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Der göttliche Tivoli de Per Nørgård, voyage au centre de la schizophrénie

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Berne. Stadttheater. 19-IX-2008. Per Nørgård (né en 1932) : Der göttliche Tivoli, opéra en 2 actes d’après des textes d’Adolf Wölfi. Mise en scène : Sandra Leupold. Décors et costumes : Barbara Rückert. Vidéo : Per Englebracht, Stephan Komitsch. Dramaturgie : Katharina Kost. Avec : Andrea Stadel, Bianka / Lidia / Wildermuth / Margritt / Santta Maria ; Fabienne Jost, Mutti / Mathilde / Heilige Mutter ; Daniel Szeili, Doufi / Orpheus ; Hubert Wild, Adolf Wölfi / un nègre ; Steffen Kubach, Sankt Adolf II ; Bernd Gebhardt, Sankt Adolf / Doktor ; Jianeng Lu, Tadahiro Masujima, Simone Tschöke, Sandra Rohrbach, les oiseaux. Hans-Kristian Sørensen, percussions solo. Franz Rüfli, Daniel Scheidegger, Ferdinand Heidiger, Oliver Schär, Adrian Schild, percussions. Matthias Kuhn, violoncelle. Genova Dessislava, synthétiseur. Direction musicale : Dorian Keilhack.

Né en 1932, le compositeur danois s’est pris de passion pour l’existence et l’œuvre d’Adolf Wölfi pour un voyage au centre de la schizophrénie. S’inspirant des 25 000 pages (un livre de deux mètres cinquante!) écrites et des peintures exécutées par son héros durant les quelque trente ans d’internement, Nørgård retrace à force percussions, cris et bruits divers, les affres du dérangement mental qui assaille à tous instants l’esprit de cet homme.

Dans sa mise en scène, Sandra Leupold s’attache à décrire la déconstruction mentale d’Adolf Wölfi constamment cerné par ses démons intérieurs. Si dans le premier acte, elle le montre subissant une réalité familiale qu’il ne saisit pas, alors qu’autour de lui déjà gravitent ses doubles, le second acte le voit dans un monde de créativité artistique détaché des objets de la vie quotidienne tentant désespérément d’éloigner l’assaut de ses projections délirantes. Ainsi, Adolf Wölfi assiste sans discontinuer à son enfance et à son adolescence, sous la forme de deux enfants et de deux jeunes adultes qui, comme des sosies, lui offre l’écho de sa propre vie lui rappelant ses fantasmes, ses actes et ses dires passés.

Ainsi s’écoule dans la douleur mentale la vie d’Adolf Wölfi, fils d’un père alcoolique qui devait mourir de delirium tremens et d’une mère qui le suivra peu de temps après. Orphelin à dix ans, Adolf Wölfi se débat dans une vie rurale sans charme, sans amour ni pitié. Repoussé par tous, aux déboires amoureux qu’il peine à gérer, son immaturité mentale l’entraîne vers la pédophilie. Arrêté, emprisonné pour plusieurs années à l’âge de 26 ans, il récidive à peine libéré. Cinq ans plus tard, il sera interné dans un asile psychiatrique des alentours de Berne où il restera jusqu’à sa mort composant de la musique, son énorme livre et de très nombreuses peintures. Ce qui lui vaut aujourd’hui d’être reconnu dans le monde de l’art brut comme un «génie fou».

Profitant de la distribution identique à celle qui créa cet opéra sur la scène de l’opéra de Lübeck en mars 2007, la production bernoise s’avère d’une excellente facture. L’équipe des chanteurs et des percussionnistes (dont les instruments s’étendent sur toute la surface de la fosse) sont admirablement préparés. Si le solo de batterie en guise d’ouverture agresse le spectateur, peu à peu l’oreille se plie à la brutalité des percussions parce qu’il n’est d’autres musiques capables de décrire les tortures mentales. Parler de chant au sens que l’on donne généralement à l’opéra ne s’applique guère à cette œuvre. Certes, il faut savoir chanter pour que les voix des uns couvrent ou ne couvrent pas celles des autres dans cette partition à l’écriture musicale complexe. Reste néanmoins très difficile d’apprécier une voix au sens strict de l’expression vocale. Comment exprimer les tourments d’un esprit aussi perturbé que celui du héros sans entendre le martèlement continuel d’un tambour, l’excès vocal des mots qu’on reçoit sans en comprendre la signification ? Aussi se bornera-t-on à relever l’extraordinaire engagement artistique des protagonistes qui se fondent sans compter dans cet immense défi théâtral qui s’articule dans l’esprit des théâtres de la cruauté d’Antonin Artaud. Un spectacle admirable où des chanteurs (formidable ) s’investissent sans compter dans les jaillissements de la confusion mentale qui règne dans la tête d’Adolf Wölfi.

Si l’entracte donne à quelques spectateurs l’occasion de fuir la réalité de cette intenable souffrance humaine, elle prouve bien qu’on ne ressort pas indifférent d’un spectacle d’une telle force dévastatrice.

Crédit photographique : © Stadttheater/Philipp Zinniker

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Berne. Stadttheater. 19-IX-2008. Per Nørgård (né en 1932) : Der göttliche Tivoli, opéra en 2 actes d’après des textes d’Adolf Wölfi. Mise en scène : Sandra Leupold. Décors et costumes : Barbara Rückert. Vidéo : Per Englebracht, Stephan Komitsch. Dramaturgie : Katharina Kost. Avec : Andrea Stadel, Bianka / Lidia / Wildermuth / Margritt / Santta Maria ; Fabienne Jost, Mutti / Mathilde / Heilige Mutter ; Daniel Szeili, Doufi / Orpheus ; Hubert Wild, Adolf Wölfi / un nègre ; Steffen Kubach, Sankt Adolf II ; Bernd Gebhardt, Sankt Adolf / Doktor ; Jianeng Lu, Tadahiro Masujima, Simone Tschöke, Sandra Rohrbach, les oiseaux. Hans-Kristian Sørensen, percussions solo. Franz Rüfli, Daniel Scheidegger, Ferdinand Heidiger, Oliver Schär, Adrian Schild, percussions. Matthias Kuhn, violoncelle. Genova Dessislava, synthétiseur. Direction musicale : Dorian Keilhack.

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