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Hippolyte et Aricie, quintessence de l’âge classique

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 08-III-09. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Hippolyte et Aricie, tragédie lyrique sur un livret de l’Abbé Simon-Joseph Pelegrin. Mise en scène : Ivan Alexandre ; décors : Antoine Fontaine ; costumes : Jean-Daniel Vuillermorz ; lumières : Hervé Gary ; chorégraphie : Natalie Van Parys. Avec : Frederic Antoun, Hippolyte ; Anne-Catherine Gillet, Aricie ; Allyson Mc Hardy, Phèdre ; Stéphane Degout, Thésée ; Françoise Masset, Œnone ; Jennifer Holloway, Diane ; Johan Christensson, Mercure / un suivant de l’Amour ; Jaël Azzaretti, l’Amour / une bergère / une matelote ; François Lis, Pluton / Jupiter ; Jérôme Varnier, Neptune / Troisième Parque ; Emiliano Gonzalez Toro, Tisiphone ; Aurélia Legay, la Grande-prêtresse de Diane / une chasseresse ; Nicholas Mulroy, Première Parque ; Marc Mauillon, Deuxième Parque. Orchestre et chœur du Concert d’Astrée ; Compagnie les Cavatines. Direction musicale : Emmanuelle Haïm.

Rendons hommage à Ivan Alexandre pour l’extraordinaire travail de recréation historique entrepris en parfaite harmonie avec décors, costumes, lumières et ballets. Si les gestes des acteurs sont codifiés avec pondération, il sait créer avec peu de véritables personnages qui vivent. L’élégance est partout maîtresse de cérémonie. Tout est beau, délicat et subtil, même le royaume de Pluton a des séductions venimeuses irrésistibles.

Peu de lumière à la manière de bougies mais une lumière d’or évoquant la nuit ou le coucher du soleil. Mais c’est le soleil noir des enfers qui est peut-être le plus extraordinaire. Les chorégraphies, si importantes, sont variées et d’une rare élégance. La richesse et l’ampleur des costumes sont telles que la vaste scène est rapidement habitée. Les décors en toiles peintes avec effets de perspectives sont sidérants d’efficacité dramatique et les changements de décors à vue ajoutent à la magie du spectacle. Le jeu des acteurs est stylisé et naturel à la fois, en un parti pris d’élégance de tous les instants. Peu de couleurs mais distribuées avec goût : or et crème pour Hippolyte et Aricie, rouge pour Thésée et Phèdre, vert d’eau pour les chœurs et or cuivré pour l’Amour et sa cour.

Sous la direction d’ est virtuose, l’énergie et l’élan dramatique ne faiblissent jamais. En revanche avec une si riche orchestration la faiblesse des nuances est regrettable, d’autant que cela entraîne un manque de couleurs. Comme si la pâte de l’orchestre était riche dans son ensemble et évitait les contrastes. L’élégance visuelle répond en miroir à un orchestre de parfait bon goût mais sans les audaces de colorations attendues chez Rameau. Tout est donc déplacé au niveau couleur et expressions sur les voix et il faut dire que la distribution est d’un niveau superlatif qui permet d’apporter aux personnages toute l’humanité qui est la leur.

Le couple Aricie / Hippolyte a la palme de la brillance et de la franchise d’émission. a une voix de ténor claire et élégante capable de colorations et de nuances rares. Voix saine et facile il campe un Hippolyte à l’aisance souveraine. , si aimée des toulousains, avec ce timbre reconnaissable immédiatement, endosse ce nouveau rôle avec une chaleur assez inhabituelle. La grâce de la princesse est réussie à merveille, mais il lui manque peut-être, un petit quelque chose de la retenue attendue, chez une captive victime d’un sort si injuste. Stéphane Dégout a la présence vocale et scénique du héros gâté par la vie qui ne sait pas prendre les bonnes décisions. Ce personnage larmoyant et toujours implorant est ici très bien campé. Son art du chant repose sur l’exact poids vocal et un excellent legato. L’Amour de Jaël Azzaretti est vocalement splendide y compris dans une tessiture très aigue. Le soin apporté à la vocalisation, au phrasé et à la caractérisation de ce personnage insolent et sage à la fois est un régal de tous les instants. L’air du rossignol a un chic irrésistible, toute sa difficulté est oubliée avec une interprète de cette classe.

Reste deux choix de distributions discutables. L’émission vocale couverte confère à Jennifer Holloway en Diane et à Allyson Mc Hardy en Phèdre un chant semblant puissant mais peu naturel. Ces voix corsées et colorées ont une diction pâteuse. Comme si le travail sur la couleur dominait tout. Le texte parle de la lumière apportée par Diane, la voix de mezzo de Jennifer Holloway, comme grossie, en est totalement privée. Quand à Allyson Mc Hardy elle incarne une Phèdre entièrement méchante et inflexible. Sa grande voix sonore accompagne à merveille ce sombre coté du personnage mais l’alourdit et ne permet pas de déplier les autres facettes de ce personnage complexe.

Tous les autres chanteurs/acteurs mériteraient d’être cités, tous sont excellents. a une voix claire et puissante, idéale en grande prêtresse de Diane. Les dieux, et Jérôme Varnier, belles basses profondes et sonores, font grande impression tous les deux. Une mention particulière pour l’implication vocale et scénique d’ en Tisiphone. Enfin le trio des Parques a atteint des sommets de splendeur vocale et interprétative. Mais ce sont les chœurs du Concert d’Astrée qui ont apporté le plus de nuances, de couleurs et de subtilités tout au long de leurs interventions toutes magnifiques. Dans cette production, l’émotion est tenue au bord des larmes sans excès. Tant de beauté et de subtilité rendent cette tragédie classique limpide. Rameau quitte avec sa première tragédie lyrique l’age baroque pour asseoir un classicisme naissant d’une tenue impeccable. Ce voyage de près de trois heures a ravi un public nombreux dont le goût évolue tranquillement au gré des saisons toulousaines toujours d’un excellent niveau. Cette production mériterait les honneurs de tournées internationales, d’une fixation en DVD ou CD et d’une prochaine reprise.

Crédit photographique : Anne-Claire Gillet (Aricie) & (Hippolyte) © Patrice Nin

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 08-III-09. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Hippolyte et Aricie, tragédie lyrique sur un livret de l’Abbé Simon-Joseph Pelegrin. Mise en scène : Ivan Alexandre ; décors : Antoine Fontaine ; costumes : Jean-Daniel Vuillermorz ; lumières : Hervé Gary ; chorégraphie : Natalie Van Parys. Avec : Frederic Antoun, Hippolyte ; Anne-Catherine Gillet, Aricie ; Allyson Mc Hardy, Phèdre ; Stéphane Degout, Thésée ; Françoise Masset, Œnone ; Jennifer Holloway, Diane ; Johan Christensson, Mercure / un suivant de l’Amour ; Jaël Azzaretti, l’Amour / une bergère / une matelote ; François Lis, Pluton / Jupiter ; Jérôme Varnier, Neptune / Troisième Parque ; Emiliano Gonzalez Toro, Tisiphone ; Aurélia Legay, la Grande-prêtresse de Diane / une chasseresse ; Nicholas Mulroy, Première Parque ; Marc Mauillon, Deuxième Parque. Orchestre et chœur du Concert d’Astrée ; Compagnie les Cavatines. Direction musicale : Emmanuelle Haïm.

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