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John Nelson dirige L’enfance du Christ à Notre-Dame de Paris

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cathédrale Notre-Dame. 6-XII-2005. Hector Berlioz (1803-1869) : L’Enfance du Christ. Marie-Claude Chappuis, Marie ; Renaud Delaigue, Hérode ; Bertrand Grunenwald, un père de famille, Plydore ; Henk Neven, Joseph ; Sébastien Droy, récitant ; Sébastien d’Oriano, le centurion ; Maîtrise Notre-Dame de Paris (chef de chœur : Nicole Corti) ; Maîtrise de Paris (chef de chœur : Patrick Marco) ; Ensemble Orchestral de Paris, direction : John Nelson.

Sous les hautes voûtes résonantes de la cathédrale de Paris, , chef titulaire de l’ abordait une fois encore son répertoire favori en dirigeant L’Enfance du Christ, trilogie sacrée d’ créée le 10 décembre 1854. On avait pu déjà apprécier, lors des fêtes du bicentenaire de la mort du compositeur, l’engagement du chef anglais pour la musique de Berlioz dont il fut l’un des plus grands défenseurs en programmant, par exemple, dans sa version de concert, l’opéra Benvenuto Cellini rarement donné sur la scène française. C’est avec le même bonheur – un véritable engouement qui le lie à cette musique – qu’il dirige l’Enfance du Christ, un Mystère sacré « dans le genre des enluminures des vieux missels » comme le disait Berlioz, presque agacé par le succès immédiat que connut l’œuvre à sa création alors qu’il venait d’essuyer un échec cuisant avec La Damnation de Faust quelques années auparavant. « Ils se sont aperçus que je ne faisais pas de bruit, en voyant que les instruments brutaux n’étaient pas dans l’orchestre » écrit-il à son ami Humbert Ferrand. Après le Requiem et le Te Deum, en effet, Berlioz « baisse de ton » et choisi pour se pencher sur la crèche et s’attendrir sur la Sainte Famille, un orchestre peu fourni, cordes, bois et cors hormis le renfort des cuivres qui ponctuent l’air d’Hérode et l’apparition de l’orgue à la fin de la première partie. On se souvient également que l’Adieu des bergers à la Sainte Famille, griffonné par Berlioz lors d’une soirée fort ennuyeuse, ressurgit en 1850 sous le nom d’un certain Pierre Ducré, « maître de musique de la Sainte Chapelle de Paris (1679) »! Enhardi par le succès du morceau, Berlioz ajoute une Ouverture et signe, sous son nom cette fois, La fuite en Egypte, « mystère en style ancien », qui sera crée en 1853. Puis il décide à nouveau d’étoffer cette scène en lui adjoignant une conclusion – racontant comment la Sainte famille est secourue par un père de famille ismaélite (L’arrivée à Saïs) – et une première partie centrée autour d’Hérode décidant le massacre des innocents (Le Songe d’Hérode). Il rédige lui-même le texte des trois parties et, se tournant vers Bach et ses Passions, retient l’idée du récitant qui vient relier les différents moments de l’histoire en juxtaposant, au temps du drame, le temps de la narration.

Bravant les inconvénients d’une acoustique redoutable et devant un public nombreux et très à l’écoute – sa « mise au point » est nécessaire dans les premières minutes – , redoublant d’exigence dans l’articulation, parvient à créer un véritable climat poétique, maintenant l’orchestre dans une ambiance plutôt nocturne au début pour mieux mettre en valeurs les sonorités agrestes et lumineuses des bois dans la seconde partie. Même les passages fugués parviennent à s’organiser clairement dans l’espace et l’on sentira durant tout le concert cette vigilance du chef vis-à-vis des dangers de la réverbération. Saluons également l’équilibre constant entre les voix et l’orchestre maintenu par qui saura mettre met en valeur les belles pages que Berlioz réserve au chœur notamment dans la contemplation finale lorsque ce dernier intervient a capella.

Les chanteurs, quant à eux, assumeront avec un égal bonheur le mélange d’expression attendrie et de mélancolie qui baigne l’ensemble et le ressort dramatique voire opératique qui « démange » Berlioz à chaque détour de la partition. La première partie, centrée autour de l’air d’Hérode, met en valeur la voix de basse très épanouie et magnifiquement projetée de . Dans son rôle de récitant, s’impose dès les premières minutes par la luminosité de son timbre et la clarté de son articulation. Si la justesse approximative et le manque de souplesse de la voix de Bertrand Grunenwald incarnant les personnages de Polydore et du Père de famille déçoivent, et Henk Neven, respectivement Marie et Joseph forment un couple touchant aux voix suaves et implorantes dans leur duo de la troisième partie. N’oublions le chœur invisible des Anges – la dirigé par – qui, usant des sortilèges de la résonance, donne à ce Mystère son souffle mystique.

Crédit photographique : Paris, Cathédrale Notre-Dame; Thierry (1733), F.H.Clicquot (1788), Aristide Cavaillé-Coll (1868), Hermann (1959), Boisseau (1960-66), Boisseau/Eymeriau/Giroud/Synaptel (1992) © 1998 by AEOLUS-Tonträger

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