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Béatrice sans Bénédict

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Toulouse. Halle aux Grains le 13 février 2003. Hector Berlioz : Béatrice et Bénédict (version concert). Béatrice Uria-Monzon (Béatrice). Gordon Gietz (Bénédict). Inva Mula (Héro). René Schirrer (Don Pedro). Élodie Méchain (Ursule). Jean-Sébastien Bou (Claudio). Gabriel Bacquier (Somarone). Orchestre National du Capitole de Toulouse, Chœur Les Éléments, Michel Plasson direction.

Il existe toujours une appréhension à voir un opéra en version concert, l’absence de support visuel ne cachant aucun de ces passages à vide ou de ces imprécisions que le spectacle seul fait pardonner. Cela dit, les occasions de voir ce dernier opéra de Berlioz sont si rares, surtout servi par la belle Béatrice (la bien prénommée) Uria-Monzon, qu’il n’était guère question de faire le difficile.

Un point noir, pourtant doit venir introduire cette chronique. L’acoustique sèche et absorbante de la Halle aux Grains est telle que, surtout pour le chant, on n’entend guère les solistes si l’on n’est pas placé exactement dans l’axe de la scène. Faute de quoi, et c’était hélas le cas, on eut parfois l’impression que certains chanteurs se livraient à un curieux numéro de mime, partition en main. Ainsi, impossible de juger les voix de , absolument inaudible dans ces conditions, ou de , totalement couvert par , qui chante fort, lui, tout en dirigeant.

Cela posé, on ne pouvait qu’admirer la légèreté de la direction de , qui, après quelques précédents concerts guère mémorables, montrait ici quel chef il sait être. On admirait partout la fougue jamais brutale et une recherche permanente de couleurs fondues, malgré quelques attaques manquant parfois de franchise dans les passages les plus étales. Parfaitement secondé par l’orchestre du Capitole et des chœurs précis bien que pas toujours parfaitement homogènes, cette vision poétique atteignait son apogée dans un remarquable duo « Nuit sereine et paisible », plein de douceur, et dans la scène “Il m’en souvient” admirablement chantée par .

Particulièrement brillante, la distribution féminine était dominée, sans conteste on l’aura compris, par l’incarnation de Béatrice par Béatrice. Incarnation est le mot, son tempérament faisant qu’elle seule donnait l’impression d’être au théâtre et non au concert. Et la voix est belle, tout simplement, longue, chaude, colorée. Élodie Méchain était cependant à peine moins remarquable et l’on regrette que le court rôle d’Ursule n’ait pas davantage permis de découvrir un timbre que l’on devine rare et profond. D’, une habituée des scènes toulousaines, l’on connait les qualités, une voix brillante, homogène, un chant soigné, et les limites, un vibrato prononcé qui gomme les vocalises, une interprétation plus robuste que prenante et une articulation française bien floue.

Les choses se gâtaient très sérieusement avec les hommes. est, paraît-il, un ténor. Pour en juger, il faudrait que la voix vienne à un moment se placer correctement. En effet, l’émission est si engorgée que chaque aigu ne sort, totalement détimbré, qu’au pris d’un grand effort, aussitôt escamoté par un souffle trop court, et la justesse est bien souvent mise à mal. Du chant de niveau plus amateur que professionnel, indigne de sa partenaire en tout cas. Bou et Schirrer, inaudibles au sens strict du terme, sont surpassés en décibels par , qui parle avec humour pour faire oublier qu’il ne chante plus guère.

Un concert tout à fait honorable, mais qui pourtant laisse le goût amer d’une belle occasion gâchée, par des conditions acoustiques défavorables comme par une distribution trop manifestement déséquilibrée. Dommage !

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Toulouse. Halle aux Grains le 13 février 2003. Hector Berlioz : Béatrice et Bénédict (version concert). Béatrice Uria-Monzon (Béatrice). Gordon Gietz (Bénédict). Inva Mula (Héro). René Schirrer (Don Pedro). Élodie Méchain (Ursule). Jean-Sébastien Bou (Claudio). Gabriel Bacquier (Somarone). Orchestre National du Capitole de Toulouse, Chœur Les Éléments, Michel Plasson direction.

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