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Le Chevalier à la Rose : reprise à Munich

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Munich. Nationaltheater. 19-VII-2011. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, comédie lyrique en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Otto Schenk ; décors et costumes : Jürgen Rose. Avec Anja Harteros (La Maréchale) ; Sophie Koch (Oktavian) ; Peter Rose (Baron Ochs) ; Martin Gantner (Faninal) ; Lucy Crowe (Sophie) ; Piotr Beczala (Un chanteur italien) ; Ingrid Kaiserfeld (Marianne Leitmetzerin) ; Ulrich Reß (Valzacchi) ; Heike Grötzinger (Annina)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Constantin Trinks.

Pour un peu, l’Opéra de Bavière allait avoir un nouveau Chevalier : la rumeur voulait qu’une nouvelle production de cet opéra si essentiel dans le répertoire munichois devait voir le jour en ce mois de juin 2011 dans les mains de . Les circonstances économiques jointes à l’échec artistique relatif mais certain de sa récente Tosca en ont décidé autrement, et l’Opéra de Munich s’est décidé à ranimer l’antique production signée il y a plusieurs décennies par l’acteur, humoriste et metteur en scène qui, désormais octogénaire, est venu au chevet de sa créature. Cette reprise parvient à donner l’illusion de la jeunesse grâce à une direction d’acteurs très soignée, parfois un peu envahissante à force de faire un sort à chaque inflexion du texte ou de la musique, mais bien plus convaincante que tant d’autres ; le public s’exclame toujours en découvrant les décors illusionnistes et rococo de chaque acte, mais on a cru déceler, mêlée à l’admiration, une forme de stupéfaction devant ce premier degré si naïf. Les partisans d’une fidélité absolue aux indications du livret n’auront pas manqué de s’offusquer devant le décor du 2e acte : là où Faninal parle de son palais de ville flambant neuf, le spectateur se croirait plutôt dans le salon d’un de ces innombrables châteaux rococo où l’enthousiasme du guide ne fait que mettre en évidence le passage du temps et les difficultés à financer une restauration bien nécessaire.

Mais bien plus que cette mise en scène vue et revue, l’intérêt principal de cette représentation était la présence d’, dont la récente prise de rôle était très attendue : si la voix présente désormais quelques duretés, sa Maréchale n’en est pas moins un continuel miracle d’intelligence et de musicalité. La ligne straussienne a rarement été aussi bien servie que par cette voix chaude à la projection miraculeuse, au service du personnage tel que rêvé par les auteurs de l’œuvre : une Maréchale radieuse, jeune, douée d’une présence à la fois majestueuse et naturelle.

en Oktavian manque parfois un peu de ce naturel et n’est pas toujours une actrice très convaincante, mais elle est ici bien plus à l’aise que dans la récente Ariane à Naxos parisienne (sans parler de sa malencontreuse Fricka) : la splendeur du timbre et l’endurance de l’instrument font oublier les quelques bizarreries de la diction ; son alliance avec font des miracles dans les duos ineffables du premier acte.

Le trio féminin est complété par , Sophie de bonne volonté, qui sacrifie parfois la précision du texte et de l’expression aux nécessités de la partition, mais tient son rôle dignement dans les ensembles et emporte l’adhésion par son opportune spontanéité.

Du côté masculin, outre le Chanteur italien parfait de Piotr Beczala, compose un Ochs de bon calibre, mais qui ne décide pas vraiment entre le noble de province et le butor mal dégrossi et manque de ce fait parfois un peu de couleurs. Le reste de la distribution, y compris Faninal, peut être qualifié de fonctionnel : on y distinguera seulement le couple retors et malicieux des deux aventuriers italiens.

Après Carlos Kleiber, c’est désormais au tour de de prendre en charge cette production ; toute comparaison serait cela dit oiseuse, dès lors que, pour cette représentation de répertoire, le jeune chef est bien loin d’avoir eu les répétitions que savait obtenir Kleiber.
Dans ces conditions, les scènes comiques des deux derniers actes manquent un peu d’allant et finalement de puissance comique. La soirée reste très honorable, avec beaucoup de métier et d’attention aux chanteurs qui, emmenés par une artiste unique au sommet de ses moyens, sont l’événement de cette soirée.

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 19-VII-2011. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, comédie lyrique en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Otto Schenk ; décors et costumes : Jürgen Rose. Avec Anja Harteros (La Maréchale) ; Sophie Koch (Oktavian) ; Peter Rose (Baron Ochs) ; Martin Gantner (Faninal) ; Lucy Crowe (Sophie) ; Piotr Beczala (Un chanteur italien) ; Ingrid Kaiserfeld (Marianne Leitmetzerin) ; Ulrich Reß (Valzacchi) ; Heike Grötzinger (Annina)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Constantin Trinks.

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