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Pelléas à Berlin, pour Peter Sellars

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Philharmonie. 19-XII-2015. Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes d’après la pièce de Maurice Maeterlinck. Version semi-scénique mise en scène par Peter Sellars ; lumières : Ben Zamora. Avec : Magdalena Kožená (Mélisande) ; Franz-Josef Selig (Arkel) ; Christian Gerhaher (Pelléas) ; Bernarda Fink (Geneviève) ; soliste du Tölzer Knabenchor (Yniold)… Membres du chœur de la Radio de Berlin ; Orchestre philharmonique de Berlin ; direction : Sir Simon Rattle.

BPhil_perf_pelleas_1215_1Depuis quelques années, l’ travaille en collaboration avec le metteur en scène pour des spectacles qui ne sont certes pas pleinement scéniques, mais tirent tout le parti scénique possible des vastes espaces de la Philharmonie.

Les deux passions de Bach ainsi « ritualisées » sont disponibles depuis quelques années en DVD (Clef d’Or 2012 pour la Saint-Mathieu), et Pelléas et Mélisande filmé en cette fin d’année 2015 lors de quatre concerts tous complets connaîtra le même sort, avant un projet plus original autour de Copernic, l’opéra de chambre de Claude Vivier, au printemps prochain. Sellars et retrouvent pour ce Pelléas une partie des chanteurs des deux passions, à commencer par et dans les deux rôles-titres. Sellars, qui est cette saison artiste en résidence auprès de l’orchestre, a dressé dans la salle de la Philharmonie quelques néons de couleur qui constituent le seul décor du spectacle, avec un résultat certain pour ce qui est de créer une atmosphère, avec l’aide d’éclairages intensément poétiques : le prélude voit Golaud comme enfermé entre trois néons en avant-scène, en une image d’aliénation qui frappe d’emblée le spectateur.

Des belles images de ce genre, le spectacle n’en manque pas, mais plus frappante encore est l’intensité des relations que Sellars crée entre les personnages. Rarement a-t-on vu relation aussi complexe entre Golaud et Mélisande : la vision plutôt doloriste du personnage qui est celle de Magdalena Kožená, comme il y a huit ans au Théâtre des Champs-Élysées, s’accompagne autant de la passivité d’une victime, mais aussi d’une sorte de dédain qui frise le mépris, mais quand elle s’allonge sur le corps de Golaud blessé (Acte III, scène 2), cette étreinte intensément charnelle est bouleversante. De même, Sellars sait tirer parti de l’intériorité lunaire de , mais il le fait à quelques moments clef du spectacle sortir de cet enfermement : il y a quelque chose de fou dans ces moments soudains d’extraversion, mais cette folie est un moment de vérité qui porte jusque dans le ridicule du geste une émotion intense.

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L’aspect musical de la soirée, cependant, n’est pas tout à fait sur les mêmes hauteurs. Christian Gerhaher a une forme de diction hallucinée alternant avec des moments plus lyriques : c’est souvent extraordinaire, mais on ne peut s’empêcher de rêver au Golaud qu’il devrait être un jour. Et ce d’autant plus que le Golaud de Gerald Finley, lui, est beaucoup moins convaincant : la voix est très belle, la diction soignée, mais le personnage est trop pâle et la violence de certaines scènes manque. Autour de la Mélisande bien connue et touchante de , et surtout , dans un rôle si souvent victime de chanteurs à bout de voix, complètent efficacement une belle distribution ; c’est donc plutôt avec l’orchestre et son chef que quelque chose manque pour faire de ce Pelléas un événement musical à la hauteur de ses qualités théâtrales. La grande qualité des musiciens berlinois n’est pas en cause, et il y a une séduction certaine dans les alliances de timbres souvent très fondues choisies par Rattle. Mais c’est parfois au prix d’une certaine confusion et surtout d’un manque de théâtralité que quelques moments plus intenses ne vient qu’à peine atténuer. Les chanteurs manquent visiblement de sûreté face à ce tapis orchestral trop uniforme, et ce qui vaut pour ce concert vaudra certainement pour le DVD qui en sera publié : c’est avant tout pour le travail admirable de qu’on y reviendra.

Crédit photographique : (c) Monika Ritterhaus

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