La fiancée vendue, comédie de David Bösch à Munich

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 19-VII-2019. Bedřich Smetana (1824-1884) : La fiancée vendue, opéra sur un livret de Karel Sabina traduit en allemand par Max Kalbeck. Mise en scène : David Bösch ; décors : Patrick Bannwart ; costumes : Falko Herold. Avec : Oliver Zwarg (Kruschina) ; Helena Zubanovich (Kathinka) ; Selene Zanetti (Marie) ; Levente Páll (Micha) ; Irmgard Vilsmaier (Agnes) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Wenzel ; Pavol Breslik (Hans) ; Günther Groissböck (Kezal) ; Ulrich Reß (Springer) ; Anna El-Khashem (Esmeralda) ; Oğulcan Yilmaz (Muff). Chœur de l’Opéra de Bavière ; Bayerisches Staatsorchester ; direction : Wolf-Michael Storz

5M1A0407C’est d’abord grâce à sa mise en scène que la soirée tient, avec une distribution très honorable mais plombée par la fosse.

La fiancée vendue de n’est certainement pas la plus drôle ni la plus émouvante des comédies lyriques, et il lui faut bien le soutien d’un metteur en scène ambitieux pour donner des contours à ses personnages. n’est pas l’homme des grands concepts, mais il s’entend mieux que personne à donner une humanité chaleureuse et touchante aux êtres de papier que l’opéra met souvent sur scène. Ici, point d’idylle rurale : la campagne qu’il nous fait voir a tout le prosaïsme utilitaire que les urbains n’aiment pas y voir ; le spectaculaire décor construit par Patrick Bannwart est occupé pour l’essentiel par un gigantesque tas de fumier, amplification comique de ce qu’on pouvait encore voir dans nos campagnes il n’y a pas si longtemps. Nulle caricature ici : Bösch ne masque rien de ce monde, odeurs comprises (mais sans projection olfactive vers la salle, fort heureusement), mais la tendresse de son regard est tout ce qui fait le prix de son travail, qui donne une personnalité au moindre choriste.

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Marie est une solide fille de la campagne, qui conduit le tracteur et ne fait pas la fière avec ses pairs ; , membre de la troupe de l’Opéra de Bavière, joue avec conviction et finesse, et on s’attache vite à son personnage, celui construit par restant plus convenu – mais la voix de ce dernier est beaucoup plus percutante, ou en tout cas passe mieux les obstacles de la fosse qui, on le verra, pèsent beaucoup sur l’appréciation de la soirée. Wenzel, autrement dit Vašek dans l’original, est chanté par , moins de dix jours après son dernier Hérode de Salome : flanqué de son cochon Willi, il campe un rêveur certes pataud, mais aussi sensible et bon garçon. Pas plus qu’en Hérode il ne se laisse aller à la caricature, et c’est tout à fait dans l’esprit de la mise en scène que de privilégier la vérité intime plutôt que l’effet comique. Bösch réussit aussi admirablement le contraste entre les deux couples parentaux, les petites gens du village (parents de Marie) et les grands bourgeois guindés (parents de Wenzel). Les deux pères sont en grande voix, ce qui ne nuit pas. Avec un trio irrésistible de comédiens et un Kezal très en verve en la personne de Günter Groissböck, la part comique du spectacle complète un tableau qui pourrait être très réussi.

Hélas, la représentation est plombée par un nouveau remplacement, après celui subi quelques jours plus tôt dans Otello. Cette fois c’est la fosse qui est touchée, Tomáš Hanus étant remplacé par un des chefs de chant de l’Opéra : la tâche était sans doute hors de portée. En première partie surtout, après une ouverture bousculée au-delà du vraisemblable, l’orchestre empêche d’entendre le chœur et souvent les solistes. La musique de Smetana n’est pas à son avantage quand il faut reconstituer en permanence tout ce qu’on ne peut pas en entendre.

Crédits photographiques © Wilfried Hösl

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