Der Ferne Klang de Schreker retrouve Francfort

La Scène, Opéra, Opéras

Frankfurt. Oper Frankfurt. 28-IV-2019. Franz Schreker (1878-1934) : Der Ferne Klang, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Damiano Michieletto. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Klaus Bruns. Lumières : Alessandro Carletti. Vidéos : Roland Horvath, Carmen Zimmermann. Dramaturgie : Norbert Abels. Avec : Jennifer Holloway, Grete Graumann ; Ian Koziara, Fritz ; Anthony Robin Schneider, Propriétaire de l’auberge « Zum Schwan » ; Iurii Samoilov, Un acteur ; Magnús Baldvinsson, le vieux Graumann ; Barbara Zechmeister, sa femme ; Dietrich Volle, Dr. Vigelius ; Nadine Secunde, Une vieille femme ; Julia Dawson, Mizi ; Bianca Andrew, Milli/La serveuse ; Julia Moorman, Mary ; Kelsey Lauritano, Une Espagnole ; Gordon Bintner, le Comte ; Iain MacNeil, Baron ; Theo Lebow, Chevalier/Choriste ; Sebastian Geyer, Rudolf ; Hans-Jürgen Lazar, Un individu douteux ; Anatolii Suprun, Un policier/Un serviteur ; Steffie Sehling, Alte Grete ; Martin Georgi, Alter Fritz. Chor und Statisterie der Oper Frankfurt (chef de chœur : Tilman Michael). Frankfurter Opern- und Museumsorchester, direction musicale : Sebastian Weigle

Créé triomphalement en 1912 à l’Oper Frankfurt, Der Ferne Klang de retrouve la scène de Hesse dans une production onirique de centrée sur la vieillesse, avec pour atouts principaux la Grete de et la direction de .

À mesure que le temps passe, les opéras de Schreker retrouvent une place sur les scènes du monde, à l’instar de Die Gezeichneten repris ces dernières années à Salzbourg, Cologne, Lyon, Munich, Berlin ou Zurich, à chaque fois dans des productions différentes, ou d’Irrelohe joué l’année prochaine à Lyon. Der Ferne Klang sera lui donné la saison prochaine à Stockholm dans une nouvelle production de Christoph Loy et a trouvé un théâtre français en 2012 grâce à la production de Braunschweig à l’Opéra du Rhin. Mieux servi en Allemagne, l’opéra avait connu deux premières décennies triomphales, avec des reprises dès 1914 de Bruno Walter, Otto Klemperer ou Erich Kleiber, avant d’être interdit par les Nazis, puis de sombrer dans l’oubli jusqu’à la remise en avant de l’œuvre par Gérard Mortier, en 1988 à Bruxelles.

L’ouvrage retrouve donc aujourd’hui la ville dans laquelle il a été créé cent neuf ans plus tôt, avec une production de nécessairement onirique pour accompagner cette musique, en même temps que focalisée sur l’un des thèmes favoris du metteur en scène : la vieillesse. La vielle dame du début de l’opéra, très belle , trop peu utilisée aujourd’hui, sauve Grete pour lui promettre une grande vie. Grete fuit alors son père alcoolique, Magnús Baldvinsson puissant par la projection et noir par le timbre et le jeu, et laisse également sa femme, , également bien en voix.

Elle est amoureuse de Fritz, aujourd’hui tenu par le ténor Ian Koziara, dynamique et particulièrement préparé pour porter son grand air et sa détresse au final, sans avoir véritablement trouvé le « son lointain » (der ferne Klang) qu’il recherchait. Le reste de la distribution mérite les mêmes éloges, à commencer par le Comte de , intéressant dans la couleur et les variations du médium, et le premier choriste agité de , également chevalier dans la soirée. La place prédominante revient cependant à Grete Graumann, ici superbement tenue par , encore remarquée cette saison en Sieglinde, superbe de splendeur dans les harmoniques, avec une réussite toute particulière de son air de désespoir à l’acte I.


La scène aide à faire vivre les personnages, avec un jeu d’acteur précis pour accompagner la proposition de Damiano Michieletto, dans des costumes de Klaus Bruns et des décors irréels de , assistés par les lumières moirées d’Alessandro Carletti et les vidéos de Roland Horvath et Carmen Zimmermann. Des rideaux blancs viennent régulièrement troubler les images afin de ne jamais ancrer l’action dans un lieu tangible, et dès le premier acte, de nombreux objets pendent à l’envers accrochés à un fil, tables et chaises retrouvées au sol au dernier acte, derrière les deux principaux protagonistes, comme dans une maison de repos. À l’acte II descend une harpe du plafond, l’objet magique par excellence, celui dont l’opéra de Fritz porte le nom, puis à la dernière scène, de nombreux instruments tombent du ciel, une façon d’imager un son lointain, idéalisé autant qu’inaccessible.

La musique de Schreker se montre moins mature pour cet opéra que celle de Die Gezeichneten, mais elle possède déjà tout l’univers rêveur du compositeur, dans la continuité de Zemlinsky, à côté de celle de Korngold, deux compositeurs également de plus en plus présent dans les programmes aujourd’hui. Elle profite à Francfort du chœur parfaitement préparé par Michael Tilman, notamment pour la partie chez le comte, ainsi que du . La direction de gère les équilibres en même temps qu’elle suit tout le drame par d’amples nappes de cordes, et fait ressortir à l’occasion certains instruments, dont les percussions en fin d’acte II et régulièrement les deux harpes. Le spectacle très applaudi laisse espérer que le très dynamique Oper Frankfurt s’attèle prochainement aux ouvrages lyriques encore plus rares du compositeurs, tels Das Spielwerk und die Prinzessin et Der Schmied von Gent.

Crédit photographique : © Barbara Aumüller

 

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  • Denis Forest

    Merci pour ce compte-rendu. Un DVD, un jour, de cette production?

    • Vincent Guillemin

      Bonjour Monsieur
      Après renseignement, un CD chez Oehms est bien prévu, mais pas de DVD pour le moment.

      J’espère que nous pourrons couvrir Krol Roger en juin, car l’Oper Frankfurt, comme le démontre encore sa nouvelle programmation présentée aujourd’hui, est clairement l’une des salles les plus intéressantes en termes de dynamique des œuvres et de qualité globale, scénique comme musicale.

      • Denis Forest

        Bonsoir Monsieur,

        Merci pour votre réponse.

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