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Mikhaïl Bouzine : son premier CD

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Snoop Dogg (né en 1971) : You Betta Ask Somebody. Rued Langgaard (1893-1952 ?) : Le Béguinage. Christophe Bertrand (1981-2010) : Haïku. Arthur Lourié (1892-1966) : A Phoenix Park Nocturne. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Klavierstück VIII. Dmitri Kabalevski (1904-1987) : Clowns. Iannis Xenakis (1922-2001) : Evryali. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : La Stahl. Cornelius Cardew (1936-1981) : The Croppy Boy ; Three Winter Potatoes. Gioachino Rossini (1792-1868) : Mon prélude hygiénique du matin. Igor Terentyev (1892-1937) : V vostorge ot moyego pocherka. Clara Schumann (1819-1896) : Prélude et fugue en fa dièse mineur. John Cage (1912-1992) : 0’00 ». Mikhaïl Bouzine, piano. 1 CD B Records. Enregistré en public au Théâtre d’Orléans le 12 mai 2021. Texte en français et anglais. Durée : 79:00

 

Les quatorze titres de ce CD réservent bien des surprises voire des coups de théâtre ! La compilation aussi riche que bigarrée de pièces pour piano (et autres) est l’œuvre du jeune pianiste et compositeur , lauréat 2020 du Concours International de Piano d’Orléans qui grave, ici, son premier CD.

La trajectoire se veut « opératique », en quatre actes, avec prologue et épilogue ! dit avoir construit son programme autour du triptyque Three Winter Potatoes de l’Anglais (acte 3), compositeur de l’avant-garde des années 1960 dont la liberté de ton et de forme a séduit le pianiste : musique de gestes dûment articulée à laquelle l’interprète, par-delà le morcellement de l’écriture, confère une aura poétique et méditative d’une belle profondeur. Côté raretés, Le Béguinage (1949) du Danois s’avère d’un intérêt inégal. Sorte d’art brut à haut voltage, la musique étrange et inclassable des cinq mouvements traverse toute une gamme d’affects et embrasse divers types d’écriture sans que l’on perçoive vraiment une ligne directive. Elle met à contribution l’énergie du pianiste et la plénitude sonore d’un piano plutôt robuste et un rien tapageur qui, fort heureusement, n’affecte pas les œuvres suivantes. Virtuose est la manière dont l’interprète enchâsse le Klavierstück VIII (1’41) de entre la page un rien fantastique de A Phoenix Park Nocturne (1938) du Russe et la « pochade » de Dimitri Kabalevsky (Clowns). L’acte 1 se referme avec Evryali (1973) de , une des plus belles plages de cet album où se conjuguent l’aisance virtuose du pianiste, la variété de son toucher et le nuancier des dynamiques (des pppp stupéfiants) qui enchantent l’écoute.

Mikhaïl Bouzine dit avoir préparé le piano (une bande de scotch collée sur les cordes) pour jouer La Stahl (1765) de dont il soigne tout à la fois l’articulation et les effets de résonance afin d’approcher les sonorités du clavier d’époque. Rappelons qu’il a également étudié le clavecin et que l’univers baroque lui est familier. C’est d’ailleurs un Prélude et Fugue (et non une Romance) de qu’il joue à l’acte 4, avec la détermination d’un Glenn Gould, débutant la fugue en notes détachées dans un tempo particulièrement lent et une certaine austérité délibérément observée. Plus démonstratif que didactique, Mon prélude hygiénique du matin du truculent Gioachino Rossini fait le baisser de rideau de l’acte 2. Pleine de charme et de séduction sous les doigts du pianiste, la pièce s’enrichit d’effets belcantistes et autres « tours de gosier » dignes d’un finale opératique.

Haïku (2008) du regretté , est la pièce la plus récente de l’album et sans aucun doute le plus beau piano qui nous est offert dans cet enregistrement où opèrent l’émotion du son et l’intelligence du texte : un bijou dont Mikhaïl Bouzine cisèle les contours et avive l’éclat et la beauté sonore : en bref, l’équation parfaite de deux talents portés par l’énergie de la jeunesse.

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