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Gloire à l’orchestre, dans Hérodiade à Marseille

La Scène, Opéra, Opéras

Marseille. Opéra. 25-III-2018. Jules Massenet (1842-1912) : Hérodiade, opéra en quatre actes et sept tableaux sur un livret de Paul Milliet et Henri Grémont. Mise en scène : Jean-Louis Pichon. Décors et costumes : Jérôme Bourdin. Lumières : Michel Theuil. Vidéo : Georges Flores. Chorégraphie : Laurence Fanon. Avec : Inva Mula, Salomé ; Béatrice Uria-Monzon, Hérodiade ; Bénédicte Roussenq, la babylonienne ; Florian Laconi, Jean ; Jean-François Lapointe, Hérode ; Nicolas Courjal, Phanuel ; Jean-Marie Delpas, Vitellius ; Antoine Garcin, le Grand Prêtre ; Christophe Berry, la voix du Temple. Chœur de l’Opéra de Marseille (chef des chœurs Emmanuel Trenque), Orchestre de l’Opéra de Marseille, direction : Victorien Vanoosten

IMG_8443 b photo Christian DRESSE 2018C’est devenu une sorte de tradition, l’Opéra de Marseille propose régulièrement des raretés de l’opéra français, dans une distribution léchée. Ne serait-ce quand dans les cinq dernières années, nous avons eu le privilège d’y entendre Cléopâtre, Les Troyens, Moïse et Pharaon, ou encore l’Aiglon ! Cette fois-ci, l’institution phocéenne nous offre la grandiose Hérodiade de Massenet.

Envoûtante partition que celle-ci, dernier feu d’un grand opéra moribond, qui allie pompe et sentimentalité, scènes de foule imposantes et moments d’amour-passion. Il fallait un jeune chef talentueux tel que Victorien Vanoosten, élève d’Abbado, qui part bientôt à Berlin assister Barenboim, pour lui donner toute sa dimension, et c’est une immense réussite. Il nous semble que jamais peut-être l’Orchestre de l’Opéra de Marseille n’a sonné aussi triomphant, aussi nuancé, capable de faire ressortir les moindres influences musicales voulues par le compositeur. Les chœurs, après quelques premiers instants d’hésitation, ne sont pas en reste. Tout au plus pourrait-on demander au chef un peu plus d’attention aux chanteurs, parfois noyés dans l’effervescence sonore, mais ce sont tous des interprètes aguerris, capables de se tirer de la moindre difficulté.

P1100245 photo Christian DRESSE 2018
Dans le rôle titre, dessine une femme encore jeune et belle, à la fois amoureuse, pétrie de remords et aveuglée par le ressentiment. Bien loin de la mégère uniformément haineuse, elle rend merveilleusement toutes les facettes d’un rôle plus sibyllin qu’il n’y parait. Et puis, quelle allure altière !

Son époux, le roi Hérode, est incarné par le formidable , qui lui aussi détaille un personnage complexe, veule, ambitieux, et titillé par le démon de midi. En plus d’une voix magnifique d’autorité et de présence, et bien que pour tous les protagonistes sans exception, la prononciation soit excellente, la diction est chez lui un art en soi, avec de jouissives liaisons, des « e » muets à peine esquissés, et des diphtongues d’un incroyable raffinement.

semble se tourner de plus en plus vers des rôles de fort ténor, équivalent français du spinto italien, espèce que l’on pensait plus ou moins disparue, et il en a les moyens : puissance vocale, aigus glorieux, brillance du timbre, tout est réuni pour en faire un prophète d’exception. Plus épisodique, mais non moins talentueux, est un Phanuel bien chantant, aux graves profonds et chauds, quasiment un luxe ! en Salomé, ne se situe pas sur les mêmes hauteurs, avec un timbre un peu brouillé et moins de puissance vocale que ses partenaires. Elle est quand même parfaitement crédible en vierge exaltée.

Du côté des seconds rôles, on saluera la très jolie esclave de Bénédicte Roussenq, tandis que le Vitellius de Jean-Marie Delpas semble bien falot. Grand prêtre et voix du Temple sans problèmes d’ et .

On est un peu déçue de la mise en scène minimaliste de , qu’on a connu en meilleure inspiration. Le décor sur les côtés est hérissé de javelots, avec en fond de scène des projections vidéo qui font irrésistiblement penser à des fonds d’écran d’ordinateurs. Il n’y a aucun autre accessoire. Les acteurs sont plus ou moins laissés à eux-mêmes, réduits aux habitudes de leur métier. Les costumes, dans des tons de beige et or, sont plutôt seyants, mis à part les casques à pointe des soldats romains, vraiment pas heureux. Les chorégraphies violentes de Laurence Fanon sont hors propos. Seules les lumières de Michel Theuil donnent un semblant de vie à l’ensemble. Au moins ce statisme ne détourne-t-il pas du plus important : la musique !

On attend avec grande impatience le prochain coup d’éclat de l’Opéra de Marseille.

Crédit photographique : © Christian Dresse

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