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Torpeur persistante d’une belle endormie

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Strasbourg, Opéra du Rhin. 28-VI-2005. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades, tragédie lyrique en cinq actes d’après un livret attribué à Louis de Cahusac. Mise en scène : Laurent Laffargue ; décors : Philippe Casaban et Eric Charbeau ; costumes : Hervé Pœydomenge ; lumières : Patrice Trottein ; chorégraphie : Andonis Foniadakis. Avec : Anne Lise Sollied, Alphise ; Paul Agnew, Abaris ; Eric Laporte, Calisis ; Nicolas Cavallier, Borillée ; Andrew Forster William, Borée ; Delphine Gillot, Sémire ; Thomas Dolié, Apollon/Adamas ; Malia Bendi Merad, Amour ; Kimy Mc Laren, Nymphe ; Luanda Siqueira, Polymnie. Chœur de l’Opéra du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Chœur du Concert d’Astrée, Ballet de l’Opéra national du Rhin, Jeunes voix du Rhin, le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

Les Boréades de

En clôture de sa saison, l’Opéra du Rhin offrait à le soin de conduire « sa » version des Boréades, opéra du dernier Rameau, lequel décéda pendant les répétitions (1764). Depuis, la version au disque (Erato) signée (qui a créé l’œuvre dans sa version scénique en 1982 au Festival d’Aix-en-Provence), puis récemment, la lecture de William Christie présentée à l’Opéra Garnier (lire la chronique de notre collaborateur Bruno Serrou) et fixé en DVD par Opus Arte (lire la chronique de notre collaborateur Olivier Brunel), l’œuvre dispose d’ambassadeurs plus que recommandables, et grâce à eux, les mélomanes, ramistes ou non, peuvent à loisir entendre et réentendre des propositions de référence.

Difficile de paraître après les Baroqueux de la première heure et du premier crû. Continuiste chez Christie, la disciple Haïm a donc fait ses armes, fondé son propre ensemble, , et constitué déjà une discographie remarquée dont un Orfeo de Monteverdi, qui a suscité autant de fervents que de détracteurs (Emi). Etait-ce la chaleur (étouffante) dans la salle de l’opéra de Strasbourg, ou bien le propre des premières (première date strasbourgeoise des Boréades)? Visiblement peu éloquente et surtout enlisée dans la minutie des détails, , pourtant généreuse en gestes, aura donné un Rameau plus lisse qu’audacieux, à peine contrasté, visiblement lui aussi amolli, rythmiquement systématique, court, asséché presque linéaire, bien peu imaginatif. A quelques rares exceptions près, la directrice du Concert d’Astrée est restée à l’extérieur de l’œuvre, esquissant sommairement ce qui demeure un opéra de la liberté, de la Nature et surtout des climats. Tout au long de la performance, on a souhaité que le vent de Borée, (dieu du vent du nord!), souffle une bonne fois pour toute sur l’assemblée des interprètes afin qu’ils se ressaisissent enfin : attente insatisfaite, vaine espérance.

Vocalement, on retrouvait qui fit dans le même rôle les beaux soirs de Garnier, autorité musicale et dramatique, articulation intelligible, suavité mâle du timbre : le ténor anglais donne d’Abaris, une figure juste du héros mortel prêt à vaincre tous les défis au nom de l’amour. A ses côtés, l’Apollon/Adamas du Bordelais (belle prestance, claire et racée) et le Borée d’Andrew Forster Williams (dieu ridicule et impuissant à conduire ses équipées diaboliques) maintenaient le niveau. Le reste de la distribution suscite plus de réserves : Alphise (présence scénique de la norvégienne Anne Lise Sollied mais quelles défaillances techniques!), les fils de Borée (dont le ténor , aux aigus plus qu’incertains et étranglés, était insuffisant), ralentissaient l’action. La mise en scène de Laurent Laffargue sans vraiment convaincre comportait quelques effets dramatiques percutants, tel Abaris en Pierrot triste. Mais là encore, la lecture manquait singulièrement de souffle et d’incarnation. Les Boréades est un opéra climatique, dont la démesure (en particulier l’audace révolutionnaire de la partition) est en rapport avec les éléments convoqués. Ici, les Boréades sont les fils de Borée lequel appartenant à la race des Titans, peut soumettre la Nature à ses caprices haineux et barbares. Nous sommes donc en présence des forces originelles indomptables, ce que la partition orchestrale suggère avec clarté et invention. Mais alors pourquoi réduire, et même rétrécir le propos dans un boîte style Magic Circus, où Alphise est montrée, dévoilée comme un animal de foire, un félin en cage, proie de supplices infernaux qui paraissent ainsi bien douceâtres? Le narratif et l’anecdotique nuisent à la portée cosmique de l’œuvre. Pourtant, le tableau où Borée ailé commande en béquilles à ses armées de chauves-souris reste le tableau le plus réussi.

C’est bien peu somme toute… Même à l’évocation des tortures infligées à la belle et digne Alphise, on cherchait en vain dans l’orchestre, la stridence aigre des bois, diaboliques et cyniques, échos infâmes des sauvages Boréades. Spectacle en demi-teintes donc, où sous la chaleur suffocante, les interprètes, l’orchestre, surtout le chef, Emmanuel Haïm, ont adopté d’un bout à l’autre de la soirée la torpeur d’une belle endormie.

Rendez-vous cependant, dès septembre, le 29 précisément, où l’Opéra du Rhin, sous la conduite de son directeur Nicolas Snowman, affiche un opéra contemporain en création mondiale, Pan de (en coproduction avec l’Ircam).

Crédit photographique : © Alain Kaiser

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Strasbourg, Opéra du Rhin. 28-VI-2005. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades, tragédie lyrique en cinq actes d’après un livret attribué à Louis de Cahusac. Mise en scène : Laurent Laffargue ; décors : Philippe Casaban et Eric Charbeau ; costumes : Hervé Pœydomenge ; lumières : Patrice Trottein ; chorégraphie : Andonis Foniadakis. Avec : Anne Lise Sollied, Alphise ; Paul Agnew, Abaris ; Eric Laporte, Calisis ; Nicolas Cavallier, Borillée ; Andrew Forster William, Borée ; Delphine Gillot, Sémire ; Thomas Dolié, Apollon/Adamas ; Malia Bendi Merad, Amour ; Kimy Mc Laren, Nymphe ; Luanda Siqueira, Polymnie. Chœur de l’Opéra du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Chœur du Concert d’Astrée, Ballet de l’Opéra national du Rhin, Jeunes voix du Rhin, le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

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