Banniere-clefsResMu728-90

Avec l’Orchestre national d’Île-de-France, Ave Bizet, Ave Debussy

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie – Cité de la musique, salle des concerts. 28-I-2018. Georges Bizet (1838-1875) : Symphonie « Roma » en ut majeur ; Claude Debussy (1862-1918) : La Damoiselle élue ; Printemps. Melody Louledjian, soprano. Catherine Trottmann, mezzo-soprano. Ensemble vocal Sequenza 9.3 (chef de chœur : Catherine Simonpietri). Orchestre national d’Île-de-France, direction : Tito Ceccherini

ONDIF_Debussy et RomeLes week-ends thématiques sont l’occasion pour la Philharmonie de commémorer en ce mois de janvier les cent ans de la disparition de .

L’Orchestre national d’Île-de-France nous invite ainsi à découvrir Bizet et Debussy inspirés par l’Italie. Leur séjour à la Villa Médicis a été effectivement l’occasion d’offrir de singulières pages musicales marquantes pour l’Histoire de la musique, défendues aujourd’hui par une phalange haute en couleurs et en précisions.

Même si, au départ, Bizet imaginait une œuvre en quatre parties dédiées à plusieurs villes italiennes (« Venise sera mon andante, Rome mon premier morceau, Florence mon scherzo et Naples, mon finale. »), la Symphonie « Roma » en ut majeur ne fait explicitement référence à l’Italie que dans deux de ses mouvements, notamment le dernier intitulé « Carnaval à Rome », inspiré d’une danse typique de la région de Naples. Rarement jouée en concert, cette « fantaisie symphonique » dans cette programmation est une bonne raison de venir entendre l’Orchestre national d’Île-de-France. Sous la baguette de , la phalange se révèle spontanée tout autant qu’inspirée dans une musique tantôt tendre et recueillie (Procession : Andante molto), tantôt festive (Scherzo : Allegretto vivace), voire endiablée (Carnaval à Rome : Allegro vivacissimo). Face à ses musiciens, le chef se donne sans compter : sautillant et exalté sur le rythme ternaire du quatrième mouvement, imprégné et affectueux dans le troisième mouvement. Les « appels des cors » de l’Andante tranquillo (intitulé aussi « Une chasse dans la forêt d’Ostie ») sont assurés par un pupitre solide, alors que le hautbois et la flûte déploient toute leur verve et que la clarinette solo étend une volupté savoureuse. L’écrin offert par des tempi dynamiques tout autant qu’équilibrés permet à la partition de Bizet de répandre dans cette salle des concerts de la Cité de la musique des effets orchestraux presque picturaux.

Dans cette même inspiration italienne, La Damoiselle élue de Debussy, fait intervenir les voix féminines de l’ensemble vocal , encore remarquées récemment lors du succès du projet « Vocello » du violoncelliste Henri Demarquette. Langoureusement lyrique, le chœur offre une transparence sonore à pâmer, pleinement appréciable grâce à une diction claire et intelligible. Au point que les interventions de semblent quelque peu affaiblies, d’abord par une projection bien trop limitée pour dépasser le mur de l’orchestre, et cela malgré l’écoute attentive du chef pour atteindre un équilibre entre la phalange et la soliste, ensuite par des intentions emprisonnées en raison d’une mauvaise compréhension du texte que la jeune mezzo déclame. À ses côtés, la soprano fait preuve d’une personnalité bien plus affirmée, son implication sensuelle et son aisance scénique atteignent sans difficulté la salle.

Sa résidence à la Villa Médicis a également permis au compositeur impressionniste la création de Printemps, suite symphonique pour orchestre et piano à quatre mains, proposée en dernière partie de ce concert. Dans cette prestation, on apprécie le sens du détail de l’Orchestre national d’Île-de-France pour mettre au mieux en exergue la poésie et le mordant de cette partition dans un style définitivement hybride. Avec l’objectif de souligner le « printemps éternel » évoqué par le musicien dans une de ses lettres de l’époque, suspend sa baguette longtemps après la dernière note, comme pour se remettre d’un voyage en Italie riche en couleurs.

Crédits photographiques : Tito Ceccherini © Luc Hossepied

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.