Berezovsky diabolise Franz Liszt, Trinks massifie Hans Rott

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de Radio France. 13-IV-2018. Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur, S. 124. Totentanz, paraphrase sur le Dies Irae, S. 126. Hans Rott (1858-1884) : Symphonie en mi majeur. Boris Berezovsky, piano. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Constantin Trinks

constantin trinksAprès l’avoir dirigée et enregistrée au Mozarteum de Salzbourg, revient à la Symphonie de à Paris en imposant une pâte trop appuyée au Philharmonique de Radio France, au risque de le retrancher dans des sonorités ingrates plutôt que de se servir de sa souplesse. Auparavant, expose son jeu diabolique dans le Concerto n° 1 pour piano puis la Totentanz de Liszt.

Assistant de Thielemann en 2002 pour Der Fliegende Holländer à Bayreuth, est depuis régulièrement invité par les plus grandes formations d’Outre-Rhin. Il a notamment développé de très beaux moments de fosse à Dresde dans le premier opéra de maturité de Wagner ou Rosenkavalier, ouvrage dirigé aussi à Munich, ainsi qu’Arabella, spectacle qu’il reprendra cet été et portera en version de concert la saison prochaine au Théâtre des Champs-Élysées.

À l’été 2015, il dirige avec le Mozarteumorchester Salzburg la Symphonie en mi majeur de , avant de l’enregistrer en novembre de la même année pour le label Hänssler. Cette partition d’un génie devenu fou très tôt et mort à vingt-cinq ans inspira Mahler à tel point qu’il réutilisa certains thèmes jusqu’à sa Symphonie n° 5 ; elle ouvre surtout la voie à la notion d’art total appliquée à la symphonie. Constantin Trinks avait porté cette partition avec vigueur en Autriche, et nous mettions sur le compte de l’orchestre certaines défaillances ; mais pour sa proposition parisienne, sept ans après que Paavo Järvi l’eut dirigée avec son Orchestre de Paris à Pleyel, on sait que les scories entendues tout au long de l’œuvre à l’Auditorium de Radio France ne proviennent pas de la qualité du Philharmonique de Radio France, mais plutôt de la façon de jouer imposée par le chef. Déjà, la technique demandée aux cuivres pour sonner viennois les rend quasi systématiquement faux, et très rare seront les attaques justes du premier cor avant le Finale, tout comme celles de la première trompette, particulièrement en difficulté ce soir.

Un même geste pesant se ressent aux cordes dès l’introduction de l’œuvre par l’Alla breve. Il faut attendre l’arrivée des violoncelles pour entendre quelques instants de chaleur et souplesse, car plutôt que de se servir de la formation qu’il a entre les mains, il semble que le chef cherche à tout prix à retrouver le son de Vienne qu’il veut entendre dans cette œuvre. Dommage, lorsque l’on se rappelle qu’à Bayreuth en 2013, Trinks passant avec Liebesverbot, le lendemain du Rienzi par Thielemann, avait su montrer plus de couleurs et de clarté que son aîné en dirigeant la même formation orchestrale, tout comme il a su dynamiser la pièce ensuite à Strasbourg en 2016.

En première partie du concert parisien déjà, le jeu de l’orchestre nous semblait trop appuyé et n’a pas pu passionner dans le Concerto pour piano n° 1 de Liszt, trop proche par cette approche tendue de la Totentanz jouée ensuite. Certes, ce concerto n’est pas le plus léger de ceux qui ont été écrits pour le piano, mais plus de lyrisme était possible dans les phrases de cordes, surtout après les superbes soli du premier clarinettiste. Le triangle ressort très peu de la masse dans la partie suivante, et il faudra attendre la Totentanz pour vraiment entendre cet instrument derrière la masse de l’orchestre.

Malgré cela, dès qu’il pose ses mains sur le clavier, expose sans jamais trop se mettre en avant son incroyable dextérité, tout juste d’abord un peu brouillée par l’utilisation trop prononcée de la pédale. Ici la délicatesse alterne avec la célérité selon les parties, avec un style russe toujours présent dans ce doigté, notamment à l’Allegro vivace dont les sons issus du piano lorgnent régulièrement vers ce que l’on pourrait entendre dans un finale de concerto de Tchaïkovski. La densité globale convient mieux à la Danse Macabre, et là encore le jeu diabolique du pianiste, heureusement à un rythme tout de même moins infernal que celui de son enregistrement de jeunesse de l’œuvre pour Teldec, impressionne toujours autant.

Crédit photographique : © Geoffrey Newman 2017

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.