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Un Werther bien encadré mais surtout bien entouré à Massy

La Scène, Opéra, Opéras

Massy. Opéra de Massy. 26-II-2017. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux sur un livret d’Edouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Décors : Benoit Dugardyn. Costumes : Stella Maris Müller. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Sébastien Guèze, Werther ; Mireille Lebel, Charlotte ; Alexandre Duhamel, Albert ; Christian Tréguier, Le Bailli ; Léonie Renaud, Sophie ; Eric Mathurin, Schmidt ; Julien Belle, Johann ; Margritte Gouin et Laurine Ristroph, les jumelles ballerines ; Léo Muscat, Brühlmann ; Déborah Salazar, Kätchen. Maîtrise des Hauts-de-Seine, chef de chœur : Gaël Darchen. Orchestre de l’Opéra de Massy, direction : David T. Heusel.

Werther-1_Christian-BadeuilAvec cette nouvelle production créée à Metz au début du mois, nous rejoignons Werther dans une salle de musée. Plaisante sans être originale, la mise en scène de tourne autour d’un ne paraissant malheureusement pas à la hauteur du rôle alors qu’il est admirablement soutenu par le talent du chef , par qui incarne une élégante et raffinée Charlotte et par la brillante présence d’ malgré la place secondaire d’Albert.

C’est indéniable, la première apparition du tableau représentant la maison du bailli fait de l’effet ! Dans une toile de style fin XIXe qui évolue vers Magritte (les hommes avec des parapluies et coiffés d’un chapeau-melon) et Botticelli (Sophie et sa marguerite), les personnages prennent lentement vie sous notre regard amusé. Assis sur un banc du musée, Werther n’est qu’un simple observateur. Et même s’il arrive à s’intégrer ponctuellement dans ce tableau, c’est en dehors de cette composition picturale qu’il évolue le plus fréquemment. Seule Charlotte réussit à s’extraire du cadre lorsqu’elle dévoile sans détour son amour pour le jeune homme : intéressante symbolique autour d’un jeu de miroir et d’interférences entre l’art et la réalité, quoiqu’un peu facile, exploitée par le metteur en scène Paul-Émile Fourny. Mais malgré ce décor plaisant de Benoit Dugardyn et les admirables costumes de Stella Maris Müller, cette mise en scène se révèle assez linéaire et sans véritable attrait une fois l’effet de surprise passé.

Il était audacieux de donner le rôle-titre, centré sur le jeune héros romantique et l’évolution de sa névrose vis-à-vis de Charlotte, à un interprète qui ne l’avait auparavant jamais approché. Certains passages ont même été coupés pour mettre encore plus en avant le personnage tourmenté autour duquel tout le drame se joue. Privés notamment de leur duo au début du deuxième acte, pourtant d’un charme mélodique et d’une élégance folle, et (en peintre et en poète) assurent des rôles presque anecdotiques, l’impact de Schmidt et Johann perdant ici énormément de consistance. Nous sommes bien loin du duo omniprésent de la mise en scène de Willy Decker que nous avions appréciée le mois dernier au Liceu.

tient elle aussi un rôle secondaire qui ne lui colle pas à la peau. L’innocence et le caractère juvénile de Sophie ne se dévoilent à aucun moment dans le timbre de la jeune chanteuse qui dispose pourtant de qualités vocales notables, notamment une émission franche, de brillants aigus et une belle maîtrise de toutes ses notes finales. Enfin, même si le rôle qu’il détient ne lui permet pas de briller avec l’éclat qu’il mérite, se révèle. Sa voix imposante et obscure assure une grande dignité au personnage d’Albert et une présence charismatique évidente à son interprète, alors que le mari de Charlotte a en vérité peu d’importance dans le livret comme dans la partition.

Werther-3_Chantal-Droller

C’est donc sur les frêles épaules de que le succès de ce spectacle repose. Ce qui est certain, c’est que le ténor français a le physique du rôle. Mais jusqu’au célèbre songe d’Ossian, le chanteur révèle un timbre bien trop métallique pour que nous puissions adhérer à son interprétation, et souffre surtout de problèmes de justesse récurrents. En évitant un trop plein de sentimentalisme, piège où il est facile de tomber dans cet opéra, l’orchestre de l’opéra de Massy, sous la baguette de , se retrouve souvent au centre de la tension dramatique à la place de Werther, notamment dans l’air J’aurais sur ma poitrine. Ainsi, ce n’est pas le phrasé approximatif ni la diction perfectible qui relèvent la qualité de la prestation de cette tête d’affiche, mais plutôt son Pourquoi me réveiller ? exécuté honorablement, sa lente agonie parfaitement réelle dans de sublimes nuances, et surtout sa complicité avec sa formidable partenaire, .

Parce que la révélation de la soirée, c’est elle ! Et pourtant, l’incarnation de Charlotte correspond également à une prise de rôle pour la jeune mezzo canadienne. Belle, élégante, parfois distante mais surtout tragique, la chanteuse domine la distribution grâce à une voix magnifiquement timbrée, un jeu sans excès ni pathos, et de riches couleurs sonores qui alimentent régulièrement son chant. Les surprises viennent parfois de là où on ne les attend pas, les rendant encore plus savoureuses.

Crédits photographiques : Sébastien Guèze et Mireille Lebel © Chantal Droller ; Werther par Paul-Émile Fourny © Christian Badeuil

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    Retransmis sur France 3 le 14 octobre 2018, ce « Werther » se révèle bien déconcertant par la faiblesse insigne du rôle-titre, qui défigure injustement l’ensemble d’une production non dénuée de qualités. Est-ce le personnage du célèbre névropathe qui prive Sébastien Guèze de tous ses moyens, qu’on a pu apprécier sur d’autres scènes, ou bien faut-il incriminer une mauvaise passe du chanteur lors de cette prestation ? Quoi qu’il en soit, son Werther presque toujours faux, mal articulé au point qu’on doute que l’artiste soit francophone, et hurlé dans les aigus conduit à s’interroger sur les critères de choix d’une distribution… et à penser aux débutants inconnus qui se fussent bien mieux tirés d’affaire, déjà en chantant juste, tout simplement. Heureusement qu’il y a Mireille Lebel, scéniquement trop raide, crispée même, mais impeccable vocalement, et que la direction fluide de David T. Heusel sait rendre évidente —ce qui n’est pas… évident— la tension permanente entre la bonhomie du cadre Biedermeier —intelligemment mis en scène par Paul-Emile Fourny— et les paroxysmes romantiques d’un amour fatal.

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