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Eleonora Abbagnato sublime La Dame aux Camélias à Garnier

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Garnier. 5-XII-2018. La Dame aux Camélias. Ballet en un prologue et trois actes d’après le roman d’Alexandre Dumas fils. Chorégraphie et mise en scène : John Neumeier. Musique : Frédéric Chopin (1810-1849) : extraits divers. Décors et costumes : Jürgen Rose. Lumières : Rolf Warter. Pianos : Emmanuel Strosser et Frédéric Vaysse-Knitter. Avec : Eleonora Abbagnato, Marguerite Gautier ; Stéphane Bullion, Armand Duval ; Andrey Klemm, Monsieur Duval ; Muriel Zusperreguy, Prudence Duvernoy ; Laurent Novis, le Duc ; Ninon Raux, Nanine ; Adrien Bodet, le Comte de N. ; Sae Eun Park, Manon Lescaut ; Fabien Révillon, Des Grieux ; Bianca Scudamore, Olympia ; Paul Marque, Gaston Rieux ; et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris sous la direction de James Tuggle

Entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2006, La Dame aux Camélias de est devenu un grand classique de la compagnie. se donne corps et âme dans le personnage de Marguerite, qu’elle danse peut-être pour la dernière fois dans sa carrière à l’Opéra de Paris.

« Manon à Marguerite, / Humilité ». Cette dédicace inscrite par Armand Duval dans le volume de Manon Lescaut qu’il offre à sa maîtresse dresse un parallèle entre le destin tragique de Marguerite et celui de Manon, courtisane du XVIIIe siècle, dont la rédemption s’est faite par son amour pour Des Grieux. Lecteur attentif du roman d’Alexandre Dumas fils, s’est emparé de ce parallèle, autour duquel il tisse la trame du ballet. Depuis la première représentation dansée de Manon Lescaut à laquelle Marguerite assiste lors de sa rencontre avec Armand, jusqu’à celle de la mort de Manon en exil, les effets de miroirs entre les personnages sont constants.

Sœur fidèle de l’héroïne de Dumas, la Marguerite de John Neumeier est condamnée par le destin et la morale bourgeoise. L’ouverture du ballet par la scène de la vente des biens de Marguerite après le décès de la jeune femme marque de son sceau tragique le récit. Également marqué par le fatum, incarne un Armand attiré par une force irrépressible vers Marguerite. Son jeu sans fioritures est efficace dans le premier acte, mais le danseur reste toutefois trop figé dans ses expressions et manque d’évolution au fil des tableaux. La gamme des émotions du personnage est pourtant large, de sa gaucherie initiale à l’acmé de l’amour passionné, de la souffrance cynique et jalouse jusqu’au désespoir et au remords.

Artiste accomplie, expérimentée dans le rôle de Marguerite, convainc par la vérité de son jeu. Cocotte adulée dans le premier acte, elle soumet ses soupirants à ses caprices d’un geste ou d’un regard. Mais, bientôt rattrapée par la maladie qui la ronge, elle dévoile sa fragilité et cède à l’amour sincère d’Armand.

Cette qualité de jeu, qui traduit la grande maîtrise du rôle par la danseuse, ne parvient toutefois pas à compenser un premier acte laborieux techniquement, où les jambes semblent lourdes et les équilibres ne sont pas tenus. Ces défauts s’estompent heureusement dans les deuxième et troisième actes, où les pas-de-deux priment. La scène où le père d’Armand intime à Marguerite l’ordre de quitter son fils fait basculer l’intrigue dans une dimension tragique. Le sacrifice de Marguerite est sublimé par une Eleonora Abbagnato dépouillée de ses atours, qui s’abandonne au gré des emballements de la musique de Chopin à son douloureux amour. Le dernier duo passionné entre Armand et Marguerite au début du troisième acte est un bijou, qui laisse les deux danseurs exsangues.

Ballet à grand spectacle, débauche de costumes somptueux, La Dame aux Camélias donne la part belle aux seconds rôles. Celui de Manon, fantôme qui hante Marguerite, est interprété par dont la qualité technique est toujours irréprochable, mais dont l’interprétation reste trop superficielle. Les débuts de dans le rôle d’Olympia, courtisane rivale de Marguerite, confirment les qualités de la danseuse. Espiègle et mutine, trouve le juste équilibre entre rouerie et candeur, et se distingue par une technique précise et délicate.

L’élégance technique de  en Gaston, dandy noceur et ami d’Armand, est évidente mais son partenariat avec en Prudence est très approximatif et l’on s’étonne de noter des difficultés dans les portés.

Enfin, de manière générale, le corps de ballet laisse une impression mitigée. Erreurs techniques et désynchronisions viennent perturber l’harmonie des tableaux, au bal comme à la campagne. La distribution paraît déséquilibrée entre un corps de ballet constitué de très jeunes danseurs, dont un certain nombre débutent sans doute dans l’œuvre de Neumeier, et des solistes très expérimentés.

L’intérêt de cette reprise réside dans les prises de rôles, comme celle de Léonore Baulac en Marguerite, mais aussi dans les prestations d’artistes aguerris, comme Eleonora Abbagnato et . Afin d’éviter qu’une forme de lassitude ne s’installe, un renouvellement est nécessaire après le départ des grandes interprètes qui ont marqué le personnage de Marguerite, à l’instar d’Agnès Letestu, Aurélie Dupont ou . Cette production montre enfin la nécessité de programmer régulièrement de grands ballets classiques quand l’on constate des imperfections dans le corps de ballet de l’une des plus grandes compagnies académiques du monde.

Crédits photographiques : © Svetlana Loboff/ONP

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