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Le Poème Harmonique continue de faire merveille

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Paris. Salle Cortot. 18-XI-2015. Œuvres de Jean Boyer (v. 1565-1620), Pierre Guédron (v. 1565-1620), Adrian Leroy (v. 1520-1598), Didier Leblanc (actif de 1578 à 1584), Fabrice-Marin Caïetain (v. 1540-v. 1578), Le Bailly (?-1637), Pierre-Francisque Caroubel (1566-1611), Girard de Beaulieu (v. 1540-1590) et anonyme. Claire Lefilliâtre, dessus ; Marc Mauillon, basse-contre ; Serge Goubioud, taille ; Bruno Le Levreur, haute-contre ; Le Poème Harmonique, direction et théorbe : Vincent Dumestre.

RSBA-MarcMauillon1(C)PhilippeParent_displayDans le cadre intimiste de la salle Cortot, l’ensemble de donne un concert, qui, bien qu’intitulé « Airs de cour sous Louis XIII », est une reprise quasi à l’identique du programme de son dernier disque, dont la plupart des œuvres datent des années 1570-1600.

Le bouquet d’airs rassemblés ce soir témoigne d’une évolution de l’art lyrique profane vers des formes plus simples, où la polyphonie est moins complexe, le texte plus intelligible, les formes plus libres et l’influence populaire plus grande (récupération de la forme strophique dite « voix de ville »). La révolution monteverdienne n’a pas encore eu lieu, mais les , , Didier Le Blanc, … vont déjà dans son sens.

C’est en tout cas l’impression que donne , qui présente un dispositif instrumental permettant de varier les effets : quatre violes dont un dessus et une basse, une harpe et un théorbe. Sans oublier la dulciane et surtout la flûte à bec, placée avec les chanteurs derrière les autres musiciens, comme pour souligner la parenté de cet instrument avec la voix. Ainsi, dans l’air de Guédron Qu’on ne me parle plus d’amour, elle tient, par ses parties dialoguées avec le tutti, comme le rôle d’un cinquième chanteur. On remarque aussi des moments où, les violes jouant pizzicato, on entend jusqu’à quatre instruments à cordes pincées simultanément !

Les quatre chanteurs, tantôt en solo, tantôt en chœur, se répondant, parfois a capella (comme dans le très beau Hélas que me faut-il faire de ) sont tous très bons, maîtrisant les différents registres dans tous les sens du terme : grave et aigu ; comique, léger, tragique, amoureux, lyrique… Les spécialistes trouveront peut-être à redire sur la prononciation, où les nasales sont presque toutes décomposées (« soixante » devient « souéxannte ») et les finales systématiquement prononcées (le s de « temps », le x de « yeux »…). Mais force est de constater que les textes restent très intelligibles. est excellente, mais les airs les plus saillants se révèlent finalement parmi ceux à trois voix masculines, comme Les mariniers de Leblanc, l’anonyme Allons vieille imperfaite dont l’inénarrable refrain « Sortez à la pareille, videz ceste maison, branlez le fesson la vieille, branlez le fesson » a tout du parfait ver d’oreille, et surtout le subtilement grivois À Paris sur un petit pont de , non présent sur le disque, dont le refrain, « O le joly petit pon, le pon du coil, le coil du pon » est, comme le public l’a bien vite compris, à double sens. Et lorsque les chanteurs, après la dernière strophe, se décident à résoudre la contrepèterie mais restent suspendus sur « le poil du… », enchaîne sur l’air suivant : « Qu’on ne me parle plus d’amour… ».

Le public, emballé, se voit offrir trois bis, dont l’un porte un titre qu’on retiendra comme symbole de la soirée : « Nos esprits libres et contents ».

Crédit photographique : © Philippe Parent

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Paris. Salle Cortot. 18-XI-2015. Œuvres de Jean Boyer (v. 1565-1620), Pierre Guédron (v. 1565-1620), Adrian Leroy (v. 1520-1598), Didier Leblanc (actif de 1578 à 1584), Fabrice-Marin Caïetain (v. 1540-v. 1578), Le Bailly (?-1637), Pierre-Francisque Caroubel (1566-1611), Girard de Beaulieu (v. 1540-1590) et anonyme. Claire Lefilliâtre, dessus ; Marc Mauillon, basse-contre ; Serge Goubioud, taille ; Bruno Le Levreur, haute-contre ; Le Poème Harmonique, direction et théorbe : Vincent Dumestre.

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