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À Munich, Piotr Beczała est le roi du Bal masqué

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Munich. 1-IV-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra trois actes sur un livret d’Antonio Somma. Mise en scène : Johannes Erath ; décors : Heike Scheele ; costumes : Gesine Völlm. Avec : Piotr Beczała (Riccardo) ; George Petean (Renato) ; Anna Pirozzi (Amelia) ; Okka von der Damerau (Ulrica) ; Sofia Fomina (Oscar)… Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Zubin Mehta.

Ballo 07Anja Harteros vous manque, ce Bal masqué n’est pas tout à fait dépeuplé : dans une mise en scène trop sage, triomphe.

On accuse volontiers les metteurs en scène de tous les maux, mais il faut bien dire que les librettistes du XIXe siècle ne leur rendent pas toujours la tâche facile : s’était admirablement tiré de l’impossible Trouvère (avec Jonas Kaufmann, en 2013) en en faisant un cauchemar révélateur de la société industrielle naissante ; confronté au prosaïque Bal masqué, n’a ni les mêmes ambitions, ni la même intelligence dramatique. Né en 1975, Erath livre un spectacle qui aurait pu être signé des pionniers du théâtre lyrique moderne à l’époque de sa naissance : les chapeaux claque et les gestes en provenance directe du cabaret berlinois des années folles, l’élégant décor où un vaste escalier mène vers un plafond en miroir inversé – et figé – de la scène, le double d’Amelia qui fait quelques apparitions, la marionnette actionnée par Oscar… Erath tente bien d’imprimer parfois sa marque personnelle pour donner un peu plus de profondeur – Amelia tentée d’étouffer son mari sous un oreiller au début du deuxième acte, Oscar dévoilant sa féminité, ou du moins celle de son interprète, au troisième acte : c’est plutôt astucieux, mais ce ne sont que des moments disjoints. Cette mise en scène qui manque d’ambition a du moins le mérite d’être précisément réalisée et soigneusement construite ; on s’en contentera.

Ballo 01Anja Harteros absente, c’est qui la remplace, comme déjà pour la représentation précédente : le niveau n’est pas le même, mais cette chanteuse déjà expérimentée ne dépare pas sur une telle scène. Il manque un peu de chaleur, de personnalité, parfois aussi de précision, mais la voix est suffisamment bien menée et capable de nuances pour rendre la soirée agréable. Le reste de la distribution, lui, n’appelle pas même ces quelques restrictions : cela vaut pour dans ce rôle si flatteur qu’est Oscar, pour qui, membre de la troupe, confirme que les grands rôles sont désormais pour elle ; cela vaut pour le Renato stylé de , au timbre parfait de baryton verdien ; mais que dire, alors, de (lire notre entretien) ? Cela faisait longtemps qu’on pouvait compter sur lui dans ce répertoire, mais ce Bal masqué va plus loin encore. Tout l’héroïsme du rôle est là, sans trace d’effort, mais la frivolité de ce roi des Lumières camouflé en gouverneur colonial est là aussi, avec quand il le faut une légèreté rarement atteinte ici.

Dans la fosse, on fête par avance les 80 ans de . Ancien directeur musical de la maison, Mehta dirige confortablement, en faisant ressortir les couleurs de façon plus efficace que subtile, et sans beaucoup se préoccuper de construire une interprétation : c’est beaucoup mieux que ce qu’avait fait Asher Fish dans une autre importante première verdienne à Munich, mais il ne fait pas mieux qu’assurer une honorable routine, comme on l’attendrait d’un chef de passage pour une reprise ultérieure.

Photos : Wilfried Hösl

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Munich. 1-IV-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra trois actes sur un livret d’Antonio Somma. Mise en scène : Johannes Erath ; décors : Heike Scheele ; costumes : Gesine Völlm. Avec : Piotr Beczała (Riccardo) ; George Petean (Renato) ; Anna Pirozzi (Amelia) ; Okka von der Damerau (Ulrica) ; Sofia Fomina (Oscar)… Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Zubin Mehta.

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