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Reprise d’A Love Supreme d’Anne Teresa De Keersmaeker

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Espace Pierre Cardin. 12-I-2018. Chorégraphie : Salva Sanchis, Anne Teresa De Keersmaeker. Version originale créée en 2005. Musique : A Love Supreme, John Coltrane. Enregistrement : tenor saxophone, vocals : John Coltrane ; piano : McCoy Tyner ; bass : Jimmy Garrison ; drums : Elvin Jones. Lumières : Jan Versweyveld. Réecriture lumières : Anne Teresa De Keersmaeker, Luc Schaltin. Costumes : Anne-Catherine Kunz. Direction des répétitions : Salva Sanchis, Cynthia Loemij. Dansé par José Paulo dos Santos, Bilal El Had, Jason Respilieux, Thomas Vantuycom (compagnie Rosas).

A love supremeCette composition d’ et , sur la musique de se divise en deux temps inégaux : une première partie irritante dans le silence, heureusement contrebalancée par une danse lumineuse et habitée par le rythme du jazz.

Traduction presque littérale de l’œuvre révolutionnaire de Coltrane, la pièce de la chorégraphe belge et de l’Espagnol est écrite pour quatre danseurs de la compagnie . Le nombre des danseurs n’a pas été choisi au hasard : il fait écho aux quatre musiciens qui interprètent l’œuvre et aux quatre mouvements qui la composent. Pari difficile que de s’attaquer à ce monument musical, composé en 1964 par , retourné à la spiritualité de l’Église noire américaine après s’être égaré dans les affres de l’addiction aux drogues. La pièce, dont la version originale date de 2005, a été créée en février 2017 à Bruxelles, avant de tourner au Centquatre à Paris. Elle fait l’objet d’une reprise par le Théâtre de la Ville à l’Espace Pierre Cardin.

L’étonnement est de mise quand les danseurs commencent à évoluer dans le silence. Il se transforme en irritation quand ce silence se prolonge et qu’un seul danseur reste en scène, tour à tour immobile ou marchant sur la scène, pendant un laps de temps qui semble démesurément long. La vocation de ce prélude interroge.

Soudain retentit le son de la trompette et la pièce trouve sa cohérence. Les quatre danseurs sautent, se repoussent, exécutent des figures au sol, au rythme de la partition jazz. Aux ensembles, d’une précision millimétrée, succèdent des solos, alternativement exécutés par chacun des quatre danseurs. Chaque solo reflète la personnalité artistique de chaque danseur, dont la technique et le physique sont bien distincts, et la diversité des influences musicales d’A Love Supreme. On peut notamment y distinguer la polyrythmie africaine, le jazz modal, le gospel et le blues. Les solos laissent-ils une part à l’improvisation ? À l’image de la musique jazz, l’improvisation fait partie de l’œuvre dansée mais si savamment dosée, qu’elle n’apparaît pas immédiatement identifiable. Les ensembles en tout cas ne laissent pas place au hasard, les placements sont rigoureusement organisés et la synchronisation parfaite montre la rigueur de l’écriture chorégraphique.

Petit à petit, les danseurs entrent dans une forme de transe, leurs corps vibrent, tressautent, ondulent au son des basses, du piano, du saxophone et des percussions. Un mouvement de bras sec marque un temps d’arrêt de la musique, une ondulation reflète une cascade musicale, un saut un accent rythmique. La danse se fait le matériau de la musique, son incarnation. Les danseurs, essoufflés, en sueur, sont éprouvés par cette danse physique et charnelle où les corps se touchent et se repoussent, utilisant les contrepoids et les déséquilibres.

Après une première partie inutilement longue, A Love Supreme se révèle une pièce forte, poignante et un bel hommage au chef-d’œuvre musical de Coltrane.

Crédits photographiques : © Anne Van Aerschot

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