Le retour du bandit II

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-Comique. 10-III-2008. Ferdinand Hérold (1791-1833) : Zampa, opéra-comique en trois actes sur un livret de Mélesville. Mise en scène : Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps ; décors et costumes : Macha Makeïeff ; lumières : Dominique Bruguière. Avec : Richard Troxell, Zampa ; Patricia Petibon, Camille ; Bernard Richter, Alphonse ; Léonard Pezzino, Daniel ; Doris Lamprecht, Ritta ; Vincent Ordonneau, Dandolo. Les Arts Florissants, direction : William Christie.

Zampa

Fêtons enfin le retour dans la salle faite pour lui de l’opéra-comique, genre rarement donné de nos jours, à l’exception de quelques œuvres incontournables, telles Carmen (1875) et Manon (1884). Mais l’opéra-comique du début du XIXe siècle, mélodramatique, nourri de nombreuses références littéraires et qui remportait d’énormes succès à son époque est trop absent de nos scènes pour ne pas en saluer le retour salle Favart avec Zampa (1831) de . Avec Zampa, c’est ce sous-genre de l’opéra-comique bien particulier que l’on redécouvre, celui de l’opéra de brigands, illustré par Auber ou encore Offenbach dont on a pu redécouvrir peu à peu Fra Diavolo (1830) à Compiègne ou les moins effrayants et plus tardifs Brigands (1869) à Paris et en tournée.

L’opéra-comique de Mélesville et Hérold se situe dans la Sicile du XVIe siècle où Camille, la fille d’un riche négociant, s’apprête à épouser celui qui a sauvé son père des brigands, Alphonse de Monza. La région craint toujours les brigands et surtout l’insaisissable Zampa, le pirate qui séduisit autrefois la jeune Alice Manfredi, la déshonora et la laissa mourir de chagrin. Depuis, Alice est devenue objet de dévotion pour la population locale qui se recueille régulièrement devant sa statue. Pour l’heure, c’est Camille que Zampa convoite, et pour ce faire le brigand la menace de faire tuer son père si elle refuse de l’épouser. Mais Zampa a fait l’erreur de passer au doigt de la statue l’alliance que devait porter Camille par bravade et la statue a refermé son doigt de marbre sur l’anneau. Lorsque l’issue paraîtra sans espoir, Camille invoquera Alice dont la statue entraînera alors Zampa dans les flammes. On pense au Don Juan de Molière, à celui de Mozart et Da Ponte, à l’Air du Catalogue de Leporello lorsque Zampa évoque ses conquêtes et bien sûr à la nouvelle de Mérimée La Vénus d’Ille (1837) avec la figure de la statue « épousée » par jeu puis délaissée qui se venge de l’homme infidèle.

Le rôle-titre est malheureusement mal distribué. Le brigand d’opéra-comique qui doit être séduisant, tel Fra Diavolo, ne trouve pas son interprète idéal en qui incarne Zampa sans élégance, pas plus physique que vocale d’ailleurs avec un fort accent et un fausset laid. Il faut toutefois reconnaître que derrière l’apparente facilité du genre, les tessitures des trois personnages principaux ne sont pas aisées. La flamboyante est parfaite dans le rôle de Camille, emploi de colorature à la française. On connait la puissance de sa voix qui remplit donc une salle Favart à l’acoustique en elle-même favorable. Le rôle est ardu, avec une extrémité au sol grave que la soprano affronte crânement. S’il est inutile de préciser que dans l’aigu et la vocalise est idéale, il convient par contre de remarquer le corps qu’a pris un médium plus riche qu’autrefois. est un second ténor sans reproche, avec une interprétation juste et une ligne de chant soignée, bien distribué dans le rôle de jeune premier auquel sa voix et son physique le prédisposaient. Sa partition n’est pas plus aisée, avec la difficile extrémité aiguë de sa tessiture lors du duo du deuxième acte avec Camille. Les deux chanteurs font de cette scène un des sommets de la soirée, justes et émouvants. est parfois un rien acide mais la voix convient au rôle de soubrette, l’actrice est drôle et sa Ritta forme avec le Daniel de un second couple bouffe particulièrement divertissant dans lequel vient s’immiscer le parfait compère tenu par Vincent Ordonneau.

La mise en scène de et est classique et respectueuse de l’œuvre, ce qui ne bride pas l’inventivité avec par exemple une Camille qui se déplace comme une poupée emprisonnée dans un ballet ou des mouvements au ralenti. Seule la scénographie surprend par sa pauvreté. Quelques toiles peintes vieillottes, des effets peu saisissants, des murs qui tremblotent, une statue qui ne bouge pas et n’a rien d’effrayant. On envie les spectateurs de 1831 qui pouvaient admirer la coûteuse statue articulée conçue par Solomé, le régisseur de la Comédie Française.

Dans la fosse, galvanisés par , n’évitent pas quelques couacs mais délivrent dans l’ensemble une leçon d’interprétation du répertoire d’opéra-comique auquel ils insufflent rythme et vie et font l’éclatante démonstration qu’un bon orchestre n’est pas à l’aise uniquement dans son répertoire de prédilection.

Crédit photographique : (Zampa) & (Camille) © Eric Mahoudeau

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