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Un Don Pasquale finalement émouvant au Palais Garnier

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Palais Garnier. 13-VI-2018. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Don Pasquale, Dramma Buffo en trois actes sur un livret de Giovanni Ruffini. Mise en scène : Damiano Michieletto. Lumières : Alessandro Carletti. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Agostino Cavalca. Vidéo: Rocafilm. Avec : Michele Pertusi, Don Pasquale ; Nadine Sierra, Norina ; Florian Sempey, Malatesta ; Lawrence Brownlee, Ernesto ; Frédéric Gieu, notaire. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Evelino Pidò

Du samedi 9 juin 2018 au jeudi 12 juillet 2018Don Pasquale est l’un des opéras les plus populaires de Donizetti, et pourtant, il aura fallu attendre 2018 pour que la vénérable institution se penche sur lui. Une entrée au répertoire toutefois réussie, notamment grâce à un plateau homogène et de très haute volée au service du regard neuf et émouvant de qui donne du relief à une œuvre plus profonde qu’il n’y paraît.

Un opéra bouffe ? Certainement. Mais qui a dit que le genre était dénué de profondeur ? Le climax de cette œuvre reste la gifle infligée à Don Pasquale par Norina. Cet éclair dramatique au milieu d’une farce où l’on voit un vieux barbon piégé par une jeunesse désinvolte ayant soif d’émancipation, offre un relief inhabituel au genre ; s’en saisi et l’assume, ne faisant en cela que lire ce qui est écrit. Et, à cette gifle de cette femme qui se joue de lui, Don Pasquale répond ici en se réfugiant dans le souvenir de son enfance où sa mère lui apportait la douce consolation dont il est aujourd’hui privé. Instant très émouvant où le vieux apparaît aussi tyran que faible, aussi maître qu’esclave. Le metteur en scène dresse ici le portrait d’un homme qui s’accroche à la vie et à ses espoirs, quand la jeunesse qui s’amuse de lui a toute la vie devant elle. De fait, les « jeunes » apparaissent moins sympathiques et le public est inhabituellement moins complice de la farce, qui se termine ici sur une note aussi joyeuse qu’amère au terme d’un conflit générationnel qui n’est pas sans résonances avec l’actualité. Entre temps, on aura évidemment beaucoup ri, mais un peu jaune, car l’époustouflante direction d’acteurs opérée par Michieletto, travaillée dans les moindres détails, fait de cette farce un miroir de notre propre humanité, de notre destin commun. Dommage qu’à trop avoir peur du vide créé par un décor famélique, il ne s’encombre de gadgets parfaitement inutiles comme la vidéo, les marionnettes ou bien encore cette pirouette finale (Malatesta et Norina seraient amants ?) qui n’apportent strictement rien à une vision pourtant passionnante de l’œuvre.

La réussite de cette soirée tient également au fait que le metteur en scène bénéficie d’un casting de chanteurs/acteurs absolument formidable. déroute au départ par sa retenue. La basse italienne est, il est vrai, plus habitué aux opera seria mais l’on comprend assez vite que ce Don Pasquale ne sera pas le barbon caricatural habituel. Et c’est tant mieux. Ne reste qu’à admirer le bronze d’une voix intacte malgré les années qui passent, une belle maîtrise du chant syllabique (quel merveilleux duo avec !), une autorité naturelle d’un chant qui s’impose sans jamais forcer, quel que soit le registre. Une émotion enfin, de celles qui rendent justice au pathétique en lui donnant des lettres de noblesse.

Don Pasquale (Nadine Sierra et Michele Pertusi)

Face à lui, est totalement hollywoodienne. La voix est belle, parfaitement conduite jusque dans des aigus autoritaires. Virevoltante, séductrice et impérieuse, sa Norina semble se jouer des coloratures qui émaillent le rôle avec une aussi grande agilité que son jeu de jambes (trop ?) hypnotique.

En adolescent accro au portable, est étonnant de naturel dans le rôle d’Ernesto. On ne soulignera jamais assez l’élégance de ce chanteur trop rare sur la scène parisienne. Tout est fluide, lié, clair et direct, avec de belles couleurs qui traduisent bien les émois de l’adolescence. Le duo final avec est une perfection de caricature et de joliesse.

Enfin, est une évidence absolue pour le rôle de Malatesta, et l’on ne peut oublier qu’il chante également Dandini à la perfection. Au-delà du tempérament en totale adéquation avec ce répertoire, les vocalises staccato sont parfaites (on ne peut que re-citer le merveilleux duo avec Pertusi), la beauté du timbre, la puissance et l’autorité. « Simple comme bonjour » pourrait-on dire trivialement.

Membre du Chœur de l’Opéra de Paris, qui démontre une fois de plus sa précision et son investissement scénique, complète avantageusement la distribution.

La direction d’, toute en nuances de tempi et variations de dynamiques, crée des contrastes de climats qui conviennent parfaitement bien à cette œuvre joyeuse, drôle, tendre, mélancolique et peut-être même triste. Tout ça dans un « bouffe » ! Qui l’eût cru !

Crédit photographique : © Vincent Pontet

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