuse que celle des Noces.

Belle intuition de la part de René Kœring que d’avoir exhumé cette partition oubliée et sans laquelle nous n’aurions certes pas eu droit au chef d’œuvre de Mozart…

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Montpellier. Festival de Radio France et Montpellier. 11-VIII-2004. Johann Strauss II : Der Zigeunerbaron (le Baron tzigane). Opérette en 3 actes (1885). Livret de Ignaz Schnitzer d’après la nouvelle de Morjokai, « Saffi ». Version concert. Nathalia Ushakova (soprano) ; Zoran Todorovitch (ténor); Ewwa Wolak (mezzo soprano); Rudolf Wasserlof (ténor); Martin Homrich (ténor); Bela Perencz (baryton); Jeannette Fischer (soprano); Hanna Schaer (mezzo soprano); Paul Kong (baryton); Micha Lescot (récitant). Orchestre National de France, chœur de Radio France ; chef de chœur Daniel Bargier ; Direction Armin Jordan. 12-VIII-2004. Giovanni Paisiello : Il Re Teodoro in Venezia. Opéra en deux actes (1784). Livret de Giovanni Battitsa Casti. Version de concert : création française. Sophie Martin-Degor, Lisetta ; Marina Domaschenko, mezzo-soprano, Belisa ; Lorenzo Regazzo, baryton, Teodoro ; Xavier Mas, ténor, Gafforio ; Sébastien Droy, ténor, Sandrino ; François Lis, basse, Taddeo ; Jean-François Bou, basse, Acmet ; Nicolas Courjal, basse, Messer Grande ; Noriko Urata et Céline Ricci, sopranos, deux donzelles. Orchestre national de Montpellier, direction Enrique Mazzola. Continuo : Olivier Yvrard, piano ; Cyril Tricoire, violoncelle ; Jérémy Lair, contrebasse.

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