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L’Orfeo par René Jacobs et Trisha Brown, la poétique du Merveilleux

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Aix-en-Provence, Théâtre de l’Archevêché. 8-VII-2007. Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo, favola in musica en cinq actes et un prologue sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en scène : Trisha Brown. Scénographie, costumes et lumières : Roland Aeschlimann. Avec : Ed Lyon, Orfeo ; Marie-Claude Chappuis, Messagiera / Seranza / Musica ; Ruby Hughes, Euridice / Echo ; Anouscka Lara, Ninfa I ; Anna Stephany, Proserpina / Ninfa II ; Christophe Gay, Apollo ; Konstantin Wolff, Caronte ; Luca Tittolo, Plutone ; Christophe Gay, Carl Ghazarossian, Alessandro Giangrande, Adrien Strooper, Andreas Wolf, Pastori / Spiriti. Trisha Brown Dance Company ; English Voices ; Concerto Vocale, direction : René Jacobs.

Festival d’Aix 2007

Produit en 1998 au Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, le spectacle de l’Orfeo (disponible aujourd’hui en DVD) qui conjugue les talents de et restera sans doute une des plus belles versions de l’ouvrage du maître de Mantoue. En fin connaisseur de cette époque charnière de l’histoire de la musique, sait allier l’authenticité d’un style (se fiant aux deux éditions de 1609 et 1615 de la partition) à la restitution inventive dans le choix des couleurs instrumentales et la réalisation harmonique du continuo, un domaine qui laisse une place considérable à l’improvisation. Tout ici est merveilleusement pensé pour servir l’histoire, accompagner les personnages, de la lumière à l’ombre des ténèbres et diversifier les instruments de « dessus » : violons, flûtes à bec… dans les ritournelles dansées.

La collaboration de la chorégraphe américaine avec cet éminent ensemble orchestral qu’est le allait projeter, sur scène et dans l’espace, la dimension du merveilleux que nous suggère si bien la musique. Dans un décor minimaliste, où la lumière joue avec la perspective d’un disque solaire – une sphère qui va se déplacer selon les phases d’une éclipse – compose avec un espace en trois dimensions, où apparaissent des personnages aériens comme l’allégorie de la musique, qui semble tracer le cercle du soleil dans le prologue, ou Caron qui chante dans le troisième acte sur une plate forme ; sur scène les chanteurs/danseurs (la compagnie de se mêle ici aux interprètes) évoluent selon une chorégraphie stylisée alliant le mouvement à la ligne de chant : un travail passionnant mais extrêmement difficile demandé aux chanteurs, ceux-ci devant se plier à une discipline inhabituelle pour mettre en rapport le chant et le mouvement dansé ; travail qui approche l’œuvre d’art total où tout fonctionne au même rythme, selon le même souffle vital.

Si , chantant en alternance le rôle d’Orfeo, n’a pas, dans sa prestance physique, le charme et la souplesse d’un que l’on retrouve dans la version du DVD (les exigences vocales et la maîtrise du rôle réclamant tout à la fois la précision du « recitar cantando » et les prouesses vocaliques du « possente spirito »), l’air qu’il chante pour charmer les divinités du Styx est toutefois superbement assumé par le ténor anglais. L’ensemble de la distribution atteint le même niveau d’excellence : la basse « infernale » de campe un Caron désagréable à souhait et le touchant duo de Proserpine et Pluton (Anna Stephany et ) est un instant délicieux au royaume de la mort. Particulièrement séduisante, , dans son triple rôle de La Musique, de la Messagère et de l’Espérance, incarne successivement la grâce, la féminité et la messagère funeste interprétant l’une des pages les plus profondément douloureuses de l’histoire de l’opéra.

Les chœurs, très présents dans cette « fable en musique » qui emprunte encore à l’univers de la Pastorale et du Madrigal, sont un pur régal pour les yeux et les oreilles lorsqu’ils effectuent en chantant ces tournoiements obsessionnels chers à la chorégraphe et en phase directe avec l’esprit de la danse qui anime la musique. Troisième personnage de cette collaboration implicite de la musique et de la danse, Trisha Brown atteint son objectif d’art total, qu’elle définit comme « un acte poétique en soi ».

Crédit photographique : © Festival d’Aix-en-Provence 2007

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Aix-en-Provence, Théâtre de l’Archevêché. 8-VII-2007. Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo, favola in musica en cinq actes et un prologue sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en scène : Trisha Brown. Scénographie, costumes et lumières : Roland Aeschlimann. Avec : Ed Lyon, Orfeo ; Marie-Claude Chappuis, Messagiera / Seranza / Musica ; Ruby Hughes, Euridice / Echo ; Anouscka Lara, Ninfa I ; Anna Stephany, Proserpina / Ninfa II ; Christophe Gay, Apollo ; Konstantin Wolff, Caronte ; Luca Tittolo, Plutone ; Christophe Gay, Carl Ghazarossian, Alessandro Giangrande, Adrien Strooper, Andreas Wolf, Pastori / Spiriti. Trisha Brown Dance Company ; English Voices ; Concerto Vocale, direction : René Jacobs.

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