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Bernard Haitink, artiste lucide et charismatique

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Le très grand chef d’orchestre néerlandais vient de disparaître à l’âge de 92 ans. Il y a deux ans seulement, il se retirait de la scène, faisant ses adieux à Berlin comme à Salzbourg.

commence sa carrière comme violoniste (Netherlands Radio Philharmonic) puis se tourne vers la direction d’orchestre, étudiant auprès de Ferdinand Leitner. Remplaçant à la dernière minute Carlo Maria Giulini à la tête de l’ d’Amsterdam en novembre 1956, il est réinvité par la suite par l’orchestre comme chef invité. À la mort de Eduard van Beinum, il est nommé premier chef invité (1959) puis conjointement avec son ainé Eugen Jochum directeur musical de la prestigieuse formation (1961). À la suite du retrait de Jochum en 1963, Haitink dirige seul l’orchestre jusqu’en 1988. Parallèlement, il devient directeur musical à Londres (London Philharmonic Orchestra) entre 1967 et 1979, mais aussi au Festival de Glyndebourne (1978-1988) et au Royal Opera House de Covent Garden (1987-2002). Il occupe le poste de premier chef invité du Boston Symphony Orchestra (1995-2004) tout en dirigeant pendant une courte période la Staatskapelle de Dresde (2002-2004).

Haitink sur la scène…

Depuis cette époque, il est chef invité aux quatre coins du monde, selon son état de santé. Sa direction, fougueuse dans sa jeunesse, est devenue avec l’âge et l’expérience beaucoup moins démonstrative, parfois même marmoréenne, mais tout aussi rigoureuse, intègre, humble face à la partition. Le chef est doté d’un charisme, d’un magnétisme qui force l’admiration au concert que ce soit devant les grandes phalanges américaines, le London Symphony Orchestra, le London Philharmonic Orchestra, les Wiener Philharmoniker, les Berliner Philharmoniker, le Chamber Orchestra of Europe, l’, l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise et même l’Orchestre National de France ! Ses prestations sont qualifiées par la critique d’inoubliables (Ein deutsches Requiem de Brahms), souveraines (l’Inachevée de Schubert), chambristes (les Symphonies n° 2, n° 3, n° 5 et n° 8 de Beethoven) ou encore inégalables (Schumann et Beethoven). Tout au long de sa carrière de chef, son style subjugue tant par la perfection technique, le respect du style et de la partition, la cohérence narrative, la maîtrise architecturale, l’ampleur du phrasé et la clarté des textures que par son lyrisme et le refus du pathos. Puissantes et solides, elles n’impressionnent pas moins par la consistance du timbre, témoignant également d’une certaine réserve voire d’une ascèse, notamment dans les dernières années de son activité artistique. Haitink comme peu de ses collègues trouve le juste milieu entre poésie et virtuosité, simplicité et splendeur, ombre et lumière.

… et au disque

Bernard Haitink a énormément enregistré depuis les années 1960, de la musique symphonique, concertante et lyrique, tout particulièrement chez Philips puis Decca. Son legs discographique englobe environ 450 albums. Ses intégrales des symphonies de Johannes Brahms, Anton Bruckner, Gustav Mahler et Dimitri Chostakovitch comptent, dès leur parution, parmi les références du répertoire. Quelques œuvres furent remises par Haitink plus d’une fois sur le métier, et ce, parfois avec fruit, par exemple les symphonies de Brahms, d’autres fois sans succès (celles de Beethoven). Parmi les CD publiés en dehors de Philips, on retient ceux primés par la clef du mois ResMusica, dévolus à la musique d’Elgar et Britten (LPO), Richard Strauss (LSO Live), Bruckner (BR Klassik) et Haydn / Beethoven / Bruckner / Mahler (toujours BR Klassik). On doit également à Haitink chez EMI une belle intégrale à Londres des symphonies de Ralph Vaughan Williams et des opéras de Wolfgang Amadeus Mozart.

Haitink accompagnateur

Bernard Haitink est aussi un excellent accompagnateur. On n’oubliera jamais l’interprétation du Concerto pour piano et orchestre n° 2 de Beethoven qu’il donna sur le vif avec Maria João Pires, tous les deux faisant ressortir la motorique et la logique de cette pièce, ni d’ailleurs la lecture du Concerto pour piano n° 3 du même compositeur, présentée aux côtés de Mitsuko Uchida. Au disque, il coopère avec les plus grands interprètes, comme Claudio Arrau, Alfred Brendel, Henryk Szeryng, Itzhak Perlman ou Mstislav Rostropovitch, pour ne citer que ces quelques noms. L’exécution du Concerto pour violon et violoncelle de Brahms assurée en compagnie de ces deux derniers musiciens compte parmi les plus électrisantes, avec toute sa noblesse, son raffinement, son charme, mais aussi sa bravoure.

Nul doute que Bernard Haitink figure parmi les plus importants chefs d’orchestre du XXe siècle. Avec son décès, une époque se termine. Nous nous souviendrons de lui comme d’un artiste unique et authentique, sensible et complet, lucide et charismatique.

Crédit photographique : Bernard Haitink © Todd Rosenberg

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