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Sonya Yoncheva est Médée au Staatsoper Berlin

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Staatsoper. 13-X-2018. Luigi Cherubini (1760-1842) : Médée, opéra en trois actes sur un livret de François-Benoit Hoffman, dialogues revus par Andrea Breth et Sergio Morabito. Mise en scène : Andrea Breth. Décors : Martin Zehetgruber. Costumes : Carla Teti. Lumières : Olaf Freese. Dramaturgie : Sergio Morabito. Avec : Sonya Yoncheva, Médée ; Charles Castronovo, Jason ; Iain Paterson, Créon ; Elsa Dreisig, Dircé ; Marina Prudenskaya, Néris ; Sarah Aristidou, Première Servante ; Corinna Scheurle, Deuxième Servante ; Malik Bah, Toyi Kramer, enfants de Médée (rôles muets). Staatsopernchor (chef de chœur : Martin Wright). Staatskapelle Berlin, direction musicale : Daniel Barenboim

Quelques mois après sa splendide interprétation d’Imogene à la Scala, cherche à nouveau les pas de Maria Callas avec cette fois l’un des rôles fétiches de l’aînée, une Médée peu aidée ici par la faiblesse de la direction de et l’absence d’intensité de la production d’, là où l’ouvrage reste marqué pour l’amateur contemporain par la géniale proposition de Krzysztof Warlikowski.

L’ouverture du chef-d’œuvre de Cherubini laisse entendre ce que le directeur du Staatsoper Berlin nouvellement reconstruit aura à proposer tout au long de la soirée. Sa formation classique conduit évidemment la partition vers Beethoven, mais sans oser tout à fait appuyer cette modernité pour l’époque, et sans trouver le moindre appui dans les accents baroques. À part la deuxième partie de l’introduction du troisième acte, difficile alors de justifier la raison de la présence de en fosse, sauf à considérer, comme le public lors de ses applaudissements fournis pour le chef, qu’un suivi routinier de l’action suffit à l’ouvrage.

De belles sonorités ressortent tout de même parfois de la luxueuse , à commencer par celles de la flûte solo, puis d’un basson trop peu dynamisé par la battue vide du chef lors de ce que certains considèrent comme le plus bel air de l’opéra, celui de Néris à l’acte II. La mezzo-soprano n’y déploie pas à l’excès la souplesse du chant, mais y procure une intériorité bienvenue sur le plateau ce soir. campe une Dircé (Glaucé) plus lyrique, pourtant trop peu à l’aise dans les vocalises de sa partie belcantiste, en même temps que trop peu agile dans le haut du spectre pour ne pas dénaturer l’aigu de sa première aria. est sans doute l’artiste le plus évident de cette distribution, même s’il ne marque pas dans le rôle de Jason, trop simplifié par la mise en scène d’. trouve de beaux graves pour Créon, sans pour autant fasciner non plus, notamment par le statisme sans stature de la ligne de chant, pour porter ce roi de Corinthe.

avait impressionné récemment en Imogene. Elle marque nettement moins en Médée, et l’on ne sait pour quelle part cela est dû à la proposition trop facile d’Andrea Breth, ou à la prosodie de la version française initiale, choisie au détriment de l’italienne portée par Callas. La soprano tient certes brillamment sa partie complexe, mais jamais cette voix trop distante ne fait vibrer l’auditeur, en plus de rater totalement le contre-ut non écrit qu’elle a pourtant cherché lors de cette soirée pour clôturer l’acte II. et Corinna Scheurle ravissent en servantes par la clarté de leur timbre aux côté de Dircé, la seconde retrouvée rapidement sous les bras et la bouche d’un Jason présenté ici comme un coureur de jupon.


Andrea Breth n’en est pas à sa première production pour le Staatsoper Berlin, mais celle de Médée, dont une partie des textes est retouchée par lui et le dramaturge de la production , ne restera pas dans les esprits. Le décor de Martin Zehetgruber expose un entrepôt blanc dans lequel sont posés ce qui ressemble à de nombreux ouvrages d’arts encore emballés, sans doute possédés par Jason. Deux statues de chevaux trônent au milieu de la scène, l’une la tête au sol, l’autre mieux conservée, sans qu’aucune ne serve à développer d’idée, pas plus qu’une toison d’or bien classique de laquelle ressort une énorme tête de bélier. Une fois passés les costumes (Carla Teti) des années quarante pour la population grecque, contrebalancés par l’habit de magicienne hindoue d’une héroïne et de sa suivante étrangères à cette culture – notion bien moins finement traitée que par Marelli ces dernières années pour la Medea d’Aribert Reimann au Wiener Staatsoper – on peine à distinguer la moindre proposition forte d’un suivi bien simpliste des didascalies. La scène finale du meurtre des enfants ne touche pas plus que celle de l’incendie et ses flammèches en boite, à l’opposé du choc des derniers instants de l’une des mise en scène les plus puissantes jamais vues, celle de Warlikowski pour la même œuvre à La Monnaie puis aux Champs-Élysées.

Crédits photographiques : © Bernd Uhlig

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