Muette, monologue dansé de Boris Charmatz
En parallèle à son travail de chorégraphe, Boris Charmatz poursuit son itinéraire de danseur. Au travers de solos, il explore un langage différent. Dernière pièce en date de cet exercice, Muette. Un solo dans le silence, qui dit beaucoup.

L’exercice de mettre des mots sur ce spectacle relève en quelque sorte d’un paradoxe du critique ! Si Boris Charmatz a choisi de bâtir son solo non seulement sans mots, mais aussi sans musique, c’est bien pour proposer au public une autre façon de dire, de montrer, de raconter. Une danse muette, tant les mots manquent.
Comment faire comprendre des désordres intimes, face aux fracas du monde ? Comment faire sortir les émotions enfouies, voire les humeurs, de son propre corps ?
C’est à cette expérience qu’invite ce spectacle. Il n’est donc pas donné à tous les publics car il demande une démarche personnelle, voire intime pour entrer dans ce moment partagé. Mais une fois le contrat accepté, vous vivrez un moment fragile et assez unique.
Dans son précédent solo, Somnole, Boris Charmatz avait choisi de s’accompagner en sifflant. Cette fois, il se présente nu dans un silence total. Sur la poitrine et le ventre un immense cœur est tracé, une façon de signifier qu’il va chercher à l’intérieur de lui-même ses gestes et ses états. Presque exclusivement au centre du plateau vide, il raconte en corps face au public. Des gestes parfois torturés, proches de la folie ou d’un nouveau né, un grand nombre d’humeurs se dessinent sur son visage. La bouche ouverte ou tordue, le regard en l’air ou très droit vers les spectateurs, ses yeux semblent eux mêmes assister à son propos. Il est peu fréquent de convoquer les expressions du visage avec autant de force pour un danseur. L’exigence de visages neutres souvent adoptée dans les spectacles dansés vole ici en éclat.
Ces attitudes bien évidemment servent à l’expression d’un débat interne du chorégraphe. Il semble assez peu serein : gestes de défense, comme pour se débarrasser des fantômes qui l’environnent, mains posées sur la bouche, comme pour retenir un cri, ou lèvres pincées, comme pour marquer une timidité.
Les états d’âme défilent ainsi sur la peau du danseur. L’espace s’emplit de sa respiration. Respiration retenue puis prise d’air intense, le souffle trouve sa place dans la pièce.
Si la chorégraphie s’intitule Muette, elle devrait davantage se nommer discours sans parole.












