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Un Boléro de souffrance pour Marie-Agnès Gillot

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Opéra Bastille. Paris. 24/II/2018. Ballet de l’Opéra national de Paris. Daphnis et Chloé. Musique : Maurice Ravel. Chorégraphie : Benjamin Millepied (2014). Scénographie : Daniel Buren. Costumes : Holly Hynes. Lumières : Madjid Hakimi. Avec Dorothée Gilbert, Chloé, Mathieu Ganio, Daphnis, Eléonora Abbagnato, Lycénion, Alessio Carbone, Dorcon, François Alu, Bryaxis et les danseurs du Ballet national de l’Opéra de Paris.
Boléro. Musique : Maurice Ravel. Chorégraphie, scénographie et costumes : Maurice Béjart (1961). Lumières : Clément Cayrol. Avec Marie-Agnès Gillot, Audric Bézard, Vincent Chaillet et les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.
Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris, direction musicale : Maxime Pascal, chef des chœurs, Alessandro Di Stefano.

Générale Daphnis et ChloéQuelques semaines avant ses adieux à la scène de l’Opéra de Paris, reprend le Boléro de Béjart qu’elle était allée apprendre à Lausanne en 2006. Dans ce programme Ravel qui joue le raffinement avec le de , la supposée puissance de son Boléro ressemble davantage à un chemin de croix pour la danseuse étoile, qui sort épuisée de la performance.

Dernière occasion de voir l’œuvre de deux chorégraphes français à l’Opéra de Paris d’ici 2020, le programme Ravel proposé à l’Opéra Bastille confronte l’œuvre de deux hommes qui ont fait l’essentiel de leur carrière à l’étranger, mais assurent le rayonnement de la danse française hors de nos frontières.

La reprise de de , créé en 2014 pour les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, rend à nouveau un bel hommage à la scénographie conçue par pour ce grand plateau. Le rideau de scène aux célèbres rayures grises et blanches, puis les formes géométriques qui s’associent et se dissocient au fil des tableaux sont une superbe toile de fond pour ce ballet léger et fluide. et forment un couple élégant et chantant, Eléonora Abbagnato et , plus fougueux, plus intériorisés, sont un beau contrepoint à ce couple lumineux et solaire.
Dans un rôle court et intense, , toujours plus carré et musclé, fait un sans-faute dans le rôle de Bryaxis, le chef des pirates. Il sera très applaudi aux saluts, de même que le chœur que l’on a entendu en sourdine dans la superbe intensité de ce poème symphonique, tout en subtilité et raffinement, donnant un air mélancolique et joyeux à cette histoire d’amour antique.

Le cercle sur fond rouge de Buren cède la place à la table rouge de Boléro, dont Ariane Dollfuss dans son livre Béjart, le démiurge, raconte qu’elle vient de la table d’auberge espagnole utilisée par dans la chorégraphie originale de Nijinska. Alors que Béjart assume l’orientalisme et l’érotisme latent de ce solo, qui fut créé par une femme, « Vénus sortant de l’onde », Duska Sifnios, l’interprétation choisie par est toute autre. Méconnaissable, grimaçante, elle s’abandonne plus qu’elle ne s’offre au parterre d’hommes à ses pieds. Marquée par la souffrance, le Boléro de est un solo douloureux. On n’y trouve nulle sensualité, pour cette femme entourée de mâles, ni l’animalité sauvage et magnétique de l’interprétation d’un Nicolas Le Riche ou . Il manque quelque chose d’audacieux et de triomphant à ce Boléro pour être dans vraiment dans l’esprit béjartien. Un parti pris qui ne laisse d’étonner et que l’on espère différent dans les deux autres distributions à suivre, avec et .

Crédit photographique :  © Little Shao / Opéra national de Paris

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