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Ballet royal de la nuit, or et magie à Dijon

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon. Opéra de Dijon. 02-XII-2017. Jean de Cambefort, Antoine Böesset, Louis Constantin, Michel Lambert, Francesco Cavalli, Luigi Rossi : Le ballet royal de la nuit sur un texte d’Isaac de Benserade. Mise en scène, chorégraphie et scénographie : Francesca Lattuada. Costumes : Francesca Lattuada, Olivier Charpentier et Bruno Fatalot. Maquillages, coiffures, perruques : Catherine Saint-Sever. Lumières : Christian Dubet. Avec : Violaine Le Chenadec, une heure, Cintia, une grâce française ; Caroline Weynants, Euridice, une grâce française ; Ilektra Platiopoulou, Giunone ; Caroline Dangin-Bardot, Vénus, Le silence, la suivante d’Endimion ; Judith Fa, Pasitea, Bellezza ; Lucile Richardot, La nuit, Venere ; Deborah Cachet, La lune, Dejanira, une grâce ; David Tricou, Apollo ; Davy Cornillot, L’aurore ; Etienne Bazola, Le sommeil ; Renaud Bres, Ercole ; Nicolas Brooymans, Grand sacrificateur. Danseur : Sean Patrick Mombruno. Jongleurs : Jive Faury, Thomas Ledoze et Yan Oliveri. Acrobates : Marianna Boldini, Pierre-Jean Bréaud, Adria Cordoncillo, Frédéric Escurat, Alexandre Fournier, Caroline Le Roy, Pierre Le Gouallec, Pablo Monedero de Andrès, Jordi Puigoriol, Michael Pallandre, Florian Sontowski, Chloé Tribollet. Ensemble Correspondances, direction : Sébastien Daucé.

Ballet royal_2Après les débuts de cette super production à Caen où l’ est en résidence, et quelques jours après les représentations à l’Opéra Royal de Versailles, c’est sur la vague du succès que et Sébastien Daucé font une dernière escale à Dijon pour présenter leur Ballet Royal de la Nuit.

Plus de 360 ans après les sept représentations qui en ont fait une œuvre des plus marquantes du règne du roi Soleil, l’image du roi  incarnant Apollon dans le fameux Ballet Royal de la Nuit est encore connue de tous, à l’hexagone comme à l’étranger. Étonnant quand on sait que ce ballet de cour n’a jamais été rejoué depuis 1653 ! Et pour cause : seul le livret avec quelques gravures de décors ainsi que les airs retrouvés dans un livre de Jean de Cambefort datant de 1655, et les copies de la partie de premier violon par Philidor à la fin du XVIIe siècle nous sont parvenus.

Recontextualiser ce Ballet Royal serait pourtant mal rendre compte du travail de la metteure en scène et du chef d’orchestre Sébastien Daucé tant ce spectacle correspond plus à une création à part entière qu’à une reconstitution qu’il aurait de toute façon été impossible de mener à bien, et cela même si la figure du roi et les symboliques propres à une période de l’histoire de France y sont omniprésentes.

Côté musique, Sébastien Daucé s’est inspiré de l’écriture à cinq parties à la française, fréquemment usitée à l’époque dans la musique de ballets, et d’exemples plus anciens du pasteur luthérien Michael Praetorius pour son travail titanesque de « réécriture ». Mais il a aussi juxtaposé le ballet français et l’opéra italien. Et alors que la musique de Cavalli (Ercole amante) s’insère sans heurt dans cette réalisation, l’Orfeo de Rossi, malgré les grandes forces musicales et lyriques de ces extraits, parait moins à propos. Malgré cela, la musique portée par l’ se révèle savamment diversifiée et somptueuse, la flamboyance de chaque pupitre étant mise en lumière tout comme l’homogénéité d’ensemble, d’une belle vivacité dans les danses. Sur scène, au milieu des circassiens et participant même aux acrobaties spectaculaires, le chœur démontre une cohésion sans faille, complétée par une belle distribution équilibrée concernant les solistes. Tout le monde est à sa place, même si le mezzo ténébreux et riche de enchante particulièrement comme la finesse de ses ornementations, alors que l’agilité et la délicatesse de la soprano , ainsi que la profondeur de la voix du charismatique marquent incontestablement les esprits.

Côté mise en scène, Francesca Lattuada choisit de recréer de toute pièce un univers sombre et enchanteur, construit autour de quatre veilles : La Nuit ou l’ordinaire de la Ville et de la campagne au coucher du soleil, Vénus ou le règne des Plaisirs, Hercule amoureux ou la figure du jeune roi face aux deux visages de l’amour, et Orphée ou l’amour transfiguré. Tel un rêve décousu où se brouillent les pensées et où toute logique y est bannie, un nombre foisonnant de tableaux s’enchaînent durant ces quatre heures de spectacle, aussi aboutis les uns que les autres. Et alors que cette profusion visuelle pourrait donner le tournis, la cohérence autant de l’univers que de l’atmosphère, transforme l’expérience en une succession de gourmandises délicieusement étranges que l’on ne se lasse pas de savourer.

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Il faut bien avouer que les admirables costumes qui se renouvellent sans discontinuer ne sont pas étrangers à la magie qui opère. Dès l’apparition de dans sa robe disproportionnée de la Nuit qui cache une marionnette à son effigie avec laquelle une chorégraphie est menée, l’effet visuel est total alors que le plateau n’est seulement agrémenté que d’un voile noir. Les robes audacieuses des trois grâces, le fouet lumineux de Protée, la féerie des lanterniers sur échasses, le cocasse lièvre lunaire, le kitch des acrobates coquettes… Le grotesque et la monstruosité deviennent sublimes, l’inventivité et l’humour sont permanents, et les limites sont pleinement dépassées. Résultat d’un rêve riche en imagination en somme ! Ce chaos nocturne retrouve son équilibre au lever du soleil, lorsque le charisme royal du corps athlétique du danseur fait son apparition, clôturant cette orgie artistique par un final en apothéose.

Crédits photographiques : © Philippe Delval

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