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Intégrale des symphonies de Beethoven par Jukka-Pekka Saraste et le WDR de Cologne

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des 9 symphonies. Laura Aikin, soprano. Ingeborg Danz, alto. Maximilian Schmitt, tenor. Tareq Nazmi, basse. WDR Rundfunckchor. NDR Chor. WDR Sinfonieorchester Köln : direction: Jukka-Pekka Saraste. 5 CD Profil. Enregistrés live en novembre 2017 et mars 2018 à la Philharmonie de Cologne. Notice bilingue anglais-allemand. Durée : 5h 44

 

0881488180664-0600px-001L’intégrale du corpus symphonique beethovénien marque la fin du mandat de à la tête du WDR Sinfonieorchester de Cologne.

De belle facture, haute en couleur, mais manquant de caractère spécifique, elle s’ajoute encore aux quelques 180 intégrales antérieures déjà recensées, sans pouvoir pénétrer dans le cercle restreint des « grands anciens » dans lignée de Furtwängler, ou des interprétations plus récentes « historiquement informées » défendues notamment par Harnoncourt.

Véritable épreuve initiatique à laquelle tout grand chef (ou prétendu tel…) ne saurait se soustraire (certains y revenant plusieurs fois…) l’intégrale des symphonies de Beethoven fascine depuis toujours. n’échappe pas à ce sortilège en publiant cette interprétation qui emprunte de façon assez judicieuse une troisième voie entre tradition et modernité, entre vision romantique et lecture baroquisante, associant des tempi rapides, des appuis marqués, une utilisation copieuse des timbales qui paraissent souvent trop mates, une lisibilité et une précision rythmique inébranlables, excluant tout rubato et n’autorisant qu’un vibrato minimum. Reste que cette vision s’appuie encore sur un corps sonore dense où manque souvent l’émotion, entachée d’une certaine platitude malgré une superbe prestation de la phalange allemande, habituée de longue date de ce répertoire initié sous la baguette d’.

La Symphonie n° 1 fait plutôt bonne figure et témoigne de son influence haydnienne par sa simplicité lumineuse, sa progression pleine d’allant où le cantabile du I le dispute à l’allegria du IV. Les timbales, très présentes, en revanche, manquent d’éclat et alourdissent quelque peu le discours dans le II et III. La Symphonie n° 3 « Héroïque » bénéficie également d’une bonne dynamique avec de beaux crescendos, des accents très marqués, des cordes virevoltantes, sur un phrasé clair et bien nuancé dans le I. La Marche funèbre fait forte impression au début, pour devenir rapidement déliquescente par défaut de drame et de tension.

La Symphonie n° 2 vaut surtout par son interprétation globale qui sonne très beethovénienne. Saraste se plait à creuser les différences avec sa consœur précédente, et à souligner les signes annonciateurs du Beethoven ultérieur. Les mouvements I et IV sont assurément les plus réussis par leur phrasé contrasté, par leur dynamique et leur tension, auxquelles s’ajoutent de beaux effets d’urgence et d’attente inquiète, comme une réminiscence d’Heiligenstadt. Les performances solistiques sont notables avec une magnifique petite harmonie et de superbes timbales. En revanche, la Symphonie n° 6 « Pastorale » parait interminable par son manque de relief. Là encore seules les interventions individuelles des vents maintiennent un peu l’intérêt. Pour le reste la lecture du chef finlandais se confine dans une sérénité facile, voire caricaturale où seul l’expressionnisme de la Tempête nous sauve de l’ennui.

La Symphonie n° 7 semble, hélas, vue par le petit bout de la lorgnette, Saraste s’intéressant plus aux détails de la partition qu’à la vue globale de l’œuvre, d’où une impression de fragmentation et de confusion dans le I, majorée par des ruptures rythmiques surprenantes dans le III. En revanche, le II séduit par sa limpidité, par la beauté de sa ligne mélodique et l’expression des contrechants, tandis que le IV fait preuve d’une dynamique d’inspiration dionysiaque de bon aloi. A contrario, sans être captivante, la Symphonie n° 8 se démarque de la précédente par son unité, son homogénéité vive, gracieuse, élégante et équilibrée.

La Symphonie n° 4 répond par une accablante platitude aux aspirations d’un Beethoven amoureux de la comtesse Thérèse de Brunswick. Le I, par ses nuances trop marquées, entame une gaieté qu’on aurait souhaitée plus explosive, le II manque de volupté, le III n’est pas assez incisif, seul le IV sauve un peu la mise par sa légèreté insouciante. Contre toute attente, la Symphonie n° 5 en revanche, n’appelle aucune réserve, convaincante de bout en bout par ses saisissants crescendos et par son phrasé très nuancé qui jamais n’entame la continuité ou la tension du discours, alliant la force éclatante des timbales et la délicatesse des bois.

