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À Liège, splendide évocation semi-scénique du romantisme opératique à la française

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. « Hamlet et le romantisme à la française ». Ambroise Thomas (1811-1896) : « Hamlet », extraits des actes I, III et IV. Jules Massenet (1842-1912), « Werther » , extraits des actes I et III ; Georges Bizet (1838-1875) , »Les pêcheurs de perles », extraits des actes I et III. Adolphe Adam (1803-1856) : « le Toréador », trio extrait de l’acte I. Jodie Devos, soprano ; Lionel Lhote, baryton-basse ; Marc Laho, ténor. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Guillaume Tourniaire, direction
Concert sans public diffusé sur le site de l’ORW

L’Opéra Royal de Wallonie à Liège offre un programme qui juxtapose une importante sélection du Hamlet d’ avec quelques extraits célèbres du Werther de Massenet ou des Pécheurs de perles de Bizet.

Fin octobre dernier, l’opéra mosan s’apprêtait à donner pour la première fois à Liège, le Hamlet d’ dans la mise en scène de Cyril Teste. Cette production annoncée somptueuse était très attendue, sept ans après la sulfureuse, noire et contestable mise en scène d’Olivier Py à La Monnaie. Las, avec cette seconde vague de la pandémie, les représentations étaient annulées. Le chef français Guillaume Tourniare qui devait en assurer la direction musicale, retrouve le plateau pour une sélection de morceaux choisis d’une quarantaine de minutes donnés en version semi-scénique, avec les deux principaux protagonistes en Ophélie, et en Hamlet, engagés à l’automne dernier.

Hamlet, connut un immense succès à l’ancien opéra Le Peletier de Paris en 1868. Le livret prend pas mal de libertés avec l’original shakespearien, et l’œuvre se situe malgré les mises à jour de son langage, esthétiquement dans le sillage de l’opéra historique français à grand spectacle hérité de la première moitié du XIXᵉ siècle. Le statut de compositeur officiel sous le second empire de Thomas lui valurent de solides inimitiés et bien des remarques acrimonieuses. L’œuvre tomba – en dehors de quelques extraits – en désuétude. Avec le recul cela apparaît comme assez injuste, car si elle sacrifie à certains poncifs du genre, elle n’en demeure pas moins d’une invention mélodique souvent inspirée et d’une indéniable efficacité dramatique comme par exemple lors de la scène de la mort d’Ophélie.

, spécialisé dans le répertoire lyrique français de cette époque, cisèle, malgré une battue peu orthodoxe, la partition par l’éclairage de mille nuances et détails, avec une hédoniste et captivante gourmandise, une science éprouvée des plans sonores et un grand sens des contrastes dramatiques, à la tête d’une phalange locale pleinement dans son élément, séduisante tant par la cohésion de ses pupitres de cordes que par les nombreuses et délicates interventions solistes ; on applaudit à cet éclat retrouvé après un récent concert symphonique bien moins convaincant sous la baguette de Paolo Arrivabeni.

La sélection du jour reprend, outre le prélude et les entractes des troisième et quatrième actes, le récitatif et duo entre Hamlet et Ophélie au premier acte «Vains regrets » la Chanson bachique et le monologue « Être ou ne pas être » chanté par le rôle-titre avant de conclure par la poignante scène de folie d’Ophélie déjà évoquée. , en forme vocalement, donne une imposante mais psychologiquement nuancée composition d’Hamlet, d’une mâle affirmation dans le duo initial, d’une incroyable et animale conviction dans les couplets bachiques, mais aussi en proie à un doute fatal dans son monologue « Être ou ne pas être » . lui offre dès le duo initial une réplique d’une souveraine candeur, d’une aérienne vocalité et d’une subtile plénitude vocale, mais elle campe dans la longue scène qui clôture cette sélection, une Ophélie prise aux affres du désespoir de la folie et de l’abandon, touchante d’émotion contenue et d’insondable et mortifère tristesse.

Pour compléter ce panorama du romantisme opératique français, l’Opéra Royal de Wallonie propose quelques extraits du Werther de Massenet et des Pêcheurs de perles de Bizet. Occasion rare de retrouver le ténor au timbre splendide, mordoré et homogène, à la diction raffinée, à la réelle implication dramatique ( Pourquoi me réveiller… ») , même si, ça et là, la justesse est parfois prise un peu en défaut dans l’aigu de la tessiture (en particulier dans « Je ne sais si je veille, …o Nature… « ). Jodie Devos en Sophie, et Lionel Lhote en bailli lui offrent une réplique parfaite dans le court trio du premier acte.

Le célèbre duo « Au fond du temple saint » de l’opéra de Bizet permet de retrouver nos deux solistes masculins dans une joute vocale et dramatique parfaite, tant par sa mise en place, que par son intensité théâtrale. Lionel Lhote donne en outre un très menaçant et vengeur portrait de Zurga dans son récitatif et air du troisième acte « L’orage s’est calmé « .

Pour ponctuer la prestation de manière plus légère et ludique, notre trio de solistes a choisi le facétieux trio sur « Ah vous dirais-je maman » extrait du Toréador, court intermède sans prétention en deux actes d’Adolphe Adam. Cette aimable pochade reprenant la géométrie de l’habituel trio amoureux vaudevillesque mari-femme-amant est irrésistible de drôlerie et permet aux artistes de prendre congé de manière souriante et divertissante, après ces diverses évocations des tourments et des replis les plus sombres de l’âme humaine.

Crédits photographiques : © Opéra Royal de Wallonie-Liège

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. « Hamlet et le romantisme à la française ». Ambroise Thomas (1811-1896) : « Hamlet », extraits des actes I, III et IV. Jules Massenet (1842-1912), « Werther » , extraits des actes I et III ; Georges Bizet (1838-1875) , »Les pêcheurs de perles », extraits des actes I et III. Adolphe Adam (1803-1856) : « le Toréador », trio extrait de l’acte I. Jodie Devos, soprano ; Lionel Lhote, baryton-basse ; Marc Laho, ténor. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Guillaume Tourniaire, direction
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