La vitesse de l’eau de Fabrice Lambert à Royaumont : entre révolte et constat
Fabrice Lambert propose une pièce résolument engagée face aux enjeux climatiques, dans le décors emplis de spiritualité de l’Abbaye de Royaumont. Une expérience bien singulière.
Sous la surface des océans, des courants invisibles régulent le climat de la Terre. Mais ces circulations se ralentissent. Leur équilibre complexe est perturbé par l’accélération des bouleversements climatiques et l’apport d’eau douce provenant de la fonte des glaciers.
Pour la pièce La vitesse de l’eau, trois danseuses incarnent ces flux marins. Elles entrent à pas glissés sur le carrelage de l’Abbaye dans un mouvement de flux continu. Les marches deviennent courses, les spirales s’entrelacent, les bras se lèvent et courbent les corps dans leur élan. Trajectoires, virages, accélérations, décélérations nous font entrer dans ce que l’océan possède d’invisibilité : la circulation des masses d’eau, tourbillon d’une vitalité inépuisable.
Mais les trajectoires se déstructurent, l’intensité augmente sous la force de la musique électronique de Patrick De Oliveira. Le spectateur réalise alors que le flot se ralentit. La performance des danseuses est de nous faire percevoir à la fois la puissance d’une vitalité inépuisable et la fragilité d’un cycle qui se ralentit. Ainsi, elles incarnent moins des vagues, comme le début de la chorégraphie peut laisser penser au travers de la répétition perpétuelle du ressac, que des forces, au sens physique du terme.
Les trois interprètes font preuve d’une endurance remarquable tout en incitant notre regard à se focaliser sur le détail d’un geste, la respiration d’une épaule, le relâché d’un buste ou la déstructuration d’une énergie. Sous la virtuosité, une touchante fragilité de dégage, sous la discours écologique, une expérience d’empathie nous est proposée. Fabrice Lambert déploie une capacité à traduire des constats scientifiques dans une chorégraphie très contemporaine, pleine d’énergie et de solennité.
Le spectacle s’achève sans que rien ne s’arrête vraiment : un dernier courant s’éteint dans la lumière, et le silence de l’Abbaye, légèrement troublé par la respiration des interprètes, ressemble soudain à celui d’un océan à bout de souffle.