La Symphonie n° 9 très compacte, admirablement conduite pourrait bénéficier des mêmes éloges si le quatuor de solistes ne venait définitivement écorner cette interprétation orchestrale de haute volée, concluant sur une note malheureuse une intégrale, comme souvent assez inégale, dont la principale critique est de ne surprendre jamais. Plus superflue qu’indispensable, à réserver aux admirateurs inconditionnels du chef finlandais…

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des 9 symphonies. Laura Aikin, soprano. Ingeborg Danz, alto. Maximilian Schmitt, tenor. Tareq Nazmi, basse. WDR Rundfunckchor. NDR Chor. WDR Sinfonieorchester Köln : direction: Jukka-Pekka Saraste. 5 CD Profil. Enregistrés live en novembre 2017 et mars 2018 à la Philharmonie de Cologne. Notice bilingue anglais-allemand. Durée : 5h 44

 
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  • Michel LONCIN

     » … excluant tout rubato et n’autorisant qu’un vibrato minimum » … Pour moi, TOUT est dit … DONC … à jeter !!! « Marre » de ces « baroquiseurs » s’imaginant – si j’ose dire ! – que Beethoven est né en … « 1670 » … UN siècle avant 1770 !!! Ce qui sépare Beethoven des « classiques » viennois (et des « baroques » finissant style « Sturm und Drang »), c’est la RUPTURE de « 1789 » !!!

    • Denis Forest

      Quel est l’intérêt de commenter négativement un enregistrement qu’on n’a pas soi-même écouté sur la base de quelques formules glanées dans une recension. Et ce, dans l’ignorance du style, du répertoire et de la personnalité du chef incriminé, qui n’a rien par ailleurs d’un « baroqueux ».

      • Michel LONCIN

        Il n’y a pas que Saraste à « baroquiser » Beethoven (même s’il n’est pas « baroqueux ») … Ainsi, entre autres, de Rattle … Zinman … Paavo Järvi … Nézet-Séguin … C’EST la « règle » (devrais-je dire la « mode » … le « dogme » ?) actuelle et il n’y a guère que les « anciens » à y déroger (ainsi, par exemple, de Barenboïm) !!!

        • Denis Forest

          C’est bien ce que je disais, vous ne connaissez pas cet enregistrement, vous ne connaissez pas ce chef, mais vous tenez à prendre prétexte de l’article pour exprimer une opinion générale – qui n’en devient pas plus intéressante qu’elle n’est avec des points d’exclamation et des majuscules.

          • Michel LONCIN

            « C’est bien ce que vous disiez … je ne connais pas cet enregistrement », écrivez-vous … ? Désolé d’avoir à vous contredire : je ne connais peut-être pas « CET » enregistrement mais je « connais » le « style » baroquiseur de Saraste … par la « grâce » du concert du 17 novembre 2017 que « Musique 3″, la chaîne musicale de la RTBF a retransmis en différé », le dimanche 31 mars de cette année 2019, concert au cours duquel j’ai pu entendre les 1ère, 4ème et 5ème symphonies … Ce n’est peut-être pas le présent « enregistrement » mais c’est tout à fait la … « manière » de Saraste telle que décrite dans le présent article. Personnellement, je mentionnerai des bois solistes aussi glacés que la Laponie en plein hiver (le non vibrato des cordes, dans la « pensée » de Saraste, s’étend donc à la petite harmonie et un timbalier maniant ses baguettes comme des marteaux piqueurs (tout particulièrement dans la 5ème pour lequel le présent article n’a pourtant que des éloges et, à la fin de laquelle, maints sifflets se sont faits entendre parmi les applaudissements …) !!!
            Je n’ose imaginer ce que Saraste réserve comme « surprises » dans les symphonies authentiquement pré romantiques (3ème, 6ème, 7ème) … Quant à la 9ème … j’imagine qu’il fait de « l’Adagio molto e cantabile » un « remake » baroque d’une cantate de Bach … après que le timbalier ait battu des records de « décibels » dans le Scherzo … « Désolé » mais je préfère mes « vieux » Furtwängler ou Karajan (dont l’absence des « reprises » est regrettable) ou Bernstein et Barenboïm …

          • Denis Forest

            L’enquête progresse un petit peu, donc.

            Vous avez bien sûr le droit de préférer Furtwängler à d’autres interprètes. Pour le reste il y a deux points qui devraient faire consensus. Le premier est qu’il y a 70 ans comme aujourd’hui, de fait, il n’y a jamais eu une seule façon d’interpréter Beethoven. Le second est qu’il n’y a pas non plus une seule façon qui soit la bonne, et à l’époque de Furtwängler des chefs comme Hermann Scherchen faisaient tout autre chose avec des tempos beaucoup plus rapides et moins de vibrato et c’était passionnant aussi. Alors il y a une bonne chance pour qu’aujourd’hui également il n’y ait pas une seule façon de bien jouer Beethoven, qu’il y ait du meilleur et du pire dans chaque école, et que le manichéisme ne nous fasse pas beaucoup avancer.

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