New York Philharmonic intense avec Dudamel dans Mahler
Pour le premier de ses deux soirs en France cette saison, le New York Philharmonic donne en première partie la courte création Imágenes Mestizas de Tania León, avant une 5ème Symphonie de Mahler d’une rare mais dangereuse intensité sous la direction de Gustavo Dudamel.
À 83 ans, la compositrice cubaine Tania León, émigrée à New York depuis 1967, n’imaginait pas ne pas être du voyage pour assister à la création européenne de sa dernière pièce, créée quelques jours plus tôt dans la ville américaine. D’à peine plus de dix minutes, cette composition justifie à elle seule une première partie de soirée, rallongée de presque dix minutes par les applaudissements nourris du public envers les musiciens, puis envers León elle-même.
En s’éveillant à partir des premières mesures d’une prière à Eleguá –divinité nigériane considérée comme un maître des carrefours – Imágenes Mestizas (Images métissées) trouve une texture mystique particulièrement bien traitée par les bois, puis dans les ruptures rythmiques et ajouts de matières inspirées de musiques populaires américaines, du jazz, ou même de la musique classique. La battue impeccable de Gustavo Dudamel permet un suivi très précis, même quand les vents semblent partir en free jazz, ou que les percussionnistes passent sur des djembé, doumbek et autre tam-tams pour ancrer les sonorités dans la terre.
Cette courte ouverture immédiatement suivie d’un entracte échauffe finalement bien les participants, audience comme orchestre, très disponibles ensuite pour une Symphonie n°5 de Gustav Mahler d’une rare intensité. Depuis ses débuts, Dudamel a toujours eu un affect particulier pour l’œuvre du compositeur, et c’est sans doute la 5ème qu’il maîtrise le mieux du corpus, enregistrée il y a déjà près de 20 ans avec le Simón Bolívar Youth Orchestra of Venezuela, puis dans une version officielle d’un live des Berliner Philharmoniker.
Mais à tant connaître la partition, le chef de 45 ans en rajoute aujourd’hui à chaque instant, au risque de rappeler à plusieurs moments un ancien directeur du New York Philharmonic, Leonard Bernstein. Comme ce chef, dont certains adulent et d’autres détestent les Mahler et notamment les enregistrements de la 5ème, surtout la dernière version avec les Wiener Philharmoniker, Gustavo Dudamel appuie parfois jusqu’à la vulgarité certaines intentions, pour en magnifier d’autres par une exceptionnelle intensité.
Globalement, il n’a jamais vraiment changé sa vision des tempi de la partition, qu’il tient toujours en un peu moins de 70 minutes, avec un Adagietto d’à peine dix minutes. Mais si l’on ne peut que profiter de la puissance de la trompette solo au début, puis du moment calme très bien travaillé ensuite avec les cordes (pas toujours toutes ensemble à soixante-cinq sur la scène de la Philharmonie, où on les voyait encore se préparer avec concentration à notre entrée en salle), le Rondo-finale propose trop en étant poussé dans chaque retranchement. Le résultat impressionne tout de même ; par rapport à d’autres propositions récentes bien trop marquées dans leurs éclairage, à l’image de celle de Tarmo Peltokoski la saison passée, celle-ci se montre bien mieux travaillée et beaucoup plus percutante. Mais s’il est vrai que Dudamel a une vision claire de cette partition, dont il démarque bien les trois parties plutôt que les cinq mouvements, avec de vraies pauses avant et après le Scherzo, et au contraire un lien entre les deux premiers et les deux derniers mouvements, cette façon de raconter et d’intensifier profite avant tout au mouvement médian, de surcroît porté par un excellent cor solo debout et au Stürmisch bewegt, racé et très bien tenu dans son énergique rythmique.
Particulièrement acclamés, les musiciens reçoivent une standing ovation, sans toutefois offrir de bis, sachant qu’ils jouaient de nouveau le lendemain, une autre création française, et une autre 5ème Symphonie, de Prokofiev cette fois.














Trop parfait, trop intense mais sans émotion, sans patine.
Un bon point : l’adagietto tenu, pas sirupeux comme parfois