Le magistral concerto d’Elgar de Christian Tetzlaff
Violoniste singulier, demeurant volontiers en marge des circuits internationaux, Christian Tetzlaff impressionne néanmoins à chacun de ces nouveaux disques par la réflexion qui préside à ses interprétations. Ce nouveau CD ne fait pas exception.
Moins populaire que son cadet pour violoncelle, le Concerto pour violon et orchestre d’Elgar, écrit pour Fritz Kreisler, est une oeuvre intimidante par ses vastes dimensions et son foisonnement thématique qui peut désorienter parfois ses auditeurs. Il faut lire le remarquable entretien de présentation avec Christian Teztlaff pour comprendre la façon dont il aborde cette grande page ; loin d’insister sur le monumentalisme du concerto, il choisit délibérément des tempos rapides (environ quarante-trois minutes au total), et met particulièrement en valeur le splendide deuxième thème du premier mouvement où il voit le portrait caché, à la façon des variations Enigma d’une belle amie du compositeur. Il est parfaitement suivi en cela par le chef John Storgårds à la tête d’un BBC Philharmonic dans son élément et qui sait alléger une pâte sonore trop souvent alourdie sous d’autres baguettes. L’oeuvre y trouve un élan et une jeunesse qui séduisent immédiatement. Dans une discographie abondante et riche en grandes versions contemporaines (Perlman, Znaider, Vilde Frang tout récemment) sans compter l’historique gravure du jeune Menuhin sous la houlette du compositeur lui-même en 1932, cette lecture inhabituelle s’impose parmi les meilleures par son originalité et l’émotion qu’elle suscite.
On salue également le couplage avec le plus bref mais très personnel concerto de Thomas Adès, prodige de la composition britannique. Trois mouvements composent cette page écrite en 2005, « Rings », « paths » (de très loin la plus développée) et « Rounds », envoûtante conclusion. Christian Tetzlaff se meut avec une aisance fascinante dans cette musique au lyrisme prenant et signe un superbe enregistrement.
La réunion de cette lecture magistrale et originale du concerto d’Elgar, pourtant bien connu, et celle du rare concerto d’Adès donnent un résultat qui ne manque pas d’impressionner.










